Cote d’Ivoire : Les responsables du massacre sont aussi au gouvernement français
lundi 30 octobre 2000
Quand des centaines de milliers de manifestants ont attaqué les édifices publics d’Abidjan face aux tirs des forces armées et que le pouvoir du général Gueï est tombé, la France a soutenu Laurent Gbagbo, candidat victorieux aux élections présidentielles truquées. Gbagbo avait reçu dans sa campagne l’appui direct de dirigeants du parti socialiste. Même si celui que le PS français appelle « le camarade Gbagbo » avait alors repris la propagande xénophobe et anti-immigrés, hostile aux ethnies du nord du pays. La prétendue « ivoirité », développée par les dictateurs précédents ne correspond pourtant même à aucune réalité nationale, les frontières ayant été tracées il y moins de 50 ans par l’ancienne puissance coloniale, au sein d’un ensemble baptisé au préalable AOF, Afrique Occidentale Française.
Ce qu’est Gbagbo, il a suffi de sa première journée au pouvoir après la chute de Gueï, pour le voir : il a commandité un véritable pogrome contre une population originaire du nord musulman, les dioulas, et a organisé l’incendie des mosquées d’Abidjan. Pour cela il a envoyé des nervis de son parti, le Front Populaire Ivoirien, encadrés par la gendarmerie qui ont massacré une population désarmée, faisant 160 morts. Ils ont ainsi terrorisé la population pauvre mais également semé la haine entre les peuples.
Jusqu’à la révolte populaire de mercredi dernier dans toutes les grandes villes, la France a appuyé toutes les dictatures en Côte d’Ivoire. La France de Chirac et Jospin a maintenant décidé d’accorder son appui, politique, financier et éventuellement militaire, au nouveau président autoproclamé de la Côte d’Ivoire Laurent Gbagbo. Ce dernier avait pourtant déjà montré qui il était en participant au gouvernement précédent, celui de la dictature militaire du général Gueï. Gbagbo avait en particulier cautionné les élections truquées dans lesquelles la plupart des candidats avaient été éliminés par avance, dont son principal rival Alassane Ouattara, ancien Premier ministre et ancien dirigeant du FMI, plutôt soutenu pas les USA.
C’est donc en menaçant la population d’une guerre civile entre ethnies que Gbagbo a décidé de faire reculer son concurrent Ouattara. C’est aussi ainsi qu’il cherche à reprendre le contrôle sur la population pauvre et la jeunesse, révoltés par la crise sociale et politique, et sur les soldats eux-mêmes en effervescence. Et l’ordre qu’il compte imposer aux travailleurs et aux couches populaires avec l’aide de l’impérialisme français, c’est celui qui profite aux riches Ivoiriens mais aussi à de nombreux patrons français comme Bouyghes et Bolloré qui mettent en coupe réglée le pays et sont les principaux bénéficiaires de ses ressources : cacao, café, bois, etc...
La France dispose, sur place, dans les pays voisins et dans des navires près des côtes, de troupes prêtes à intervenir. Elle a déjà montré de quoi elle était capable pour soutenir des régimes à sa solde en Afrique, y compris quitte à appuyer des massacres. C’est ainsi qu’elle a soutenu et armé les bandes fascistes qui ont fait un million de morts au Rwanda sur la base d’un conflit ethnique. C’est aussi ainsi qu’elle a nourri l’affrontement entre bandes armées ayant mis à feu et à sang le Congo Brazzaville.
Laurent Gbagbo vient sans doute de semer en Côte d’Ivoire les germes de futures guerres civiles fratricides. Il l’a fait froidement et consciemment avec l’appui des Chirac et Jospin. Ouattara, bien qu’écarté du pouvoir et ses militants frappés ou tués, s’est empressé d’appeler au calme. Les deux concurrents se sont donnés l’accolade en public. Ils sont d’accord pour empêcher que la population pauvre, après avoir fait tomber le général Gueï, reste mobilisée et puisse redescendre dans la rue cette fois pour ses propres intérêts et non pour choisir entre deux futurs dictateurs. En effet, dirigeants bourgeois ivoiriens comme français, s’ils ne craignent pas la violence quand elle oppose les pauvres entre eux, craignent que la situation débouche en Côte d’Ivoire sur une lutte des opprimés contre les oppresseurs. Et c’est bien pourtant tout ce que l’on peut leur souhaiter !