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Accueil > Les articles du site > Meeting vidéo du 26 avril 2020 : ce virus qui ébranle le monde (...)

Allemagne

Mis en ligne le 29 avril 2020 Article Monde

(Photo : rassemblement contre la réouverture des écoles à Düsseldorf)

Pour terminer notre tour d’horizon sur le monde, je vais dire deux mots de la situation en Allemagne. Certainement pas le pays où les craintes de « troubles sociaux » agitent les classes dominantes ! Mais à voir ! Il paraît qu’en France, l’Allemagne est présentée comme un modèle, un pays où le coronavirus ferait peu de ravages. Les mesures prises par le gouvernement – ou les gouvernements, fédéralisme oblige – sont pourtant bien des mesures de classe, au service du grand patronat.

Parlons d’abord de la situation sanitaire

Si on compare l’Allemagne et la France, la première chose qui saute aux yeux est la différence apparente dans la mortalité du Covid-19. Le nombre de cas signalés est à peu près égal : 160 000 cas avérés en France et 155 000 en Allemagne, et pourtant déjà 22 250 morts en France contre « seulement » 5 800 en Allemagne.

Un facteur qui explique cette différence est certainement le nombre de tests. Depuis le début de la crise, la France a pratiqué trois à quatre fois moins de tests par habitant que l’Allemagne. En Allemagne, la population a été davantage contrôlée, probablement plus vite soignée et/ou hospitalisée, dans des hôpitaux qui, de ce fait, n’ont pas été débordés ou incapables d’accueillir. Autre fait important : les capacités en lits d’hôpitaux en réanimation, surtout avec respirateurs artificiels, sont trois à quatre fois plus élevées en Allemagne qu’en France.

Et pourtant, l’Allemagne a largement souffert d’économies dans la santé ces dernières décennies. Depuis la réunification il y a 30 ans, un quart des lits d’hôpitaux a été supprimé. Le personnel soignant y serait davantage surmené qu’en France. Les soignants dans les hostos doivent s’occuper en moyenne de treize malades, beaucoup plus que dans d’autres pays européens. Les « réductions de coûts » en Allemagne sont aussi passées par la fameuse « tarification à l’acte ». Mais, par chance, un de ces « actes », bien rémunéré, est précisément la respiration artificielle, ce qui explique que beaucoup d’hostos ont investi dans les respirateurs. Les craintes de pénurie portaient d’ailleurs davantage sur le personnel soignant qualifié que sur les machines. Et pour l’heure, les hôpitaux ont réussi à tenir le choc de la « première vague », même s’il y a eu la même pénurie de masques que partout.

Mais le gros du pactole va au grand patronat

La réaction du gouvernement allemand au corona, a surtout été de soigner les entreprises en difficulté : en débloquant pour elles 156 milliards d’euros, plus 600 milliards supplémentaires de prêts et garanties. Il y a bien sûr eu quelques mesures pour le commun des mortels en situation difficile : un moratoire sur les expulsions en cas de loyer impayé ; un accès aux minimas sociaux pour les millions d’auto-entrepreneurs, intermittents ou autres, privés de leurs revenus.

Mais c’est surtout le chômage partiel qui explose. D’après des estimations, plus de deux millions de travailleurs seraient concernés. Et le gouvernement en a vite modifié les règles, pour faciliter son accès aux entreprises. Même une chaîne d’hôpitaux privés (qui a moins d’opérations non urgentes à se mettre sous la dent) en a profité pour mettre une partie de son personnel en chômage partiel aux frais du contribuable, tandis que dans d’autres services les soignants continuaient à faire des heures sups ! Le patronat ne débourse rien pour le chômage partiel. Ce sont des caisses sociales qui paient 60 % du salaire net, voire 67 % pour ceux qui ont des enfants. Certaines entreprises complètent, mais beaucoup ne le font pas.

Cela dit, le patronat se pose surtout le problème de redémarrer l’économie le plus rapidement possible, pour « rattraper » les pertes de production – dit-il. Il va falloir travailler plus ! Et le gouvernement vient à sa rescousse en portant le temps de travail légal à 12 heures par jour et 60 heures par semaine… pour certains secteurs jugés vitaux dans la crise du corona ou estimés en pénurie de main-d’œuvre. Ce qui laisse toute marge de manœuvre !

En fait la production en Allemagne n’a jamais été complètement arrêtée, même si de grandes entreprises comme celles de l’automobile ont décidé de mettre au chômage partiel et de renvoyer les intérimaires, sous pression de protestations d’ouvriers ne voulant pas bosser dans des conditions d’insécurité comme les médias l’ont rapporté pour Volkswagen, mais plus généralement pour des calculs économiques. À partir du moment où les autorités décidaient la fermeture des écoles et des garderies, la main-d’œuvre serait insuffisante et mieux valait attendre. Mais pas trop. Et dès le 4 avril, un think tank patronal réclamait leur réouverture rapide. Disant textuellement : « C’est la condition pour que les parents puissent se concentrer sur leur travail… »

Du coup, la réouverture progressive des écoles a été annoncée pour début mai, et plus vite même pour les classes terminales. Faut passer le bac ! Et à Berlin, lundi dernier, c’était déjà les épreuves... de latin !

Face à cette réouverture, des élèves et parents protestent, et même ont organisé quelques rassemblements, que les autorités n’autorisent qu’à concurrence de vingt-cinq personnes. C’est à ciel ouvert, alors que dans le même temps dans les magasins ou les entreprises, bien plus de gens sont rassemblés – tous les jours.

Les scolaires sont donc aujourd’hui à l’avant-garde des mobilisations. Les directions syndicales de travailleurs, elles, sont en mode « union nationale » et se félicitent du chômage partiel qui garantirait les emplois. Pourtant, bien des travailleurs se posent des questions. Pourquoi toutes ces mesures de confinement si la production continue, souvent sans un minimum de protection ? Qui va payer la note des milliards déversés actuellement ? Des interrogations qui montrent que la lutte de classe sera au rendez-vous, en Allemagne aussi.

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