Gendarmons-nous !
lundi 10 décembre 2001
Les gendarmes, sortant de leur « devoir de réserve », sont entrés en rébellion, qui plus est avec la bénédiction de leur hiérarchie : ils se sont fait porter pâles, n’ayant pas le droit de grève, et ont manifesté sous l’uniforme… Quel exemple pour la jeunesse ! On pouvait entendre leurs chefs parler de consulter leur « base ». Bientôt une CGT au sein de la « grande muette » ? Halte-là ! Ils se sont d’ailleurs bien défendus de faire du syndicalisme : la réunion avec le ministre n’était pas une table de négociation, mais de « réconciliation », s’il vous plaît.
Et de fait ce ne sont pas des travailleurs comme les autres – quand ils disent faire 70 heures par semaine compte tenu des astreintes, ça ne ressemble tout de même ni à la tâche d’un ouvrier ni à celle d’un employé – ils n’ont d’ailleurs pas été traités comme tels. Au bout d’une ou deux journées de manifestation, le gouvernement leur a octroyé généreusement 1000 F d’augmentation par mois, soit le treizième mois – soit près de 2 fois le SMIC – qu’ils réclamaient et 6000 hommes de plus qui seront recrutés.
Le gouvernement socialiste, après en avoir remis une couche par-dessus le discours sécuritaire de la droite et de l’extrême-droite, a donc trouvé de l’argent pour les gendarmes.
Non, nous travailleurs ne sommes décidément pas du même monde : nous on nous dit qu’il n’y a pas d’argent, et quand nous descendons dans la rue, ces 100 000 gendarmes, nous les trouvons bien souvent en face de nous. Car eux, c’est pour maintenir l’ordre social de la bourgeoisie qu’ils sont nécessaires. Pas pour faire fonctionner l’économie. Mais nous sommes bien plus nombreux qu’eux. Et c’est nous qui produisons tous les biens, nous qui faisons fonctionner les transports, produisons l’énergie, assurons la santé de la population et tenons la comptabilité de toute la société.
Des problèmes, des revendications, nous aussi nous en avons. Les licenciements continuent : après Moulinex, Bata ; après Bata, Brandt. Des milliers de travailleurs sont jetés à la rue pour que des patrons fassent toujours plus de profits. Là, la « gauche plurielle » prétend qu’elle ne peut rien faire. Elle nous amuse avec une loi qui retardera (peut-être) de quelques jours les licenciements mais ne les interdira surtout pas. Les salariés d’AOM-Air Liberté ont bien vu ce que cela changeait d’avoir un ministre soi-disant communiste aux Transports : rien. Les salaires sont bloqués, au nom des 35 heures ou d’autres prétextes et de nombreux travailleurs, en temps partiel imposé, ne touchent même pas le SMIC. 1,7 millions de travailleurs vivent maintenant sous le seuil de pauvreté. Des « travailleurs pauvres », selon les nouveaux vocables sociologiques…
Selon le gouvernement, il n’y a vraiment pas d’argent. Il ne cesse d’accumuler les annonces plus pessimistes les unes que les autres (pour les ouvriers, pas pour les actionnaires !) : l’UNEDIC va bientôt être en déficit et en difficulté pour payer les allocations chômage. Pas étonnant, avec les allégements de charges octroyés aux patrons. Ne parlons pas des retraites : on ne cesse de nous prévenir, il n’y aura pas de quoi nous les payer ! Il n’y aurait que trois solutions : allonger la durée des cotisations, en augmenter le pourcentage ou créer des fonds de pensions privés comme aux Etats-Unis, vœu le plus cher du MEDEF. Jospin, prudent, annonce qu’il ne prendra de décision qu’après les élections. Il n’a pas oublié comment Juppé avait déclenché la colère des salariés du public en 1995, mais il est animé des mêmes intentions.
Il n’y aurait pas d’argent ? Il y en a pourtant pour les policiers, les gendarmes et les patrons des cliniques privées. Il y en a pour les subventions diverses aux patrons et pour leurs juteux profits…
Nous avons bien compris la leçon : la tactique du gendarme, la rébellion. Reçu cinq sur cinq. Ce qu’il faut, c’est descendre nombreux dans la rue, pour nous défendre et obtenir ce qui nous est dû. Ce ne sont pas quelques journées d’actions, ni des mobilisations chacun dans son coin qui nous permettront de gagner. Tous les travailleurs ont les mêmes problèmes, subissent les mêmes attaques du patronat et du gouvernement coalisés. Alors, tous ensemble, sortons de notre réserve !