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La santé malade du capital

lundi 21 janvier 2002

Personnel hospitalier et médecins en lutte, malades en souffrance, la santé ne va pas fort.

Le 21 janvier, la fonction publique hospitalière a été appelée à la grève reconductible. Dans les hôpitaux, l’application des 35 heures ne passe pas. Pour simplement compenser la réduction du temps de travail, l’embauche de 10 % de personnel supplémentaire serait nécessaire, là où l’accord national n’en prévoit que 6 %… en 3 ans ! Alors, depuis plusieurs semaines des hôpitaux sont en lutte contre ces projets de RTT, comme à Limoges, Clermont-Ferrand, Rennes ou Boulogne sur mer.

Dans les hôpitaux comme ailleurs, la prétendue avancée dans la réduction du temps de travail sert de prétexte pour attaquer les conditions de travail et remettre en cause les acquis des personnels. Ici, les heures de repas ne sont plus comptées dans le temps de travail effectif. Là, les horaires imposés, incompatibles avec les impératifs du service, contraignent le personnel à d’inévitables dépassements non payés. Dans bien des cas, le personnel continue à faire des journées de dix heures, voire de douze heures. A l’Assistance Publique de Paris par exemple, les 35 heures sont carrément fictives : quatre heures sont stockées sur un « compte-épargne » qui ne peut jamais être utilisé, étant donnée la carence des effectifs actuels. Et comme on ne peut pas accroître indéfiniment la charge de travail, les projets de réduction de temps de travail se transforment en projets de fermetures de lits !

Aussi, quand la ministre Elisabeth Guigou avait présenté comme « historique » la décision de créer 45 000 emplois sur trois ans à l’hôpital pour compenser le passage aux 35 heures, elle n’a guère obtenu que la signature de la CFDT. Les syndicats CGT, FO, CFTC et SUD, non-signataires avaient déjà appelé, avant la journée du 21 janvier, à une manifestation bien suivie le 27 novembre dernier pour exiger un nouvel accord.

Depuis plus d’un an, la ministre Guigou a tenté de calmer les uns après les autres les infirmières, les kinés, les sages-femmes, les pédiatres, par quelques crédits supplémentaires. Mais faute d’y mettre vraiment les moyens, cela n’empêche pas la révolte des professions de santé de se généraliser. Après les grèves des internes et des vacataires d’hôpitaux, les médecins généralistes se sont mis à revendiquer face au gouvernement. Les médecins ne sont bien sûr pas les plus défavorisés, mais une partie d’entre eux ne roulent pas sur l’or et ont des conditions de travail de plus en plus difficiles – notamment dans les campagnes et les cités populaires – et ils exigent une revalorisation de leurs honoraires. Leur revendication n’est pas vraiment scandaleuse. Leur mouvement a pris suffisamment d’ampleur pour que la « journée sans toubib » du 23 janvier s’annonce comme une réussite.

Au nom de l’équilibre financier de la Sécurité Sociale, la Caisse Nationale d’Assurance Maladie et le gouvernement rechignent à leur donner satisfaction. C’est pure hypocrisie, comme pour le refus de crédits nouveaux aux hôpitaux, car ils savent en revanche se montrer généreux avec les patrons de la santé, que ce soit ceux des cliniques privées auxquels le gouvernement a offert récemment 4 milliards de francs, ou ceux des trusts pharmaceutiques pour qui la Sécu est une véritable vache à lait. Le groupe Sanofi-Synthelabo par exemple a augmenté ses bénéfices de 58% avec près d’un milliard d’euros de bénéfices en 2000.

Ce ne sont ni les malades ni la Sécurité sociale que le gouvernement défend en voulant restreindre les dépenses de santé. S’il voulait défendre les caisses de la Sécu, il suffirait par exemple qu’il revienne sur toutes les baisses de charges ou exonérations dont il n’a cessé, comme ses prédécesseurs de droite, de faire bénéficier les patrons.

Si le gouvernement Jospin ne peut pas aider la santé, s’il ne peut empêcher la dégradation des hôpitaux, ce n’est pas faute d’argent dans les caisses de l’Etat, c’est la conséquence de sa volonté de ne s’en servir que pour aider les capitalistes. Et la santé du capital, c’est le contraire de la santé publique !