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À propos de la situation en Israël et en Palestine

Le plan Trump contre les Palestiniens

6 avril 2020 Article

Mardi 28 janvier 2020, Trump a présenté à Washington son super-plan pour, soi-disant, régler le conflit israélo-palestinien. Comme on pouvait s’y attendre, c’est une infamie de plus. Il accorde tout à l’État d’Israël et en particulier à « son grand ami » Netanyahou, et rien aux Palestiniens.

Le plan valide l’annexion des territoires occupés par les Israéliens au détriment des Palestiniens. Il décrète Jérusalem « capitale indivisible et libérée d’Israël », les Palestiniens étant réduits à résider dans les faubourgs de la ville.

En contrepartie il accorde aux Palestiniens un État-croupion dont le territoire serait amputé de 30 % par rapport à celui prévu par les accords de 1967. Un État qui, de plus, continuera d’être dépecé par les Israéliens. Trump décrète en effet le gel de la colonisation, mais pour quatre ans seulement. De plus, il met des conditions draconiennes à la création de cet État : la démilitarisation de la bande de Gaza, le renoncement aux revendications concernant les réfugiés des guerres de 1948/49 et de 1967. Renoncement aussi à la souveraineté sur les lieux saints musulmans. Les restrictions à la souveraineté de ce futur État comportent aussi la possibilité du survol de son territoire par l’aviation israélienne, l’interdiction de posséder des ports et des aéroports palestiniens.

Seule concession-bidon, Gaza et les territoires de Cisjordanie seront reliés par un tunnel de TGV…

En prime, Trump, en maquignon qu’il est, fait miroiter un afflux financier qui relancerait l’économie palestinienne et supprimerait le chômage.

Inutile de dire que Netanyahou, mis en examen pour corruption et abus de confiance, en passe de se faire réélire comme premier ministre, s’est empressé de faire savoir qu’il entend proposer un décret d’annexion de ces territoires palestiniens. À noter que s’il avait dégagé, à cause « des affaires », ses successeurs, quels qu’ils soient, auraient eu la même politique que lui vis-à-vis des Palestiniens.

Les États arabes, Arabie saoudite en tête, soucieux de préserver l’alliance américaine face à l’Iran, demeurent dans l’expectative et, bien plus, les Émirats arabes, Bahrein et le Sultanat d’Oman étaient présents à la cérémonie de Washington.

Seule, la Jordanie réaffirme son attachement aux accords de 1967, non par amour des Palestiniens, mais par peur d’eux. Le royaume hachémite, dont la moitié des ressortissants sont d’origine palestinienne, redoute ce que la droite israélienne a toujours appelé « l’option jordanienne », c’est-à-dire l’annexion de toutes les colonies juives, de la vallée du Jourdain et l’expulsion des Palestiniens qui y résident en Jordanie, où ils deviendraient majoritaires. Or le plan Trump n’exclut pas cette option. Opposition d’équilibriste de la Jordanie dont les finances vivent sous perfusion des USA, en particulier une aide de 1,2 milliard de dollars.

L’Europe, la France en tête, fait la politique de l’autruche. Elle salue « les efforts du président Trump ».

L’Autorité palestinienne, qui avait déjà coupé tout contact avec l’administration américaine depuis la reconnaissance par les USA de Jérusalem comme capitale d’Israël, a évidemment opposé un refus catégorique à ce plan : « Jérusalem n’est pas à vendre. Nos droits ne sont pas à vendre ». Mais à l’ONU, Mahmoud Abbas n’a même pas pu faire voter une résolution condamnant ce plan. Le Hamas et les groupes armés de Gaza se sont alignés sur la position du président de l’Autorité palestinienne et des manifestations ont eu lieu à Hébron et à Jénine.

La solution dite « à deux États » était morte depuis des années. Trump prétend la ressusciter, mais sous l’avatar d’un État-croupion minuscule, encore plus fragmenté, dont aucun palestinien ne peut croire qu’il sera viable, d’autant qu’il n’a aucune chance de voir le jour.

