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Toulouse, le terrorisme du profit

lundi 1er octobre 2001

Vingt-neuf morts, une trentaine de blessés graves et 2400 « légers », 5000 sans abris, 25 000 logements endommagés… Une bonne partie de Toulouse est un champ de ruines, à commencer par les quartiers populaires les plus proches de l’usine AZF qui a explosé, lesquels ont d’ailleurs eu droit à des « premiers secours » spéciaux : alors qu’on proposait aux habitants du centre-ville des cellules d’accueil psychologique, ceux des cités du Mirail se sont fait déloger de façon expéditive par les CRS, pour être parqués dans des gymnases. La sollicitude de la municipalité n’a pas été jusqu’à lui faire réquisitionner les milliers d’appartements vides des beaux quartiers…

Après l’abattement, la colère des habitants : samedi dernier, 20 000 personnes ont défilé dans les rues de Toulouse derrière une banderole « Plus jamais ça ». Le mardi précédent, des milliers avaient déjà défilé derrière des slogans s’en prenant directement à Desmarets, le PDG de Total-Fina-Elf, propriétaire d’AZF : cela faisait des années que la direction de l’usine d’AZF réduisait son personnel, économisait sur la surveillance et l’entretien, multipliait les intérimaires formés à la va-vite…

Aujourd’hui, il est question de débloquer un milliard et demi de Francs de fonds publics pour les sinistrés, alors qu’il en faudrait autour de 10 milliards. Mais Total-Fina-Elf, combien va-t-il payer ? Le trust (50 milliards de bénéfices pour la seule années 2001) offre royalement une aumône de dix millions de francs – dix mois du salaire de son PDG !

C’est à Total-Fina-Elf d’assumer toutes les conséquences financières et pénales de la catastrophe : indemnisation des familles des victimes, de tous les dégâts, maintien intégral des salaires des travailleurs, ceux d’AZF, mais aussi de toute la zone industrielle, tant qu’ils n’ont pas un autre poste de travail ou que leur poste n’a pas été rétabli.

Aujourd’hui, il y a une certaine prise de conscience de ce que les médias appellent le « risque industriel »… pour un temps. Effectivement. Mais ce sont les salariés de toutes les usines à risques (et pratiquement toutes le sont) les mieux placés pour exiger d’avoir le droit et les moyens d’interrompre la production quand les conditions de sécurité ne sont pas assurées ; de faire venir les experts de leur choix au moindre doute. La seule réponse à l’irresponsabilité patronale et à la complicité des pouvoirs publics, c’est de mettre les conditions de production sous le contrôle des travailleurs. Et si la population des quartiers alentours voulait participer à ce contrôle, ce serait un atout supplémentaire. Il nous faut bien accepter de travailler pour vivre. Pas pour mourir.