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Sur un piquet de Transdev, mercredi 22 septembre 2021

22 septembre 2021 Article Entreprises

Photo : sur le piquet de Cesson

Semaine 3, J3 : «  C’est à nous à prendre les choses en main  !  »

À Vaux-le-Pénil, presque aucun bus ne sort. Le piquet est toujours tenu, et certains affrontent la nuit pour aller s’y trouver et vivre ensemble «  la magie du matin  ». Café, viennoiseries et discussions accueillent les nouveaux arrivants. Un conducteur qui passe souvent par la rue du piquet ouvre sa fenêtre et chambre, bon enfant : «  Ça va les gars, ça bosse dur  ?  »

Sur le piquet, les grévistes sont toujours déterminés. Aucun parmi la soixantaine de ceux qui y passeront ne se voit sérieusement reprendre. Ils suivent leur visibilité sur les réseaux. Deux grévistes se mettent à l’écart pour écouter la vidéo d’un cheminot du nord qui parle d’eux [1]. Plus tard, deux militantes du NPA passent pour apporter au nom de Sud et du GIGM («  grévistes interprofessionnels du grand Melun  », ne pas confondre  !) quelques centaines d’euros dans la caisse de solidarité. Elles se font applaudir. «  Quand un travailleur est attaqué, tous les autres le sont aussi  ! Moi je suis prof, mais quand on vous attaque, je me sens concernée. – Il ne faut pas qu’on se laisse attaquer les uns à part des autres. C’est leur stratégie, ils voudraient nous faire revenir à l’esclavage  !  » Le 5 octobre, une journée de manifestation et de grève interprofessionnelle aura lieu à l’échelle nationale. Qui sait où en sera la grève chez Transdev à ce moment, à Vaux-le-Pénil mais aussi dans les autres dépôts  ? À Cesson, qui dépend du réseau de Sénart quelques kilomètres au sud, un piquet vient de se monter.

Travailler à plus pour trimer moins

«  En fait, il faudrait des embauches, c’est logique.  » Quelques grévistes parlent de revendications. «  Moi je pense qu’on n’aura pas tout, mais il faudrait des embauches. Comme ça la charge de travail sera diminuée. – Et il n’y aurait plus besoin de faire de services en deux fois  !  » Cette revendication est fondamentale pour le monde du transport. S’il y a des problèmes d’embauche à certains endroits, c’est que les conditions de travail sont trop dures. Mais si elles le sont, c’est parce qu’«  un conducteur doit faire le travail d’un conducteur et demi  ». Donc, si des conducteurs étaient embauchés en plus… il n’y aurait plus de problèmes d’embauche. Logique.

Cette revendication va même plus loin que le monde du transport, non seulement parce qu’on peut faire le même raisonnement pour tous les métiers ou presque, personnel soignant en tête, mais aussi parce qu’elle toucherait les millions de personnes actuellement au chômage. Mais si elle semble «  logique  » aux grévistes, ce n’est pas la logique des patrons. La logique des patrons, c’est de tirer plus de profit de moins de salariés. À la grève donc d’imposer notre logique.

Quelle dynamique pour la grève  ?

Les grévistes sont déterminés, mais quelques-uns sont aussi désorientés. Certains d’entre eux ont commis le même lapsus : «  Dans la guerre… enfin je veux dire dans la grève…  » «  Mais la grève est une sorte de guerre  » a ajouté l’un d’entre eux. On peut en effet parler de lutte des classes, entre les grévistes et le patron. Dans toute lutte, il faut une stratégie, surtout quand on sait que son adversaire en a une. Et si la stratégie de la direction est d’attendre le pourrissement, les grévistes doivent tout faire pour l’éviter. Ils le sentent bien, et un groupe d’une quinzaine d’entre eux se rassemble. «  – Bon on fait quoi  ? Moi je dis qu’on va bloquer Melun. – Non, il faut s’organiser pour ça  ! – Mais on ne peut pas rester comme ça tous les jours sur le piquet  ! – Il faudrait s’organiser avec les autres dépôts. – Oui, mais il faut le faire rapidement, parce que là, on stagne  ! Les jours passent et on ne fait rien  !  » Beaucoup sont du même avis. Mais est-ce que bloquer Melun, avec seulement les quelques voitures qu’on est, ça n’est pas dangereux  ? Un délégué répond : «  C’est une idée, mais il faut faire une réunion. On verra la semaine prochaine. – On peut la faire cet aprèm’, non  ? On appelle les autres et on le fait, sinon on va s’endormir  ! – On fait ça la semaine prochaine, avec tous les dépôts. Comme ça on a le temps de préparer bien, on achète des fumigènes. Moi j’ai mis 300 euros la dernière fois pour les acheter. – Mais ça va faire long d’attendre jusqu’à la semaine prochaine  !  » Le groupe se sépare sans avoir rien organisé. Pourtant la grève permet d’avoir du temps libre, et on sait qu’à Lieusaint entre autres, tout proche, d’autres collègues sont aussi en grève. Pourquoi ne pas profiter de ce temps pour organiser quelque chose  ? Si les piquets servent à empêcher la production, ils peuvent aussi servir à construire la grève.

Pas mal de grévistes discutent de leurs collègues qui viennent moins, ou qui font grève à la maison. «  Comment les motiver  ? – Si on reste statique, ça risque de pourrir. Les questions d’argent vont occuper tous les esprits. Mais si on organise des actions et qu’on fait vivre la grève, ça donnera d’autres idées.  » Certains parlent d’actions secrètes. Mais puisque la grève s’étend à d’autres dépôts, est-ce que ce n’est pas le moment de la rendre encore plus visible  ? C’est l’objectif du rendez-vous du lendemain au siège de la région, à Saint-Ouen. Il a été appelé par une gréviste de Saint-Gratien (dans le 95), et d’après des échanges WhatsApp, ceux de Bailly-Romainvilliers vont venir de l’autre bout de Seine-et-Marne. Un gréviste en interpelle deux autres : «  Si je ne me mobilise pas, si tu ne te mobilises pas, il ne se passe rien. C’est à nous à prendre les choses en main  !  » En cinq minutes, un rendez-vous est donné et deux voitures sont remplies pour le déplacement à Saint-Ouen. Certains grévistes appellent leurs collègues pour les motiver à venir. Certains répondent : «  On y est déjà allés  ! – Mais au piquet aussi, tu viens tous les jours  !  » L’idée d’aller devant le siège n’est pas neuve, mais les têtes qui vont s’y montrer, si. Bailly et Lagny entament seulement leur quatrième jour de grève  ! Les «  anciens  » de Vaux-le-Pénil ont certainement bien des choses à partager et transmettre sur leur grève commune, et il serait bon d’élaborer ensemble une stratégie pour la gagne.

Simon Vries

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