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Élection présidentielle au Portugal : forte poussée de l’extrême droite dans un contexte d’explosion de la pandémie et de crise économique

29 janvier 2021 Article Monde

Dimanche 24 janvier, en pleine tourmente pandémique, l’élection présidentielle s’est tenue au Portugal, réélisant au premier tour le président sortant de centre droit, Marcelo Rebelo de Sousa, avec 60,7 % des voix et une très forte abstention à 60,5 %. La moitié des 247 000 inscrits pour voter de manière anticipée n’ont pas pu le faire : peu de bureaux ouverts, queues interminables, distanciation plus que problématique !

La réélection de Marcelo Rebelo de Sousa, due bien plus au profil « proche des gens » qu’il se donne qu’à son action réelle (bien que chef des forces armées, le président a moins de pouvoir qu’en France) était attendue. Ancien président du parti de centre droit PSD et ancien commentateur très en vue à la télévision, il se pose en arbitre entre le gouvernement socialiste d’Antonio Costa réélu sans majorité en 2019 et l’opposition de droite – PSD et CDS – comme de gauche – Bloco de Esquerda (Bloc de gauche) et CDU (coalition entre le Parti communiste et les Verts) [1].

Le Parti socialiste n’a d’ailleurs pas présenté de candidat officiel : il a prôné la liberté de choix, appuyant de fait la candidature de Rebelo de Sousa plutôt que celle de la socialiste Ana Gomes, ancienne diplomate opposée, en paroles, à Costa et arrivée en deuxième position avec 12,97 % des voix, notamment avec le soutien du parti Animaliste (PAN, Pessoas-Animais-Natureza). Elle n’a devancé le nouveau candidat d’extrême droite André Ventura (11,9 %) que de 50 000 voix et ne doit sa deuxième place qu’au vote jugé « utile » par beaucoup d’électeurs. Face à la montée du nouveau parti d’extrême droite Chega ! (ça suffit !), ceux-ci ont tenu à reléguer Ventura à la troisième place. Il avait claironné pendant sa campagne qu’il se voyait déjà numéro deux !

Le Bloco de Esquerda en perte de vitesse

Joao Ferreira, candidat pour l’alliance Parti communiste-Verts (CDU, coalition démocratique unitaire) a obtenu 4,32 % des voix, à peu près le même résultat qu’à la présidentielle de 2016, à 3000 voix près sur tout le territoire.

Marisa Matias, du Bloco de Esquerda (3,95 % contre 10 % en 2016) a vu ses résultats s’effondrer, siphonnés par la candidate socialiste. Le profil de plus en plus parlementaire de ce parti constitué en 1999 en voulant regrouper la gauche et l’extrême gauche, mais sans réelle base militante dans les classes populaires, et son soutien au gouvernement socialiste qui mène de plus en plus clairement une politique anti-ouvrière ont eu raison de son image radicale. Le Bloco a cependant voté contre le budget 2021 en dénonçant la poursuite de l’austérité pour la santé en temps de pandémie ainsi que les milliards que l’État déverse sans conditions et en toute opacité à la banque Novo Banco après un scandale financier gigantesque. Mais cela n’a rien changé. Dans certaines localités ses résultats sont passés de 15 % en 2016 à 4 %, il perd 300 000 voix à l’échelle nationale.

Le plus notable, c’est que la coalition communistes-verts, qui a un électorat populaire et ouvrier encore aujourd’hui, se maintient dans la banlieue industrielle de Lisbonne, le grand port de Sines, ou dans ses bastions du salariat agricole et minier de l’Alentejo (sud du pays) votant communiste depuis des décennies. Mais il se trouve talonné par le candidat d’extrême droite. Quelques chiffres parlants : à Barreiro, banlieue industrielle de Lisbonne, le candidat PCP/Verts fait 12,5 %, Ventura 10,5 %, à proximité, dans la région de Setubal (industrie automobile), c’est 9 % contre 12,8 %, à Grandôla 14 % contre 12,6 %, sur le grand port de Sines 8,7 % contre 12,8 %. Dans la région sud de Beja, pays des anciens latifundia, à Aljustrel, le PCP/Verts fait 25 %, Ventura presque 12 %, à Ferreira do Alentejo 13 % contre 13 %, à Serpa 24 % contre 19 %.

