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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 91, janvier-février 2014

Carambouille dans la chimie (suite) : Kem One, fin du feuilleton judiciaire, pas de l’écœurement et de la colère

Mis en ligne le 14 janvier 2014 Convergences Entreprises

Kem One, l’ancien pôle vinylique d’Arkema (issu de la branche chimie de Total), était en redressement judiciaire depuis le 27 mars 2013 [1]. Le 20 décembre, après de multiples rebondissements, ses 1 300 salariés ont été fixés sur le nom de leur nouveau patron, Alain de Krassny, lequel sera associé au fonds d’investissement américain Open Gate Capital. Une reprise saluée par Montebourg et tous les représentants de l’État. Les principaux médias cherchaient en vain l’expression du soulagement chez les salariés pour mieux vendre ce « sauvetage » du gouvernement.

Deux derniers mois où le bal des repreneurs s’est agité

Le 29 octobre, la direction de Kem One avait convoqué un Comité central d’entreprise pour commencer la procédure d’information/consultation sur le projet de reprise et la mise en place d’un plan de restructuration, alors qu’une reprise n’était même pas assurée. À ce moment-là, encore quatre plans de reprise étaient avancés, ceux présentés par deux fonds d’investissement américains, Sun European Partners et Open Gate Capital, celui d’Alain de Krassny, ancien dirigeant de Rhône-Poulenc à la tête du groupe autrichien Donau Chemie, ainsi que le dossier présenté par la CGT Kem One.

Un des fonds d’investissement jeta l’éponge en estimant que les bénéfices ne seraient pas suffisants.

Début décembre, la CGT enterra son projet qui reposait sur le bon-vouloir d’Arkema, de Total et de l’État afin de financer Kem One, alors que, notamment, Arkema avait tout fait pour se débarrasser de son pôle vinylique, dont est issu Kem One, en le donnant au rapace Gary Klesch.

Une bonne affaire, mais pour qui ? Certainement pas pour les travailleurs

À la sortie de la décision du tribunal de Commerce de Lyon, le nouvel acquéreur de Kem One pouvait avoir le sourire. En effet, Alain de Krassny n’a eu à apporter que 5 millions d’euros pour récupérer cette entreprise d’un chiffre d’affaires d’un milliard d’euros. Il s’est associé à l’autre repreneur en lice, Open Gate Capital, qui apporte lui aussi le même montant. L’État se montre des plus généreux. Il s’engage à accorder 128 millions d’euros en tout (un prêt de 33 millions d’euros sur sept ans du Fonds de développement économique et social, une subvention de 15 millions d’euros et une avance de 80 millions d’euros sur sept ans pour financer les investissements qui seront réalisés sur les usines du groupe). 180 millions d’euros de dettes ont été épongées, les prix de matières premières (l’éthylène fourni par Total et l’électricité) abaissés et l’entreprise devrait rapporter 40 millions d’euros de bénéfice dès l’année prochaine. Ce nouveau patron n’aura même pas à verser un kopeck pour le plan social déjà ficelé.

Les travailleurs, eux, subiront de plein fouet ce plan de restructuration avec une centaine d’emplois supprimés, dont une trentaine sur l’usine de Saint-Fons, ce qui concerne une cinquantaine de personnes qui devraient être reclassés chez leur ancien patron, Arkema. Une cinquantaine d’autres travailleurs ont fini par démissionner, écœurés par la situation qui leur est imposée.

L’État au service des intérêts des multinationales

En visite à l’usine Kem One de Balan (Ain) le jeudi 19 décembre, Montebourg a voulu rassurer les salariés sur leur avenir. Face à l’interpellation d’un travailleur sur la centaine de suppressions de postes, il a répondu que l’essentiel avait été sauvé. Il a même déclaré : « La résistance économique est en marche. »

Depuis le début du redressement judiciaire, Arkema, Total et EDF ont été les principaux créanciers de Kem One. L’État s’est démené pour trouver une solution, la moins onéreuse possible pour ces grands groupes, pour qu’ils arrêtent de payer ou de fournir des matières premières à perte. Le groupe chimique Solvay s’est lui aussi manifesté auprès du gouvernement, car il souhaite également se débarrasser de son pôle vinylique, par l’intermédiaire d’une coentreprise qui, si Kem One faisait faillite, pourrait être empêchée de voir le jour par la Commission européenne à cause de sa position de monopole sur le marché du PVC.

