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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 139, juin 2021 > Israël / Palestine

Palestine : revenir aux sources du conflit

24 mai 2021 Convergences Monde

Si les armes se sont provisoirement tues sur le territoire de la Palestine et d’Israël, chacun s’accorde à dire que, tôt ou tard, les protagonistes referont parler la poudre, comme ils le font sans discontinuité depuis plus de sept décennies.

Les causes immédiates de la crise

La récente flambée de violence s’explique en partie par les situations particulières dans lesquelles se trouvent Israéliens et Palestiniens.

Côté israélien, la crise ministérielle, qui dure depuis des mois, a incité Benyamin Netanyahou à se lancer dans une aventure militaire et à flatter l’aile raciste, suprémaciste et messianique de la population juive en espérant ainsi parvenir à obtenir une majorité dans l’opinion et à la Knesset, le Parlement israélien. Pour lui le temps presse, car il est impliqué dans un procès pour corruption qui pourrait mettre un terme à sa carrière politique.

Côté palestinien, la situation politique n’est guère plus brillante. L’Organisation de libération de la Palestine (OLP), de Mahmoud Abbas, a profité des affrontements à Jérusalem-Est pour décider d’annuler les élections visant à renouveler l’Autorité palestinienne, car tous les pronostics donnaient ses grands rivaux, les islamistes du Hamas, largement vainqueurs. Ces derniers, qui n’étaient pas pour grand-chose dans la mobilisation des jeunes Palestiniens de Jérusalem-Est et d’Israël, ont repris la main en envoyant des milliers de missiles sur les villes de l’État sioniste. Une tactique qui leur a certes permis d’apparaître comme les plus virulents ennemis d’Israël aux yeux des Palestiniens mais qui a fait payer un prix particulièrement élevé à la population civile de Gaza.

L’appui des grandes puissances à Israël

Du côté de la diplomatie internationale, rien de bien nouveau. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. L’apparente paralysie de l’ONU n’est en fait qu’une façon qu’ont les grandes puissances (Washington et l’Union européenne) d’appuyer Israël, devenu dès sa naissance en 1948 le meilleur défenseur des intérêts impérialistes au Moyen-Orient. Sous Trump, cet appui s’était traduit par le transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, par la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur la ville et sur le Golan syrien et aussi par le droit d’annexer des colonies de Cisjordanie. Peu de chance que Biden détricote tout cela. Mais, par contre, son appui à Israël sera sans doute plus discret et, partant, moins outrancier. Car Washington ne tient pas à se mettre à dos les deux milliards de musulmans que compte la planète et qui ont été outrés des violations de la mosquée Al Aqsa par l’armée et la police israéliennes. Des réactions qui ont mis dans une position délicate les États arabes qui avaient récemment, sous la pression de Trump, reconnu l’État juif (Émirats arabes unis, Bahrein, Soudan, Maroc s’ajoutant à la Jordanie et à l’Égypte). D’où les appels « à la retenue » qui n’empêchent ni la livraison quotidienne d’armes sophistiquées à l’État hébreu, ni le blocage, au Conseil de sécurité de l’ONU, de toute résolution qui, d’une manière ou d’une autre, gênerait Israël.

Le fond du problème : le sionisme

Mais, sur le fond, l’apartheid israélien, la suprématie juive, la ferveur messianique, la colonisation à outrance ne sont que les manifestations les plus visibles d’une réalité beaucoup plus profonde : l’incarnation par l’État d’Israël du projet sioniste.

Imaginé à la fin du 19e siècle par un journaliste et écrivain juif austro-hongrois laïc, Theodor Herzl (1860-1904), bouleversé par l’affaire Dreyfus, le sionisme se donnait pour but de regrouper tous les Juifs opprimés dans un seul État. Herzl, du moins à l’origine, ne préconisait pas la création de son « État des Juifs » en Palestine, mais envisageait la possibilité qu’il voie le jour en Amérique latine ou en Afrique. La Palestine fut finalement retenue sous la pression de l’aile religieuse du mouvement et, à ce moment-là, le projet prit un aspect différent. Pour le réaliser, il fallait obtenir l’appui de la puissance coloniale qui contrôlait la Palestine, le Royaume-Uni. Ce qu’il accepta de faire dans la déclaration Balfour de novembre 1917. On insista alors sur le fait que ce futur État sioniste serait « la pointe avancée de l’Occident » au sein du monde arabe, considéré comme plus ou moins « barbare ». Et le slogan « une terre sans peuple pour un peuple sans terre », lancé à l’origine par la mouvance chrétienne fondamentaliste et repris avec enthousiasme par le mouvement sioniste, visait à nier, dès le début, l’existence d’une population arabe palestinienne établie là depuis des siècles.

Après la guerre israélo-arabe de 1948, et surtout l’aventure de Suez de 1956, les États-Unis remplacèrent l’Angleterre comme puissance protectrice d’Israël et, depuis lors, rien n’a beaucoup changé. Faisant fi des résolutions internationales, voire des accords d’Oslo signés avec l’OLP en 1993, Israël a continué à coloniser à tour de bras les territoires occupés, à exproprier les Palestiniens partout où cela était possible, voire à envisager, pour l’extrême droite, l’expulsion forcée de tous les Palestiniens vers les pays arabes. Ce qui reviendrait à « purifier » Israël de tout élément non-juif, en faire un État « 100 % casher ». Face à cela la gauche israélienne – qui militait et milite toujours pour une coexistence avec les Palestiniens tout en refusant de remettre en question le sionisme – a perdu la bataille des idées depuis longtemps et ne survit qu’à la marge. La gauche sioniste socialiste n’a plus que 6 sièges sur 120 à la Knesset et a obtenu moins de 5 % des voix aux dernières élections. Nombre de ses anciens militants ont quitté complètement la politique ou sont désormais actifs, pour certains d’entre eux, au sein d’organisations humanitaires de solidarité avec les Palestiniens.

Un caractère mortifère

En fait aujourd’hui le caractère sioniste de l’État d’Israël est mortifère, non seulement pour la population arabe mais aussi pour la majorité de la population juive chez laquelle la mentalité d’assiégé cohabite avec l’hystérie anti-arabe. Un peu à l’image de ce que ressentait la population blanche d’Afrique du Sud avant la fin de l’apartheid. Et la seule perspective que lui offre Netanyahou est de s’enfermer dans un ghetto géant dominé par un rabbinat ultra-réactionnaire.

C’est sur ce terreau que fleurissent les organisations juives d’extrême droite qui n’ont cessé de se renforcer ces derniers temps sous la houlette, et avec la bénédiction, du gouvernement. Recrutant chez les colons de Cisjordanie, les hooligans, les ultra-orthodoxes et les nostalgiques du « Grand Israël » des temps bibliques, elles représentent un danger mortel non seulement pour les Palestiniens mais pour l’ensemble des ouvriers juifs et arabes.

Jean Liévin

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