Sécurité, terrorisme… et présidentielles
lundi 5 novembre 2001
Encore des bruits de bottes à l’Assemblée nationale la semaine dernière. Après les godillots militaires, les rangers de la police : mercredi 31 octobre était votée la nouvelle « loi sur la sécurité quotidienne ». En prenant le prétexte de la lutte contre le terrorisme, les députés de gauche (car ce sont eux qui l’ont voté, la droite se payant le luxe d’être contre !) ont adopté un texte qui durcit un certain nombre de lois répressives.
C’est bien connu, si la planète est à feu et à sang, c’est la faute aux « sauvageons » ! Premier objectif, donc, la lutte contre la délinquance juvénile. Au printemps dernier, les peines de travaux d’intérêt général étaient déjà devenues applicables aux enfants de dix ans, et la détention provisoire possible dès treize ans. Cette fois, les rassemblements dans les halls d’immeubles deviennent passibles de 6 mois de prison et 49 000 F d’amende. Et puis, sans être passé dans la loi, le zèle sécuritaire de certains maires a été encouragé, comme le couvre-feu imposé aux mineurs de moins de 13 ans, ou les projets de punition des parents à qui on supprimerait les allocations en cas de mauvaise conduite de leur rejeton…
Passons aux prétendues mesures anti-terroristes : les fouilles de véhicules ou de personnes et les perquisitions à domicile seront facilitées, y compris pour les vigiles privés ; tout comme la surveillance des communications téléphoniques ou Internet. De vieilles pratiques, bien sûr, mais que l’on légalise.
A quoi, à qui servent ces mesures ? Les politiciens de droite comme de gauche crient sur tous les tons que l’insécurité a explosé ces dernières années. C’est un mensonge. Si les statistiques de la criminalité ont varié de quelques points, c’est d’abord à cause de bidouillages statistiques – où sont intégrés vols de portables ou fraudes de cartes bleues. La vraie raison de la hausse de la criminalité dont parlent les médias, c’est surtout… l’approche des élections. Les aboiements sur la sécurité, ça ne coûte pas cher, et ça permet d’éviter de parler des vrais problèmes. Les 40 000 licenciements du printemps dernier, les dizaines de milliers de cet automne, à LU, AOM, Moulinex, Bata, Alcatel, Philips, et
tellement d’autres ? Là-dessus, députés et ministres n’ont rien à dire, sinon bredouiller comme Jospin, « l’Etat ne peut pas diriger l’économie » ; ils ne peuvent rien faire, sinon, comme Gayssot, offrir un milliard aux actionnaires des compagnies aériennes pour qu’ils arrêtent de pleurer la bouche pleine. Mais la sécurité, pardon ! Là, ce sont les politiciens qui ont la bouche pleine ! Ce n’est plus « l’Etat ne peut rien faire », c’est « tolérance zéro » !
C’est vrai, il y a beaucoup de formes d’insécurité contre lesquelles il serait urgent de lutter. L’insécurité de l’emploi, celle qui fait qu’on se retrouve à la rue parce que les actionnaires de son entreprise veulent qu’elle crache encore plus de profits ; celle qui fait que la plupart des embauches aujourd’hui se font en contrats précaires, et qui crée une misère qui finit, bien sûr, par pourrir la vie dans les cités populaires. Et puis, il y a aussi l’insécurité au travail, celle qui résulte du mépris des patrons pour la vie de ceux qu’ils exploitent et celle des habitants.
Les travailleurs d’AZF-Toulouse et d’ailleurs préfèreraient sans doute qu’on prenne des mesures sur cette insécurité-là. Mais l’Etat ne met pas le même zèle à contrôler les conditions de travail qu’à augmenter les effectifs de police : entre 1974 et 1993, le nombre d’entreprises visitées par l’inspection du travail est passé de 30 % à 14 % ; et sur le million d’infractions patronales constatées en 1995, moins d’un pour-cent étaient sanctionnées ! On comprend que le gouvernement préfère parler des voleurs de mobylettes.
L’insécurité que nous imposent les patrons et leurs protecteurs au pouvoir, elle, c’est sûr, s’aggrave tous les jours. On ne pourra la faire reculer qu’en faisant basculer l’insécurité de l’emploi et de l’existence de leur côté. Cela neutralisera, ici comme ailleurs, une bonne part de leur capacité de nuisance. La sécurité de l’ensemble de la société ne s’en portera que mieux.