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Gros comptes chez les peaux de vaches

lundi 13 novembre 2000

L’angoisse provoquée par les risques de contamination humaine par la maladie de la « vache folle », est montée d’un cran ces derniers jours… et a créé du remue-ménage chez les politiciens de tous bords. Chirac, Jospin, divers membres du gouvernement, mais aussi des représentants des grands patrons de l’agroalimentaire, tous soucieux d’ouvrir le parapluie, ont multiplié les petites phrases et les annonces de « plan ».

Mais ce qui inquiète tout ce beau monde, ce sont les conséquences financières et politiques d’une « panique » populaire, bien plus que les réels problèmes de santé publique.

Cela apparaît clairement dans les solutions qu’ils prétendent apporter. Ainsi la FNSEA, syndicats de (gros) paysans, a-t-elle hypocritement proposé d’abattre systématiquement les animaux nés avant juillet 1996, c’est-à-dire avant l’interdiction (au moins théorique) en France des farines animales contenant des abats (réputés particulièrement susceptibles de transmettre le prion). Il s’agit de rassurer le consommateur (en une semaine, les ventes de bœuf ont subi un chute de l’ordre de 40 %), tout en se prémunissant en même temps contre l’effondrement de la demande : supprimer les animaux de plus de quatre ans permettrait d’éliminer 30 % du cheptel, c’est-à-dire précisément le pourcentage que les gros éleveurs estiment ne plus pouvoir trouver acheteur !

Folle, et à prix d’or

Tout en se faisant payer les bêtes, bien sûr : la FNSEA prévoit déjà que les indemnisations pour son plan, qui se chiffreraient à 7 milliards en 5 ans, pourraient être couvertes pour 50 % par des fonds européens (comme ça a été le cas pour les éleveurs britanniques), à charge pour l’Etat (donc les contribuables) de payer le reste…

Après avoir fait prendre des risques énormes à la population, la filière capitaliste de l’élevage et de l’agroalimentaire pleure désormais après l’argent public ! Les peaux de vache, eux, sans être très sains d’esprit, ne perdent jamais le nord.

Ils essaient encore de nous rouler dans la farine

Pour l’heure, le gouvernement, aussi soucieux des intérêts patronaux soit-il, n’est pas si pressé d’ouvrir le tiroir-caisse. Pour calmer le consommateur, quitte à le berner encore une fois, il préfère parler d’un geste juridique, comme l’interdiction de toutes les farines animales (qui sont encore autorisées sans restriction pour les porcs, volailles, poissons d’élevage… et en faible proportion pour les bovins). Chirac, qui en 1996 accusait la « presse folle », comme il disait, de créer une fausse panique à propos de l’épidémie « pour vendre du papier », le même Chirac a parlé de l’urgence de cette interdiction fin octobre. Et le gouvernement, mis en demeure de faire semblant de faire quelque chose, a proposé un moratoire sur l’utilisation des farines, le temps – officiellement – d’attendre un rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments, qui ne devrait pas arriver avant trois mois. C’est-à-dire surtout le temps que les choses, peut-être, se calment dans l’opinion.

Car pour ce qui est de l’interdiction réelle de ces farines, il n’en est pas vraiment question pour le moment. Rendez-vous compte ! Il serait difficile désormais de refourguer les farines à d’autres pays, comme les compagnies agroalimentaires britanniques l’avaient fait en 1988, au moment de leur interdiction outre-Manche. Il faudrait donc les stocker ou les détruire, et cela coûterait 5 milliards de francs par an.

L’argent, on l’a pour acheter le porte-avion Charles de Gaulle et sa panoplie d’avions de guerre à 70 milliards, ou pour arroser les capitalistes de l’élevage, de l’agroalimentaire ou d’ailleurs. Pas pour prendre de vraies précautions avec la santé, et peut-être la vie, de millions de gens ! Il n’y a pas que les vaches qui sont timbrées…