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On les a étonnés, on les étonnera !

lundi 29 janvier 2001

Il n’a probablement échappé à personne que 300 000 salariés en grève et dans la rue le 25 janvier, dont une majorité de « novices » comme disent les journalistes, de travailleurs du privé et du public manifestant parfois pour la première fois de leur vie, ont fait réagir bien du monde, en haut lieu.

D’abord le patron des patrons, Seillière, qui s’est tout de suite exprimé sur les ondes pour vanter la dignité des manifestants ! Dignité que lui et les siens connaissent bien pour ne cesser de la piétiner dans les ateliers et les bureaux, dans le commerce et le bâtiment, par leur harcèlement à imposer des salaires minables, des horaires fous, des situations précaires et dangereuses, des licenciements en masse. Mais les cortèges auxquels des cadres et des contremaîtres se sont joints, ont rendu le MEDEF tout miel tout fiel !

Le gouvernement aussi a été un peu sonné ! Malgré les avertissements du ministre de la fonction publique Sapin, des fonctionnaires se sont joints aux autres, le 25 janvier, pour s’en prendre à l’Etat-patron qui ne veut leur accorder, compte tenu de l’inflation, que quelques dizaines de francs d’augmentation par mois et leur impose une précarité croissante.

Jospin vient donc de se dire prêt à intervenir sur la retraite à 60 ans ! Pour contraindre les patrons à la financer en prenant sur leurs super-profits ? Pour les contraindre à combler les caisses sociales en augmentant les salaires et en embauchant largement comme il le faudrait ? Non évidemment. Jospin se contente d’annoncer que l’Etat pourrait payer à la place des patrons, avec l’argent des contribuables, c’est-à-dire le nôtre !

Le gouvernement reste du côté du patronat mais il vient de mesurer notre mécontentement.

Et on peut parier qu’il va en tenir compte pour nous lanterner, nous bercer de belles paroles, au moins jusqu’aux prochaines élections où les socialistes veulent garder Matignon et Jospin arracher l’Elysée. Ne surtout pas confondre le plan de carrière des politiciens de la gauche plurielle avec nos intérêts !

Du côté des directions syndicales aussi, les manifestations ont secoué quelque peu. Nicole Notat qui a pris l’habitude de devancer les vœux patronaux et plaide pour une retraite « à la carte » qui diviserait les travailleurs entre eux selon leurs différentes situations, ou pour une augmentation des cotisations salariales puisque leur allongement est trop impopulaire, annonce qu’il ne faut pas confondre « vitesse et précipitation ». Là voilà qui pour une fois ne se précipite pas à signer !

Certes, la journée du 25 a été un succès parce que les confédérations ont décidé d’appeler toutes ensemble, même si l’appel n’a pas été nerveux partout. Des grandes manœuvres ont eu lieu pour ne pas appeler le public en même temps que le privé, ou si timidement ! Pour ne pas appeler pour les salaires en même temps que pour les retraites, ou si mollement ! Et la politique de mobilisation en ordre dispersé continue, pour ne pas trop gêner patrons et gouvernement, pour avoir seulement quelques billes dans les négociations avec les patrons. Les directions syndicales de fonctionnaires invitent maintenant les enseignants, les postiers, les hospitaliers (mais pas les travailleurs des transports ?) à faire grève et manifester ce mardi 30 janvier. Les hospitaliers sont spécialement appelés à une nouvelle journée, mais seuls, le mardi 6 février ! Mais quelle stratégie générale de riposte contre l’ensemble des attaques patronales et gouvernementales les confédérations nous proposent-elles pour la suite ?

Et maintenant la suite ?

Le 25 janvier a montré que les « novices » que nous sommes et dont les rangs ne peuvent que grossir, avons les moyens de faire bouger tout ça ! Répondons présents à tous les appels. Invitons-nous, même quand nous ne le sommes pas ! Demandons des comptes ! Demandons surtout le planning de la suite ! Et s’il ne venait pas, préparons-nous à l’établir nous-mêmes.