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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 116, décembre 2017

Caen

Les territoriaux refusent de se faire plumer

Mis en ligne le 13 décembre 2017 Convergences Entreprises

Fusion, et réorganisation, ça n’arrive pas que dans le privé. Avec la récente loi de décentralisation dite « NOTRe » (Nouvelle Organisation du Territoire de la République), les communautés d’agglomération (des collectivités locales regroupant déjà des dizaines de communes) sont poussées à s’étendre en absorbant les communes voisines.

« Caen La Mer », la communauté urbaine créée en 2003 autour de la ville de Caen, a été étendue le 1er janvier dernier. Elle regroupe désormais 50 communes sur un territoire qui s’étend jusqu’au port de Ouistreham à 12 km de Caen proprement dit : plus de 260 000 habitants et quelque 4 000 salariés. La moitié d’entre eux travaillent directement pour elle, et l’autre moitié pour l’une des 50 communes qui la composent. Ces agents ont découvert début septembre que leur direction s’apprêtait, entre autres, à allonger le temps de travail annuel d’au moins 39 heures sans leur verser un centime de plus : l’équivalent d’une semaine de travail supplémentaire gratuit par an !

Une attaque qui ne passe pas

Comme dans bien d’autres entreprises, les séances de « dialogue social » qui ne mènent nulle part se sont multipliées en début d’année 2017. La direction y serait sans doute encore si les syndicats n’avaient pas menacé de la laisser se réunir toute seule. Elle a donc dévoilé ses plans quelques jours avant la première journée d’action contre la Loi Travail n°2 à la rentrée. La réaction ne s’est pas faite attendre : plusieurs centaines de territoriaux, jusque-là pas très décidés à défiler, ont pris la rue le 12 septembre. Depuis, ils multiplient débrayages et actions.

Car faute de pouvoir attaquer directement le montant de la fiche de paie, la direction veut modifier le calcul des primes (le « régime indemnitaire ») qui compensent un salaire de base faible, en particulier pour les catégories ouvrières. Les futurs embauchés toucheraient moins. Surtout, chacun toucherait un montant « individualisé » selon une foule de critères… la porte ouverte à tous les chantages individuels et au chacun pour soi. Enfin, le peu qui n’entre pas dans le régime indemnitaire, comme les tickets restaurant, serait supprimé. Mais ce qui révolte le plus les agents, c’est qu’on veuille les faire trimer davantage.

Des conditions de travail dégradées

Les 39 heures de travail supplémentaires par an, c’est en fait un minimum. Pour les agents des communes qui étaient plus « sociales » comme Mondeville ou Hérouville-Saint-Clair, le montant avoisine plutôt les 80 heures, voire davantage, avec la suppression de dispositifs de congés plus anciens, type « journée du maire ». Quant aux éboueurs, qui se croyaient protégés par un accord spécifique fixant leur temps de travail à 32 heures hebdomadaires, ils viennent d’apprendre qu’ils passent aux 35 heures. Pour eux, ce sera plus de 160 heures en plus par an ! Au total, c’est le travail d’au moins 87 postes à temps plein que les 4 000 agents sont censés absorber, sans le moindre centime en compensation.

Du reste, ces derniers ne réclament pas d’argent, mais bien le maintien de leurs horaires actuels. C’est que les réorganisations récurrentes – il s’en produit quasiment une par an ces dernières années – ont rendu le travail de plus en plus pénible. De plus il faut désormais demander la permission d’un chef de « pôle » inaccessible pour la moindre intervention, pour la moindre commande. Avant, les agents de différents services se côtoyaient davantage, contribuant à une atmosphère de travail conviviale. Aujourd’hui, on se tutoie de moins en moins, et la hiérarchie est plus pesante.

Décentralisation, mon œil !

