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Un emploi supprimé = un chômeur de plus

lundi 3 septembre 2001

40 000 chômeurs supplémentaires inscrits à l’ANPE en juillet, des chiffres en hausse depuis 3 mois, telles sont les statistiques officielles publiées vendredi dernier.

Le gouvernement qui se targuait d’une baisse continue du chômage depuis son arrivée au pouvoir s’est hâté de minimiser ces chiffres. Guigou, la ministre du Travail, et d’autres dirigeants du PS ont invoqué « l’effet juillet », la fin du service militaire, les conséquences du « ralentissement de l’économie » aux Etats-Unis, tout sauf leur propre responsabilité.

Pourtant il est évident que cette hausse du chômage est la conséquence directe de la rafale de plans de licenciements en France et dans le monde. Ils sont tout autant le fait des patrons français que des patrons américains, anglais ou allemands. Après Lu-Danone, Marks & Spencer, AOM, Moulinex, Bata, Valéo, Bull, la liste s’est allongée cet été avec Brandt, Alcatel, Philips, Hyghwave, Lucent… En cette rentrée, ce sont au bas mot 30 entreprises qui s’apprêtent à supprimer 14 000 emplois, d’après Libération qui estime incomplet son décompte, qui ne recense pas de nombreuses entreprises sous-traitantes.

Mais il n’est pas dans les intentions du gouvernement de faire reculer le patronat sur ce terrain. Le projet de loi Guigou dit de « modernisation sociale » n’a pas pour objet de s’opposer ni d’interdire cette vague de suppressions d’emploi. Son unique ambition est de donner un rôle consultatif au Comité d’Entreprise, lequel pourrait avec l’aide d’un médiateur proposer des « alternatives aux projets de restructuration » du patron ... qui resterait maître des décisions.

Histoire de nous convaincre que des plans sociaux pourraient être négociés à l’avantage des salariés, on a vu récemment Gayssot, le ministre des Transports, jouer les médiateurs dans l’affaire d’AOM-Liberté. La reprise de la société par une nouvelle compagnie n’a pas empêché que 1405 employés soient jetés à la rue. Depuis, Gayssot s’est empressé d’annoncer qu’un millier d’entre eux seraient reclassés dans des entreprises publiques comme Air France, la RATP, la SNCF ou la SNECMA. Et il a même promis de « veiller comme la prunelle de ses yeux » à ce que « personne ne reste sur le carreau ». Mais il semble fermer les yeux sur le fait que ces emplois ne vont être sauvés qu’au détriment du contingent d’embauches qui étaient déjà programmées dans ces entreprises. Ce sont donc d’autres salariés qui risquent de rester sur le carreau, ceux par exemple qui attendaient que leur CDD soient transformés en CDI ou d’autres encore qui cherchaient tout bonnement un emploi.

Le gouvernement n’aura donc rien trouvé d’autre qu’un tour de passe-passe pour masquer que des emplois étaient bel et bien supprimés.

Pourtant, le manque d’effectifs est si criant dans les services publics qu’il serait possible de procéder à des plans d’embauche massifs. Le gouvernement nous présente comme un effort remarquable sa récente décision de créer 40 000 emplois supplémentaires dans les hôpitaux dans le cadre du passage aux 35 heures. Mais, outre que ces embauches seront étalées sur 3 ans, ce sont 80 000 emplois qui seraient nécessaires pour simplement compenser la réduction du temps de travail des 800 000 salariés des hôpitaux. Et si on tient compte de la carence actuelle en personnel, les besoins dans les hôpitaux se chiffrent au moins à 150 000 embauches.

Quant au reste des services publics, le gouvernement s’est donné comme règle de réduire le temps de travail sans création nette d’emplois. C’est ce même gouvernement qui nous avait présenté la loi Aubry sur les 35 heures comme un outil de lutte contre le chômage. Et c’est toujours le même qui est en train d’accorder un assouplissement de cette loi aux patrons des PME de moins de 20 salariés, pour leur permettre d’augmenter le quota d’heures supplémentaires ... et donc de ne pas embaucher.

Il n’y a que la riposte d’ensemble des travailleurs qui pourrait mettre un coup d’arrêt à l’offensive des patrons.

Le seul projet alternatif valable, c’est d’imposer l’interdiction des licenciements, au patronat et au gouvernement qui s’en est fait le complice.