Certes, l’abstention très forte est pour quelque chose dans tous ces résultats. Mais les compromissions du PCP et du Bloco avec les gouvernements socialistes depuis 2016 laissent les classes populaires sans perspectives : le saupoudrage de mesures sociales, l’augmentation progressive du smic (d’une centaine d’euros mensuels cumulés en 2023) n’ont pas compensé, très loin de là, la précarisation croissante, notamment des jeunes travailleurs, encore aggravée par des lois récentes. Les grands groupes capitalistes comme la BNP et Teleperformance (groupe BNP) par exemple, proposent à des jeunes surdiplômés des salaires de 740 euros mensuels (smic actuel). Le droit du travail est réduit au minimum. Pour finir, le Parti communiste a permis au gouvernement PS de passer son budget 2021 in extremis en s’abstenant.

Cachez cette pandémie… pour la santé des profits !

La percée de l’extrême droite avec le parti Chega ! – au profil assez proche du parti Vox espagnol – créé en 2019 par André Ventura est inédite : avec 1,3 % aux législatives de 2019, seul Ventura avait été élu. Une première pour l’extrême droite depuis la révolution des Œillets contre le régime de Salazar en 1974. La crainte de sa progression a profité à Rebelo de Sousa ou Ana Gomes, mais ne l’a pas empêché de grimper à presque 12 %.

Cela arrive dans un contexte où la gestion de la pandémie est tout aussi catastrophique qu’en France. Le manque de tests, payants et très chers par-dessus le marché, le manque de moyens dans les hôpitaux publics, les transports bondés pour rentrer dans les banlieues de Porto ou de Lisbonne, des mesures sanitaires a minima pour continuer à faire tourner les entreprises et relancer le tourisme (17 % du PIB), tout cela a abouti à l’explosion récente du nombre de cas (300 morts par jour). Contaminations et décès n’ont fait que grimper jusqu’à la veille de ces élections, un des ratios les plus élevés du monde. Les résidents des Ehpad sont de loin les plus touchés ainsi que les banlieues populaires.

Pour la santé et l’éducation… on repassera

Un deuxième confinement plus strict a donc été décrété le 22 janvier, avec notamment la fermeture des écoles, mais rien n’a été fait par exemple pour que les écoles publiques assurent des cours en distanciel comme cela avait été promis pour une éventuelle deuxième vague. Du coup, tous les élèves ont été mis en vacances forcées au moins quinze jours. Les hôpitaux sont débordés et les soignants en sont à trier qui ils vont soigner et qui ils laissent mourir. Le 25 janvier, l’un des hôpitaux de la grande banlieue de Lisbonne était en panne d’oxygène ! Pourtant, comme en France, le personnel hospitalier s’était mobilisé ces dernières années contre la casse des services et les bas salaires.

L’argent public pour les licencieurs

Les fonds manquent pour la santé mais le gouvernement continue d’arroser de milliards à fonds perdus les entreprises, les maintenant sous la perfusion du chômage partiel tandis que de grands groupes annoncent plan de licenciement sur plan de licenciement : Galp (raffinerie de Matosinhos menacée de fermeture), Transports aériens (malgré 1,7 milliard d’aide publique pour le seul groupe TAP), sous-traitants d’Ikea, grands magasins El Corte Inglés, et une myriade d’entreprises petites et grandes qui annoncent des suppressions d’emplois. Le Portugal compterait aujourd’hui plus de 400 000 chômeurs sur 5,2 millions d’actifs, 100 000 de plus en un an selon l’Institut pour l’emploi et la formation professionnelle [2].

27 janvier 2021, Anne Hansen et Marion Peretti

Photo : manifestation contre la raffinerie Petrogal (groupe Galp) de Matosinhos. Source : https://www.site-norte.pt/grande-ac...


[1 Partis d’opposition de droite   : PSD, Parti social-democrate (en portugais, Partido Social Democrata) se situant au centre-droit, et le CDS-Parti populaire (en portugais Partido do Centro Democrático Social –-Partido Popular).

Coalition de gauche  : avec d’une part le Bloc de gauche (en portugais : Bloco de Esquerda, abrégé en BE) regroupement de gauche et d’extrême gauche fondé en mars 1999, et d’autre part la CDU - Coalition démocratique unitaire (Coligação Democrática Unitária) constituée du Parti écologiste « Les Verts » ( Partido Ecologista « Os Verdes ») et du Parti communiste portugais (Partido Comunista Português, ou PCP).

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