Ces réorganisations n’économisent pas les sous du contribuable. En revanche, elles recentralisent fermement la gestion des agents. La décentralisation donne certes de l’autonomie aux politiciens locaux. Mais pour gérer leurs agents, l’État pousse à aligner leurs conditions sur le moins disant social. Depuis 2001, il n’est ainsi en principe plus possible pour les agents d’avoir localement un allègement de leur durée du travail. Par exemple, lorsqu’en 2003 Caen La Mer a été créée, l’accord fixant le temps de travail à 1 568 heures annuelles – soit 39 heures de moins que les 1 607 heures annuelles de rigueur – a été cassé par un jugement du tribunal administratif, saisi par le préfet. Pour éviter un conflit avec les agents – qui sont aussi électeurs… – la mairie et la communauté d’agglomération, pourtant à droite, ont passé outre le tribunal et discrètement maintenu l’application de l’accord de 2003. Aujourd’hui, ce qui conduit les élus à attaquer les conditions de travail c’est en partie la pression de l’État, en partie leur propre volonté de mieux contrôler les services.

À Caen la colère

L’attaque ne va pas – du moins pour l’instant… – jusqu’à supprimer des jours de RTT. Mais, annualisation du temps de travail aidant, la direction se réserve de répartir les 39 heures de la manière qui l’arrange. Chez les administratifs, elles seraient saupoudrées sur l’année à raison de 10 minutes de plus chaque jour. Pour eux et elles, pas de variation saisonnière, pas d’imprévu, et en speedant un peu sur la route peut-être même pas d’augmentation des frais de garde des enfants : la résignation l’emporte pour l’instant parmi ces collègues, qui se disent qu’ils arriveront à faire avec.

Par contre, pour les agents des services et équipements ouverts au public, ces 39 heures serviraient à repousser la fermeture d’une heure ou deux les journées connaissant des pics de fréquentation, l’été pour les piscines, l’hiver pour la patinoire. La perspective de voir le travail bousiller des fins d’après-midi à la plage ou des soirées en famille fait grincer nettement plus de dents.

Dans ces secteurs, les salariés ont donc non seulement participé nombreux aux divers rassemblements et invasions de conseils municipaux ou de Caen La Mer en septembre, octobre et novembre, mais ils ont également multiplié dans la même période les débrayages d’une heure ou deux, en s’organisant service par service. Comme les chefs ont pour consigne de limiter le plus possible l’impact de la grève aux yeux du public des musées ou des piscines, ils ont affecté en priorité les non grévistes aux tâches garantissant la sécurité du public… et ce sont les caisses qui ont fermé : soutien garanti chez les usagers ! Nombre d’entre eux n’hésitent pas à encourager les grévistes à recommencer, surtout si on les prévient de l’heure du débrayage… Dans les services techniques, les grévistes ont bloqué les ateliers, perturbé le nettoyage du marché.

Et à quand sa centralisation ?

Des dizaines d’actions et quelques journées de grève plus tard, le maire de droite fait la sourde oreille. Il n’a pas hésité à prétendre que les agents céderaient les premiers car ils ont plus besoin de leur salaire que lui de leur travail. Si une bonne partie des agents, à tour de rôle, a participé à ces mobilisations, si un « noyau dur » de 400 à 500 continue de vouloir se mobiliser, il n’a pour l’instant pas été possible de rassembler plus de 250 personnes en assemblée générale, et à deux reprises seulement. Or, dans la mesure où elles donnent à chaque gréviste la possibilité d’en discuter les modalités, d’apprécier le rapport de forces et de préparer collectivement l’étape suivante, ces réunions sont des moments essentiels.

À l’échelle nationale également, ce besoin de centralisation des luttes éparpillées est flagrant. Caen n’est pas isolée. Des dizaines de collectivités ont connu, connaissent ou connaîtront bientôt la même situation. En mars dernier, une circulaire ministérielle fixait l’objectif de remettre à plat le temps de travail des 300 plus gros employeurs d’agents territoriaux, avant de s’attaquer aux autres. Une fois les bastions syndicaux mis au pas, il sera plus facile, pensent-ils, de restructurer les autres. Raison de plus pour ne pas circonscrire la lutte au chacun chez soi.

Correspondant local

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