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Quémander l’unité des appareils, ou en appeler aux luttes d’ensemble, à leur convergence : ce n’est pas du tout la même chose

Contribution de la Fraction l’Etincelle pour le CPN du NPA du 23 et 24 septembre 2017

27 septembre 2017 Politique

Depuis la rentrée, le gouvernement Macron-Philippe attaque tous azimuts le monde du travail et, d’une façon générale, les classes populaires. Dans le même temps, il multiplie les largesses envers le patronat et les riches.

Pour l’instant, la colère du monde du travail ne s’est pas pleinement exprimée. La mobilisation du 12 septembre a été un succès... pour une première mobilisation aussi rapprochée de la rentrée. Celle du 21 septembre a nettement moins mobilisé sans qu’on puisse pour autant préjuger ce que seront les suites. Et, à l’heure où nous écrivons, le rassemblement initié par Mélenchon à Paris le 23 septembre est à venir : indépendamment de ce que recherche le leader de la FI, il s’inscrit de toute façon dans un ensemble de mobilisations qui dépassent les objectifs étriqués des uns ou des autres.

Mais la répétition de manifestations de rues à l’occasion de journées d’action, même rapprochées, ne suffira pas à faire reculer gouvernement et patronat, prêts à en découdre dans la rue où ils savent donner leurs flics et leurs juges. Il faudrait parvenir à paralyser la production, à frapper la bourgeoisie au porte-monnaie pour qu’un recul soit envisageable. Mais, sur un tel chemin, les obstacles qui se dresseraient sur la route des travailleurs ne sont pas seulement ceux que leur opposeront gouvernement et patronat. Il y aura les bureaucraties syndicales – c’est-à-dire, dans des styles différents, les directions de tous les syndicats – et les appareils réformistes, traditionnels (PS, PC) comme ceux qui se veulent ‘nouveaux’ (FI).

Pour l’heure, au niveau politique, Mélenchon tente de reconstruire un substitut du PS hors du PS, à la direction duquel on ne trouve plus guère que des politiciens que pas grand-chose ne distingue de ceux, nombreux, qui ont rejoint Macron... Mais le plus notable est que, autour de la France insoumise, s’est levé un engouement qui a drainé aux meetings de Mélenchon, l’an dernier, des dizaines de milliers de participants, en particulier de jeunes et de travailleurs.

Ce mouvement n’est pas propre à la France. Il est à mettre en parallèle à celui qui a accompagné Jeremy Corbyn en Grande Bretagne, Sanders aux États-Unis ou Iglesias en Espagne. Tous ces politiciens réformistes ont su capter l’écœurement qui s’est répandu, en particulier dans la jeunesse, au vu de la politique menée un peu partout par ceux qui représentaient peu ou prou « la gauche » et avaient porté des espoirs de changements. Mais dans une période où la bourgeoisie se montre particulièrement avide, leurs auteurs, placés au pied du mur, ne peuvent ou ne pourront faire autre chose que ce qu’a fait Tsípras en Grèce.

Sanders, dans une certaine mesure Iglesias, se sont déjà en partie discrédités auprès de la jeunesse qui les avait soutenus. Pour le premier, dès l’annonce de son soutien actif à Hilary Clinton. Pour le second lors des élections législatives répétées de 2016, les premières élections ayant donné lieu à des tractations entre Podemos et le PSOE qui ont entamé son crédit en particulier dans la jeunesse.

Si personne ne doute, dans nos rangs, du fait qu’il n’y a rien à attendre de tels leaders, comment faut-il se positionner pour s’adresser à ceux qu’ils attirent ? Plus précisément, en ce qui nous concerne ici, comment faut-il se positionner pour constituer un pôle vers qui se retournerait ce milieu quand, inévitablement, les limites de la politique réformiste de Mélenchon apparaîtront clairement – autrement dit quand la baudruche Mélenchon se dégonflera, car elle se dégonflera ?

Certains camarades, analysant pourtant fort bien la situation actuelle, critiquent Mélenchon comme brisant la nécessaire unité... Mais de quelle unité s’agit-il ? Dans nos tracts, communiqués, déclaration d’Olivier Besancenot, nous demandons aux organisations syndicales et politiques de se réunir autour d’une table, de construire « un cadre unitaire ».

Autrement dit, nous proposerions de faire croire aux travailleurs qu’il suffirait de s’en remettre à l’accord des appareils pour construire la mobilisation et faire converger les luttes ? Ainsi, ce serait l’absence d’unité entre les appareils qui se partagent la direction de la classe ouvrière qui serait la cause des échecs des mobilisations de ces dernières années ? Avec de telles affirmations, nous laissons entendre que le succès d’un mouvement dépendrait de la participation, et donc du bon-vouloir, de l’organisation la moins combative du moment ! Quant à s’imaginer que nos incantations unitaires vont ‘les mettre au pied du mur’, c’est juste... ridicule. Le pire serait que nous contribuons ainsi à distiller des illusions au lieu de tout faire pour inciter les travailleurs à ne compter que sur eux-mêmes…

En réalité, le climat social (on l’a vu lors du déclenchement en 2016 sur la loi Travail) réserve bien des surprises et ne dépend que très peu des accords qui existent, ou pas, entre les appareils syndicaux ou réformistes… Et, à supposer que de véritables luttes s’engagent, notre rôle ne sera certainement pas de dire aux travailleurs de s’en remettre aux appareils, mais, bien au contraire, de s’organiser indépendamment d’eux. L’unité à laquelle ces camarades appellent revient à occulter la nécessaire rupture qu’un éventuel mouvement de la classe ouvrière devra opérer avec les dirigeants politiques réformistes de tous bords aussi bien qu’avec les bureaucraties syndicales. La seule hypothèse qui vaille est qu’un mouvement à venir de la classe ouvrière puisse mettre en avant des structures d’auto-organisation – comités de mobilisation et, dès que possible, comités de grève – élues directement par les travailleurs, responsables directement devant eux. Il appartiendrait alors aux révolutionnaires d’en prendre l’initiative…

Pour l’heure, bien des jeunes, des travailleurs sont attirés vers la FI, ne serait-ce que par dégoût pour la politique des dirigeants du PS. Il est donc important de ‘rester au contact’. Mais pas en prônant l’unité sous prétexte que Mélenchon apparaît comme ‘sectaire’. Nous devrions dénoncer les limites réformistes de son programme, en interrogeant ses partisans sur ce qu’il conviendrait de faire si, comme en Grèce, un gouvernement issu de la FI se heurtait au « mur d’argent », à la volonté politique des puissances capitalistes.... Que faire alors ? Répondre en expropriant les grandes entreprises capitalistes, s’engager dans la voie révolutionnaire comme les travailleurs russes il y a un siècle ? Ou alors... écrire une nouvelle constitution en espérant que les capitalistes mettront chapeau bas devant ses articles aux formulations ciselées ? La voie réformiste ne résiste pas à la discussion. Encore une fois, les mobilisations nécessaires se produiront ou pas, mais elles constituent la seule hypothèse qui vaille. Et c’est à cela que nous devons nous préparer.

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