Salaires, crimes et profits…
lundi 5 février 2001
Alfred Sirven, un des principaux protagonistes de l’affaire Elf, réputé « en savoir trop », vient d’être arrêté après trois ans de “ recherches ”… A ce rythme, la police française n’avait sans doute pas dû beaucoup le chercher ! Pas de chance : cet homme – décidément partout – est retenu pour un temps en Allemagne car il est aussi accusé d’avoir financé la CDU (parti démocrate-chrétien) d’Helmut Kohl. La police française l’a fait mettre dans un avion allemand… en toute naïveté bien sûr !
Cet ancien directeur chargé des “ affaires générales ” à Elf, homme de confiance de l’ex-PDG Loïk Le Floch-Prigent, est mouillé dans d’innombrables affaires de corruption éclaboussant au passage nombre de politiciens, de droite comme de gauche. Des faits montrant en tous cas que la France avec sa mafia, n’a rien à envier à la Russie ou aux régimes africains !
Pour le côté rocambolesque de ce feuilleton, il y a les relations de Roland Dumas et Christine Deviers-Joncour, cette dernière étant payée par Elf, par l’intermédiaire de Sirven, pour que le ministre des affaires étrangères favorise au mieux les profits de la multinationale. Eh oui ! Pour ce monde-là “ l’amour ” se monnaye aussi ! Pour faciliter la vente par Thomson de six frégates militaires à Taïwan et convaincre Dumas, Christine Deviers-Joncour touche 80 millions de francs. On en apprend ainsi sur le train de vie d’un ministre dit de gauche et son goût pour les godasses qui valent deux fois un SMIC, assez tête en l’air pour casser dans le TGV des statuettes de grande valeur offertes par Elf via sa maîtresse…
Plus dramatique est l’arrière-fond de cette affaire : la politique d’Elf et de la France en Afrique, et dans le monde. Avec l’aide de l’Etat français – avec la gauche ou la droite au pouvoir – Elf a semé des guerres meurtrières en Afrique.
En Angola, pendant des années ce groupe a financé à la fois les deux camps qui s’affrontaient. Bilan : un million de morts, et la mainmise sur le plus gros gisement pétrolier au monde, au large des côtes angolaises.
Au Congo-Brazzaville, il a aidé le dictateur Sassou-Nguesso à revenir au pouvoir en armant ses milices, les Cobras. Des véhicules militaires fournis par la France, les vedettes de la compagnie Elf et des militaires français encadraient l’opération. Des villageois témoignent avoir été mitraillés par des hélicoptères Elf. Il y eut de véritables massacres, des tortures, des mutilations et des réfugiés par centaines de milliers.
En Birmanie, Total qui fait maintenant partie de la même firme, soutient la dictature birmane et utilise le travail forcé des paysans encadrés par l’armée pour construire son gazoduc…
C’est grâce à de telles méthodes que le groupe Totalfina-Elf peut se vanter d’avoir encore réalisé cette année un bénéfice de 50 milliards de francs, un chiffre jamais atteint par un groupe français.
La gauche et la droite sont également responsables de ces crimes. Les réseaux mettent en évidence des hommes tels que Pasqua, Marchiani à droite, Mitterrand père et fils, Dumas, Strauss-Kahn à gauche. Et bien d’autres. Plus haut, Chirac et Jospin mènent tous deux la même politique en Afrique et ont pour le moins couvert les agissements connus d’Elf.
Entre certains politiciens et les grandes entreprises les frontières n’existent pas : on voit Elf se payer les dirigeants des partis au gouvernement et nombre de ceux-ci se recycler dans les affaires. Les sommes astronomiques échangées entre ces gens-là pour bons et loyaux services, ainsi que les bénéfices réalisés, rendent encore plus insupportable le discours qu’ils servent aux travailleurs. Ce sont ces mêmes individus qui déclarent impossible d’augmenter les salaires et prétendent qu’il n’y a pas assez d’argent pour les retraites, quand ils ne justifient pas les plans de licenciements.
Pour empêcher des groupes comme Elf de nuire et de mettre à feu et à sang une contrée ou une autre, les travailleurs doivent exercer eux-mêmes leur contrôle sur les comptes des sociétés et de tous les profiteurs, ainsi que ceux de l’Etat.
En attendant de se débarrasser définitivement du capitalisme et de sa mafia.