Le ton ne fait rien à l’affaire…
lundi 4 février 2002
Dans ce pays, les affaires accompagnent les campagnes électorales, c’est devenu une habitude.
Schuller aujourd’hui, un autre demain. Les sourdes luttes pour le pouvoir entre ceux qui s’y relaient, amènent pour l’occasion à lever un petit coin du voile. Et ce qu’on y découvre ou qu’on y remue ne sent effectivement pas la rose.
Le système courant de ces affaires est celui du truquage des marchés publics. Que ce soit pour les constructions d’HLM, la rénovation des lycées, la prise en charge de la distribution des eaux ou des transports, etc. Toutes les affaires juteuses pour les grosses sociétés privées, donnent lieu à des « pourboires » au bénéfice de ceux qui les leurs procurent. Pris sur les finances de l’Etat ou celles des collectivités territoriales selon le cas. Que cette manne aille à des partis qui ont favorisé les entreprises bénéficiaires, ou qu’elle aille à des individus, dans tous les cas c’est dans la poche des contribuables que l’argent est pris.
Malheur au petit juge qui voudrait aller fouiller un peu trop dans les poubelles de ces financements occultes, sa carrière ou peut-être même sa vie pourraient en faire les frais. Ce fonctionnement est bien sûr scandaleux. Il fait dire à juste titre à la presse du pays de misère où Schuller en cavale menait une vie dorée, qu’il n’y a pas que Saint Domingue qui soit une « république bananière ». A remarquer que les politiciens des partis de gouvernement, pas gênés de nous parler de « tolérance zéro » pour les petits délinquants et discourir de façon hypocrite sur l’insécurité, couvrent ceux qui volent en grand avec lesquels ils sont acoquinés.
Dassault, fabriquant d’armes, qui vient de mettre la main sur le journal « Le Figaro », ajoutant ce titre à un empire de presse déjà bien pourvu, connaît toute l’utilité de placer des « amis » politiques au pouvoir pour récupérer les commandes de l’Etat qui font sa fortune. Et quand un journaliste l’interroge sur le rapport douteux entre ses différentes activités, il répond en substance « il n’y a pas que moi » et désigne son concurrent Lagardère, autre patron de presse et autre fabriquant d’armements… Vivendi, Bouyghes, qui ont bénéficié de la privatisation de la distribution des eaux et sont des magnats de l’audiovisuel ou de la construction, en savent aussi quelque chose. Comme Total Elf, un Etat dans l’Etat, qui sait s’acheter les politiciens de tous bords pendant qu’au nom de ses profits il pollue les côtes ou tue dans ses usines.
Toute cette agitation autour des affaires ne doit donc pas nous faire oublier que le plus grand des scandales n’est pas tant dans les miettes que récupèrent de façon illicite les larbins politiques des capitalistes. Il l’est encore davantage dans l’enrichissement de toutes les façons possibles de ces mêmes capitalistes sur le dos de la population travailleuse, en toute légalité, dans le système d’exploitation que défendent et que servent les partis qui se relaient au pouvoir.
Le scandale c’est encore que les mêmes qui empochent des profits colossaux sur le travail, puissent licencier, réduire ou anéantir les moyens d’existence de millions d’hommes et de femmes, les faire vivre dans la précarité et l’insécurité du lendemain, en toute impunité.
Là-dessus, aussi bien la droite que la gauche gouvernementale n’ont rien de différent à dire, car une fois au gouvernement ils servent les mêmes intérêts et les mêmes maîtres. Ils l’ont montré et redémontré ces dernières années en se succédant au pouvoir, mettant en œuvre les mêmes politiques de soutien au patronat, leur votant tant et plus de subventions tout en leur permettant par des nouvelles lois d’accroître la flexibilité et la précarité, de réduire les effectifs, de rogner toujours davantage sur la part des salaires.
Dans cette campagne électorale, gauche et droite ont beau s’envoyer des horions et se balancer leurs affaires respectives à la figure, elles se gardent bien pour autant de prendre des engagements sur quoi que ce soit d’important pour la vie des travailleurs. Ne soyons pas dupes de leur agitation et sachons aussi nous en souvenir au moment des élections.