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Tous ensemble, imposons au MEDEF de battre en retraite

lundi 12 février 2001

Seillière, le président du MEDEF, a d’abord fait le coup de l’indifférence devant le succès des manifestations du 25 janvier. Mais le patron des patrons a dû changer de ton. Finalement, le MEDEF est revenu sur son ultimatum de ne plus verser les cotisations des entreprises à l’ASF, cette caisse qui permet aux salariés de bénéficier de leur retraite complémentaire à 60 ans au lieu de 65. Il propose maintenant de prolonger l’ASF jusqu’en 2002, c’est-à-dire après les élections présidentielles et législatives… Mais sur le fond le MEDEF n’a pas renoncé à allonger la durée de cotisation et renvoie la balle au gouvernement.

Le MEDEF et le gouvernement se partagent les rôles mais ils sont d’accord sur le fond. Tandis que les patrons parlent d’augmenter la durée de cotisation à 45 ans, le rapport Charpin, commandé par le gouvernement en 1999, préconisait déjà de l’allonger à 42 ans et demi. Si Jospin fait mine de se poser en arbitre et de contredire le MEDEF, c’est pour finalement entériner ses attaques contre les travailleurs et les chômeurs, comme lors des négociations sur les 35h ou sur le PARE. Le même scénario nous est préparé pour la retraite par répartition : tandis que le gouvernement jure vouloir la défendre… il met en place un système d’épargne salariale destiné à être une étape vers les fonds de pension.

Patronat et gouvernement voudraient nous convaincre qu’il y a un problème de financement des retraites. Le pire étant qu’ils trouvent auprès de certains syndicats une oreille complaisante.

Ils ont désigné un responsable : la démographie. Et d’expliquer que l’allongement de l’espérance de vie augmente la durée de la retraite, alors que d’autre part, les jeunes commencent à travailler, et donc à cotiser, de plus en plus tard. Mais le MEDEF n’en est pas à une contradiction près. Les patrons veulent allonger la durée de cotisation alors qu’ils se débarrassent des salariés les plus âgés. Aujourd’hui, seulement 53% des salariés entre 55 et 59 ans travaillent. Dans ce contexte, allonger la durée de cotisation revient en fait à vouloir diminuer les revenus des retraités, de moins en moins de travailleurs pouvant espérer atteindre le taux plein, d’autant qu’on commence à travailler de plus en plus tard.

Le comble, c’est que les patrons s’arrangent pour que ce soit l’Etat qui paye sous différentes formules : FNE, ARPE, ACA, CASA…. Mais de l’argent pour les retraites, on en trouverait, ne serait-ce qu’en obligeant déjà les patrons à prendre en charge les préretraites. Oui les salariés ayant commencé à travailler à quinze ans ou qui ont fait des travaux pénibles doivent pouvoir partir avant 60 ans. Mais avec une retraite complète et financée sur les bénéfices. C’est la seule « retraite à la carte » acceptable, et en tous cas pas celle qui « autoriserait » à travailler et cotiser au-delà de 60 ans pour pouvoir toucher une pension plus substantielle.

De l’argent, il y en a. La caisse vieillesse est elle-même bénéficiaire (+3,7 milliards en 1999). L’augmentation du coût de la retraite – de 2,3% par an pour les fonctionnaires et de 2,8% dans le privé jusqu’en 2040 selon le rapport Charpin – pourrait être financé par la hausse de la productivité, (2% par an en moyenne au 20° siècle). De même, le retour au plein-emploi, la fin de la précarité et la revalorisation des salaires augmenteraient les recettes des caisses de retraite. Et si cela ne suffit pas, pourquoi pas augmenter le taux de cotisation des employeurs ou créer un impôt de solidarité basé sur les bénéfices des grosses sociétés ? Le taux de l’impôt sur les bénéfices n’a-t-il pas été ramené de 50 à 33% ces vingt dernières années ?

Il y en a assez que ce soit toujours les travailleurs et les plus pauvres qui payent. Nous avons déjà eu droit au trou de la Sécu puis au trou des ASSEDIC, nous avons maintenant le trou des caisses de retraite. Et demain ?

La manifestation du 25 janvier a fait baisser le ton au MEDEF. C’est une nouvelle mobilisation de tous les travailleurs qui le fera reculer. En passant à l’offensive, nous pouvons même obtenir le retour à 37,5 annuités pour tous, dans le public comme dans le privé. C’est la seule façon de faire vraiment battre le patronat en retraite.