Après avoir croupi dix années durant dans d’ignobles camps de réfugiés, a émergé, après 1967, chez les Palestiniens un sentiment national sous la forme d’une lutte armée conduite par l’OLP, visant la destruction de l’État d’Israël. Suite à de vains efforts, la direction nationaliste palestinienne s’est résignée à accepter la promesse d’une solution dite à deux États, un État palestinien jouxtant l’État d’Israël. De fait, la décision de Trump acte l’enterrement de cette solution dilatoire à deux États. Il « accorde » aux Palestiniens un État qui n’en est pas un, un bantoustan, voué au grignotage permanent par l’État d’Israël, ayant pour but une annexion pure et simple dans un cadre d’Apartheid et peut-être, à terme, l’expulsion de ses ressortissants. Que pensent du plan Trump les jeunes Palestiniens qui ont grandi après les accords d’Oslo ?

L’envoyé spécial du Monde à Ramallah caractérise ainsi la situation :

« La plupart soutiennent une fin des contacts politiques et sécuritaires avec Israël et privilégient la lutte pour des droits égaux au sein d’un seul État, Israël. Mais pas nécessairement une dissolution de l’Autorité palestinienne qui gère les services de santé et de police et est un pourvoyeur majeur d’emplois. »

Ces institutions mafieuses, corrompues, aux mains de l’Autorité palestinienne et du Hamas sont la plupart du temps vomies par la population qui les considère comme un moindre mal. Mais lorsque des Palestiniens disent qu’ils revendiquent le maintien de ces institutions au sein d’Israël, conserver ne serait-ce qu’une parcelle de souveraineté, c’est une manière de dire qu’ils entendent maintenir leurs aspirations nationales et ne pas être totalement sous la férule de l’État israélien.

C’est une constatation. L’aspiration au maintien de droits nationaux, à un État-nation, demeure. Ce n’est pas un phénomène nouveau dans l’histoire. Quand flambe une aspiration nationale, elle reste vivace longtemps chez les peuples opprimés.

Les jeunes Palestiniens de Ramallah, et cela doit être vrai aussi pour ceux de Cisjordanie et de Gaza, n’entendent pas se contenter de la citoyenneté israélienne prônée par de bonnes âmes démocrates et libérales. Ils sont au courant que les arabes israéliens, citoyens d’Israël, sont des citoyens de seconde zone bien qu’ils aient le droit de vote. Ils savent que les droits nationaux, ne serait-ce que le droit de faire leur service militaire, sont réservés aux seuls citoyens juifs d’Israël, les Arabes palestiniens en étant exclus. Ceux qui vivent depuis des décennies dans des territoires cisjordaniens sous administration de l’armée et du Shin-Beth, les services spéciaux, qui y font régner la terreur, l’injustice, l’expropriation de leurs terres et de leurs maisons, sont bien payés pour savoir ce que vaut la démocratie israélienne.

Évidemment, le Hamas, les intégristes, et même l’Autorité palestinienne ne pourront coexister avec l’État juif actuel, pas plus que le Likoud où l’extrême droite israélienne, n’accepteraient d’être sous la domination d’un État palestinien. La coexistence des deux peuples sur un même territoire ne pourra être réalisée que par une révolution socialiste, qui renverserait les régimes israéliens et palestiniens actuels.

Pour mettre quoi à la place ?

Les jeunes Palestiniens de Ramallah avancent une idée d’avenir : une lutte au sein d’Israël pour l’égalité civile, les droits citoyens, c’est très bien. Mais c’est insuffisant disent-ils. Ils ne s’en tiennent pas là. Ils sont partisans du maintien, en plus, d’une Autorité palestinienne, avec une police, une administration de santé, Jérusalem comme capitale, etc. C’est ce qu’on nomme en politique le respect des droits nationaux par l’établissement d’un État binational, un objectif immédiat et porteur d’avenir car il s’adresse tout autant aux travailleurs juifs qu’arabes.

24 mars 2020, Gil Lannou

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