PARIS-PEKIN : RECORDS DU MONDE D’HYPOCRISIE
lundi 16 juillet 2001
Les jeux olympiques auront donc lieu à Pékin et non à Paris. Une « gifle » titrait Le Parisien samedi, avec la photo d’un Jospin déconfit. Comme si c’était un drame !
En fait, le temps d’une candidature, on nous aura surtout servi du bourrage de crâne : Paris c’est mieux, parce qu’au moins, on y respecte les « droits de l’homme ». Pieux mensonge ! Qu’on dresse seulement la liste des dictateurs déchus ou encore au pouvoir qui ont leurs hôtels particuliers ou leurs résidences plus discrètes à Paris ou sur la côte d’Azur – de Haïti à la Côte d’Ivoire, du Gabon au Maroc – et on aura une toute petite idée des liens très particuliers que l’Etat français a tissé avec ses arrière-cours coloniales et bien des dictatures dans le monde.
Faut-il oublier que « la France » – pays soi-disant démocratique – opère depuis longtemps ailleurs que dans l’Hexagone ? Déjà en 1789, la grande révolte des paysans permettait d’abolir le servage, mais pas l’esclavage, maintenu jusqu’en 1848 dans les Antilles. Et dans les colonies d’Afrique, le travail forcé et ses centaines de milliers de victimes, a continué jusqu’en 1944. Il continue même aujourd’hui d’une certaine manière, même pas toujours sous une forme différente : le trust français Elf-TotalFina, qui achève actuellement la construction d’un oléoduc en Birmanie, grâce au travail forcé de populations entières sous la schlague d’une dictature féroce et corrompue – mais tout de même fréquentable, apparemment – en sait quelque chose.
Les jeux en France ce serait mieux, paraît-il, parce qu’il n’y a pas de « goulag ». La France maintient seulement des pays d’Afrique sous tutelle, véritables mines d’or pour les Bouygues, Elf, Bolloré, Lesieur et tant d’autres, avec des populations accablées de misère qui ne peuvent en sortir (pour aller où, sans visa ?). Des populations que l’on fait garder par des bandes armées, chargées du maintien de l’ordre, financées, entraînées par l’Etat français. Est-ce vraiment le respect des droits de l’homme les massacres au Rwanda ?
Nos politiciens parlent des droits de l’homme quand ça les arrange. Paris a perdu, va pour Pékin ! Les jeux olympiques sont une telle occasion de faire de l’argent – c’est même l’enjeu essentiel, celui qui pourrit tout, y compris la manifestation sportive elle-même comme le montrent tant d’affaires de corruption ou de dopage – il y a tant à ramasser dans la construction ! Des routes, des stades, des métros… mieux vaut se placer, vite, et ne pas faire le dégoûté trop longtemps, concurrence oblige !
D’ailleurs, depuis le massacre de Tien An Men, le business avec la Chine n’a jamais été interrompu et il n’a jamais été aussi florissant. Derrière les discours, il y a les intérêts bien compris, sonnants et trébuchants, et régime « communiste » ou pas, en Chine comme ailleurs, le fric est roi.
Car Pékin n’est pas plus la capitale du « communisme » que Paris n’est la capitale des « droits de l’homme ». En 1949, le régime de Mao s’installait au pouvoir en imposant dès le départ une dictature contre les travailleurs. Depuis, avec le retour de la propriété privée, les privilégiés au pouvoir ont eu le loisir de consolider leurs privilèges. Ils sont les premiers servis, avec les trusts occidentaux bien sûr. Aux dépens de la population.
Les travailleurs chinois méritent pourtant mieux que des jeux olympiques synonymes de gros sous et d’ouverture sur le capitalisme. Le capitalisme, ils connaissent, il existe déjà à une large échelle et cela ne signifie pas moins d’oppression pour la population. La lutte de classe n’a d’ailleurs pas disparu en Chine, les travailleurs se battent, malgré la répression de ce régime soi-disant communiste, contre l’arrogance de leur patron et la corruption des autorités, ou parfois simplement parce que les salaires n’ont pas été versés depuis des mois !
Une véritable « ouverture » pour la classe ouvrière en Chine, consisterait justement à renouer des liens avec les travailleurs des autres pays et avec les véritables traditions du mouvement ouvrier, communiste et révolutionnaire. Nous pouvons d’autant mieux y contribuer ici en France que nous disposons infiniment plus de moyens et de facilités pour nous organiser. Avec les travailleurs du monde entier.