Le prétendu « sauvetage » n’est pas celui des emplois mais celui des intérêts des grands groupes capitalistes dans cette affaire. La Bourse ne s’y est pas trompée : après l’annonce de la reprise, l’action d’Arkema s’est envolée.

Les travailleurs de Kem One réagissent

Suite à l’annonce d’une trentaine de suppressions d’emplois sur leur usine de Saint-Fons (à la périphérie de Lyon), les travailleurs, avec la CGT, se sont mis en grève le 28 novembre et ont manifesté dans la ville. Le lendemain, une manifestation défilait à Lyon à l’appel des travailleurs de la SITL (ex-Fagor-Brandt) pour l’interdiction des licenciements et s’adressait à l’ensemble des entreprises menacées dans la région. Manifestation à laquelle les travailleurs de Kem One n’ont pas participé. Une convergence de ces deux luttes aurait certainement bien plus regonflé le moral des uns et des autres et ouvert une perspective de combat plus large.

Suite au nouveau report de décision du tribunal, les travailleurs de Kem One de quatre usines sur cinq se sont mis en grève avec occupation les 11 et 12 décembre. Malgré la peur d’une liquidation et l’usure due à la longueur de la procédure, les travailleurs ont montré qu’ils étaient toujours capables de se mobiliser collectivement et c’est une chose essentielle, car leur nouveau patron est déjà en train de préparer de futurs mauvais coups. À Saint-Fons, des grévistes se sont montrés au-dessus de l’autoroute pour rendre leur lutte visible : ils ont été agréablement surpris par l’accueil sympathique des automobilistes.

Une sympathie et une solidarité qu’il faudra aussi aller chercher auprès des travailleurs concernés par les mêmes attaques lors des combats futurs contre les mauvais coups que les repreneurs ont d’ores et déjà promis aux travailleurs de Kem One.

5 janvier 2014, Maya PALENKE


Kem One, c’est quoi ?

Livré en 2012 à l’homme d’affaires Gary Klesch pour un euro symbolique avec 100 millions d’euros de trésorerie, l’ancien pôle vinylique d’Arkema, devenu Kem One, s’est rapidement retrouvé avec une dette de 170 millions d’euros, suite à une « mystérieuse envolée » de sa trésorerie vers des paradis fiscaux. D’où la mise en redressement judiciaire.

Kem One se consacre aux productions chlorochimiques et au PVC (polychlorure de vinyle), utilisé principalement dans les secteurs de la construction et de l’automobile.

Six sites du groupe Kem One en France étaient sous le coup du redressement judiciaire : cinq usines à Lavera et Berre (Bouches-du-Rhône), Saint-Auban (Alpes-de-Haute-Provence), Balan (Ain), Saint-Fons (Rhône) et le siège administratif de Lyon. Soit plus de la moitié des 2 600 salariés de la société.


Plusieurs manifestations contre les licenciements dans la région lyonnaise

La région lyonnaise ne fait pas exception et, là aussi, les annonces et les menaces de fermeture, de licenciements et de chômage partiel pleuvent. La SITL, ex-Fagor-Brandt, une usine de 420 salariés qui continue de fabriquer des machines à laver pour le compte de son ancien propriétaire, est aujourd’hui en redressement judiciaire à la suite du dépôt de bilan de son donneur d’ordres. Ces travailleurs sont en chômage partiel depuis octobre. Ils sont à l’origine de plusieurs manifestations dynamiques à Lyon ; dont celle du 29 novembre contre tous les licenciements, à laquelle sont venues des délégations d’autres entreprises comme Renault Trucks, Bosch, Nexans et Canon. Ils étaient environ 200 avant d’être rejoints par une centaine d’étudiants ; le rassemblement organisé par la CGT Métallurgie devant l’usine Nexans, elle aussi promise à la fermeture, réunissait de son côté un nombre équivalent avec, en partie, les mêmes participants quatre jours plus tard.


[1Voir notre article du 29 septembre 2013 dans Convergences révolutionnaires, intitulé « Carambouille dans la chimie : chez Kem One, l’État, le patronat et les syndicats cultivent l’illusion d’une reprise ».

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