Un scandale peut en cacher un autre
lundi 4 décembre 2000
Le ping-pong des « affaires » continue. Dernière affaire en date, les commissions de 2 % (soit la bagatelle de 600 millions de francs) sur le marché des lycées en Ile-de-France que se sont partagées le RPR, le PR et le PS.
Le PS était accusé d’avoir siphonné les cotisations de sécurité sociale des étudiants (« affaire MNEF »), le RPR est accusé d’avoir détourné l’argent des marchés de la mairie de Paris (« affaire Méry »), tout en truquant les élections dans le 5e arrondissement (« affaire Tibéri ») ; un éminent membre du PS, Roland Dumas, est poursuivi pour avoir mis son influence de ministre des affaires étrangères au service des groupes Elf ou Thomson contre des cadeaux de plusieurs millions de francs.
Cet étalage peu ragoûtant sert de toile de fond à la lutte que se mènent les grands partis de gouvernement en vue des prochaines élections. Il est révélateur des mœurs crapuleuses qui règnent dans le milieu de ces politiciens et des dirigeants de grosses entreprises. Le « milieu » dans tous les sens du terme, car leurs méthodes n’ont rien à envier à celle du banditisme pur et simple, comme en témoigne la dernière péripétie de « l’affaire des frégates » : alors que Thomson avait fait verser par Elf d’importantes sommes à Roland Dumas et d’autres intermédiaires pour emporter la commande de plusieurs bateaux de guerre pour Taïwan, un officier taïwanais qui gênait les intérêts de Thomson, a été purement et simplement liquidé.
Qui fait les frais de ces mœurs de mafieux ?
La corruption de politiciens au service du patronat n’étonne plus personne. Chacun suppose même, à juste titre, que les affaires étalées sur la place publique ne sont que la partie émergée de l’iceberg : trafics et détournements font effectivement partie du fonctionnement de l’Etat dans la société capitaliste. Mais il y a plus important que les bakchichs encaissés par les grands partis politiques : ce sont les motivations des entreprises qui versent ces commissions, ce que les médias n’évoquent guère.
Non, les grands groupes du bâtiment, de l’eau, de l’armement et autres ne sont pas victimes d’un « racket » comme certains voudraient le faire croire. Elles sont au contraire les grandes bénéficiaires du système. Les commissions visent uniquement à ce que les responsables politiques ferment les yeux sur ce qui importe vraiment : le détournement de centaines de milliards de francs d’argent public par les entreprises privées.
Le pillage de l’argent public
Normalement, la construction d’un pont, d’un lycée, l’achat d’équipements quelconques par la collectivité, véhicules ou ordinateurs, bref tout marché public, donne lieu à un appel d’offre. Est choisie l’entreprise qui propose la meilleure prestation au moindre coût. Dans la réalité ces appels d’offre sont systématiquement truqués : les entreprises s’entendent, surfacturent, dépassent les devis, faussent les comptes… Et l’Etat paye invariablement un prix largement surévalué. C’est un véritable pillage des finances publiques. Les plus grands trusts se nourrissent de cette activité parasite : Vivendi, la Lyonnaise des Eaux, Bouygues, Dumez, Bolloré, Fougerolles, Alcatel, etc., et derrière eux les principales banques.
Ainsi des pots de vin de quelques millions de francs, simples pourboires, permettent à une poignée d’actionnaires d’engranger des milliards aux dépens de la collectivité. Il est là, le vrai scandale !
Le patronat doit rembourser
Car à l’arrivée c’est la majorité la plus modeste de la population, en particulier les salariés, qui payent l’addition, à travers les impôts, les taxes, les factures d’eau, d’électricité, de téléphone...
Ce sont aujourd’hui des centaines de milliards que les trusts privés devraient alors rembourser à la population. Cet argent permettrait de construire des écoles, des crèches, des hôpitaux ; d’embaucher des infirmières, des pompiers et des profs ; d’augmenter le pouvoir d’achat des salariés, et bien d’autres choses encore. Mais ne comptons pas sur le système judiciaire pour leur faire rendre gorge. Il ne s’en prend que bien rarement aux grands groupes et à leurs propriétaires…