UNEDIC : une nouvelle fois Jospin donne gain de cause au patronat !
lundi 23 octobre 2000
On nous raconte qu’il aura suffi d’un seul coup de fil pour que Jospin et Seillière, dirigeant du MEDEF, trouvent immédiatement un terrain d’entente sur le projet de convention d’assurance chômage ! Quelle comédie ! Le gouvernement Jospin prétendait se faire le défenseur des intérêts des salariés et des chômeurs contre les projets du MEDEF sur l’UNEDIC : il a donc tourné sa veste. Les grands sourires des dirigeants patronaux le montrent bien. Résultat : les chômeurs devront accepter l’emploi que les patrons leur imposeront au prix que les patrons voudront, ou ils perdront leur droit aux allocations chômage.
C’est très exactement l’objectif que poursuivait le patronat. Celui-ci craint en effet qu’avec la reprise de la croissance, la pression du chômage sur les salaires diminue. Le PARE, qu’on veut désormais imposer aux chômeurs de signer, sous couvert de favoriser leur retour à l’emploi, vise à maintenir cette pression.
La mise en scène organisée tous ces derniers mois par le patronat, le gouvernement et les confédérations syndicales à propos de l’UNEDIC est très exactement la même que pour la loi Aubry, qui sous le prétexte des 35 heures a servi en fait à imposer la flexibilité, la mobilité et l’accroissement de l’exploitation. Même partage des rôles jusqu’à la même scène finale. Première scène : un apparent affrontement entre le patronat et gouvernement, le MEDEF prétendant que le gouvernement de gauche veut la peau des patrons. Deuxième scène : la CFDT prend partie pour le MEDEF et les syndicats CGT et FO dénoncent cette collusion. Troisième scène : comédie des discussions à trois où l’attitude provocante du patronat permet au gouvernement de paraître défendre les salariés. Quatrième scène : faute d’un accord entre les patrons et l’ensemble des syndicats, le gouvernement annonce qu’il va trancher lui-même. Cinquième scène : le gouvernement tranche, mais en faveur des patrons ; les dirigeants CGT et FO protestent mais n’organisent pas la riposte, ayant accepté dès le départ de négocier le recul des droits des salariés.
Tout ce cirque a commencé lorsque l’UNEDIC a commencé à avoir des excédents : 75 milliards de francs prévus sur les trois ans à venir. A force de diminuer les sommes versées aux chômeurs ou d’en radier des listes, les caisses ont fait des bénéfices avec la reprise de la croissance. Mais alors que ces excédents auraient dû servir à augmenter les allocations chômage ou à indemniser les 58 % de chômeurs qui ne le sont plus actuellement, les patrons entendent bien se les approprier. L’accord entre Jospin et Seillière a justement porté sur le partage de ce gâteau sur le dos des chômeurs. Les patrons obtiennent une diminution des cotisations sociales de 71 milliards, une dizaine de milliards revenant à l’Etat. Quant aux chômeurs, non seulement ils ne verront pas la couleur de cet argent qui leur est dû mais on leur imposera désormais de signer un document par lequel ils s’engageront à accepter un emploi même si celui-ci est très en dessous de leur qualification.
C’est donc bien en faveur des patrons que Jospin vient de trancher. Exactement comme sur la question de la diminution du temps de travail, celle des diminutions d’impôts qui favorisent surtout les gros revenus, ou celle des augmentations de salaires, dont il continue à défendre le blocage.
Les salariés, retraités, chômeurs ou exclus ne sont nullement représentés par ce gouvernement, même si celui-ci, bien plus que les gouvernements de droite, prétend consulter les dirigeants syndicaux. Le résultat est là : la participation des syndicats à ces négociations sert surtout à diviser les travailleurs et à entraver les luttes.
C’est d’une riposte générale pour des hausses de salaires d’au moins 1500 F pour tous et des embauches dans le privé comme dans le public qu’a besoin le monde du travail et pas de « bons négociateurs syndicaux ». C’est seulement un mouvement d’ensemble qui permettra d’envoyer dans les filets les Seillière et les Jospin et jeter à la poubelle tous les PARE et autres projets de « refondation sociale » du patronat.