Budget de guerre ?
lundi 22 octobre 2001
Attention : pendant que les médias nous montrent les ravages de la guerre des Bush, Blair, Chirac-Jospin contre la population d’Afghanistan, le gouvernement nous fait les poches et remplit un peu plus celles des patrons et des financiers. Le projet de budget 2002 est une longue liste de nouveaux cadeaux pour eux.
D’abord, un milliard de francs pour les compagnies aériennes dont le chiffre d’affaires a été égratigné par les attentats. Des sous aussi pour les compagnies d’assurances et de tourisme. Des sous encore, aux uns ou aux autres, sous prétexte d’aides aux investissements, d’aide à la biotechnologie, d’aides à l’aéronautique, en particulier une enveloppe de 5 milliards de francs d’« amortissement sur les biens acquis par les entreprises » dans les six mois. Et 8 autres milliards, au prétexte de rembourser, avec cinq ans d’avance, une dette de l’Etat liée au remboursement de la TVA. Et 10 autres milliards encore pour les PME…
Sans oublier le clou du spectacle, la baisse de 24 milliards sur la facture de grandes sociétés pour le droit d’exploitation des téléphones mobiles dits de troisième génération. Cette baisse concerne dans l’immédiat France Télécom et Cegetel-Vivendi (ex-générale des Eaux), demain probablement Bouygues. Ces trusts vont se partager le pactole. Ils en sont ravis et la grenouille de leurs cours en bourse en grimpe aux barreaux !
Ces rentrées de licences de téléphones portables étaient destinées à alimenter le fonds de réserve des retraites. Alors, pour les retraites ? Après avoir envisagé de privatiser la Snecma (pour ramener de l’argent dans les caisses de l’Etat), il est question de privatiser partiellement les Autoroutes du Sud… En bout de chaîne, c’est de toute façon un gros paquet d’argent public qui va tomber dans les poches de trusts privés et de leurs actionnaires.
Mais, étiquette de gauche (et approche des élections) obligent, le budget se devait de présenter au moins une mesure qui fasse un peu populaire, tout en ne fâchant pas les patrons. L’an dernier, Fabius avait vanté la baisse de l’impôt sur le revenu, à l’avantage surtout des ménages les plus riches. Cette année, son gadget consiste à renouveler la prime à l’emploi, ce chèque de 945 francs annuels accordé aux plus bas salaires, touchant jusqu’à 1,4 fois le SMIC. L’équivalent de 3 paquets de cigarettes par mois, en voilà une mesure généreuse ! Et qui permet au patronat de ne même pas augmenter les salaires, puisque le gouvernement se charge de l’ersatz !
La rallonge de cette prime coûtera à l’Etat 8 milliards de francs, répartis entre 8 millions et quelques familles. Alors que la même somme de 8 milliards ira à chacun des trusts du téléphone bénéficiant de la ristourne sur les licences !
Ce budget a été discuté par les partis de la gauche plurielle. Les députés s’apprêtent à le voter, y compris ceux du PC, en échange de quelques mesurettes. Bocquet, président du groupe communiste à l’Assemblée, a déclaré que : « Voter contre le projet de budget 2002 ne serait pas pensable, avec ce qu’on a obtenu ».
Ah bon ?
Dire ainsi amen à la compression des dépenses publiques, avec tout ce qu’elle signifie de détérioration des services de santé, transports, éducation ? Là où il faudrait embaucher par centaines de milliers.
Dire amen à ces nouveaux cadeaux au patronat, qui vont assurément faire grimper les dividendes des actionnaires mais qui ne vont pas faire cesser l’hémorragie des licenciements ? Là où il faudrait pourtant couper toutes les vivres étatiques à ces grands licencieurs.
Dire amen à la stagnation des salaires ? Car accepter la prime pour l’emploi améliorée, c’est se résigner aux bas salaires.
Il serait question de « patriotisme économique », selon Fabius ! Patrons et gouvernants veulent prendre la guerre - entre autres - comme prétexte pour intensifier les attaques contre les travailleurs. Pour ces derniers, il y a sûrement « une vraie bataille à mener sur ce front ».