Ce sont les ouvriers qu’on licencie et ce sont les patrons qu’on aide !
lundi 10 septembre 2001
En France comme dans le monde, les annonces de plans de licenciements se succèdent. Le sort de dizaines de milliers de salariés se trouve suspendu aux opérations financières des grands groupes industriels et bancaires. Compaq et Hewlett-Packard fusionnent-ils ? Et ce sont 7 000 emplois qui sont supprimés. La direction de Moulinex choisit-elle en fin de compte de déposer le bilan ? Et voilà, après la menace de 4 000 licenciements, les 17 000 salariés tous soumis dorénavant à la décision d’un éventuel repreneur. Tout comme l’ont été pendant plusieurs mois les salariés d’AOM-Air Liberté, jusqu’au rachat de la compagnie par un repreneur qui au passage a licencié 1 405 d’entre eux.
Le gouvernement refuse d’interdire les licenciements mais fait mine de se préoccuper du sort des travailleurs jetés à la rue. “ Il faut trouver des solutions pour aider les salariés de cette entreprise ” aurait déclaré Jospin à propos de Moulinex. Et de citer en exemple l’action de Gayssot, le Ministre des Transports qui, loin de s’opposer aux licenciements, a joué les médiateurs dans la reprise d’AOM-Air Liberté pour parrainer ensuite avec force publicité la promesse de reclassement d’un millier de licenciés dans des entreprises publiques.
Cette fois, c’est Pierret, secrétaire d’Etat à l’Industrie, qui a entrepris de démarcher TotalFina, PSA, Renault, IBM... pour les “ persuader de reprendre des Moulinex ”. Que ces groupes soient eux-mêmes des licencieurs – 1 000 CDD renvoyés de l’usine Citroën Rennes par PSA en mai dernier, pour ne citer que cet exemple – n’arrête donc pas le ministre, qui se soucie fort peu du sort de leurs victimes.
Pierret a d’ailleurs précisé d’ores et déjà les limites de la prétendue aide aux licenciés. Il est évident à ses yeux que les salariés reclassés “ devront accepter une certaine mobilité ” géographique... et salariale. “ L’Etat soutiendra une véritable stratégie de reconquête industrielle ” a-t-il en revanche déclaré à l’intention de la direction de Moulinex, à qui il a donné “ l’assurance que la puissance publique peut l’accompagner dans l’effort d’innovation ”. Aux travailleurs les sacrifices et aux patrons l’aide sans réserve de l’Etat !
Pris à la gorge les patrons ? Plaisanterie ! Ils affichent les pertes, mais où sont donc passés tous les profits passés qu’ils ont réalisés en exploitant notre travail ? Les patrons ont pris soin de les placer ailleurs, dans des secteurs qui leur semblaient plus rentables et plus prometteurs. Et tout naturellement, ils les retirent des secteurs jugés pas assez juteux pour pouvoir justifier ensuite les restructurations. C’est de la soif de profit de ces patrons que les travailleurs licenciés sont victimes. Pas de la concurrence des produits asiatiques, comme la direction de Moulinex voudrait le faire croire.
Les difficultés financières ? Quand nous en avons, les banques ne font pas tant de manières pour extorquer toutes nos ressources, jusqu’à venir saisir notre mobilier et notre logement. Ce ne serait que justice que nous travailleurs, exigions au moins de connaître l’état des comptes de ces patrons. Pas seulement sur l’année mais ne serait-ce que 5 ans en arrière. Et de tous leurs comptes. On ne nous fera pas croire que le baron Seillière, ex-actionnaire d’AOM-Air Liberté est sur la paille. Pas plus que les frères Nocivelli, principaux actionnaires de Moulinex. Leurs capitaux et ceux de leurs semblables sont placés en sécurité, dans des industries et des entreprises, mais aussi dans des biens immobiliers, et dans une quantité d’autres biens matériels, depuis les bateaux de plaisance, les voitures de luxe, les bijoux jusqu’aux tableaux de maître.
Que nous soyons touchés par un plan “ social ” ou pas, nous sommes tous concernés, car ces plans préparent partout les suppressions d’emplois précaires, l’accroissement de la charge de travail et la pression sur les salaires. Refusons en bloc ces « plans alternatifs » que le gouvernement nous pousse à négocier, et qui n’auront conduit les syndicalistes d’AOM... qu’à établir eux-mêmes la liste des travailleurs sacrifiés.
Tous ensemble, exigeons l’interdiction des licenciements !