Editos et tribunes
Passons aux choses sérieuses
15 mars 2010
Ces élections régionales, comme l’a montré le taux record d’abstentions du premier tour, sont un non événement. Le sort des travailleurs ne se joue pas dans ces 22 conseils régionaux où les baronnies locales, quelle que soit leur couleur, se contentent de décliner localement la politique patronale et gouvernementale, en particulier en attirant à coups de subventions des patrons voyous qui s’empressent ensuite de filer, une fois les primes encaissées. Et si, à l’issue de ce premier tour, le Parti socialiste est arrivé avant l’UMP, il ne s’agit même pas d’une claque à Sarkozy, lequel s’est accommodé et s’accommodera de cette forme de cohabitation et de connivence avec le PS, comme il l’a fait jusqu’ici dans la foulée de Chirac, puisque, rappelons-le, le PS dirigeait la quasi-totalité des régions depuis 2004.
Alors, Martine Aubry, la dirigeante du PS, a eu beau déplorer, la main sur le cœur et en vue du « rassemblement des voix de gauche » au deuxième tour, le sort des licenciés, des chômeurs en fin de droits et des retraités, elle se fiche du monde du travail en prétendant que les régions dirigées par les socialistes seront un « bouclier social ». Quelle blague ! Face à la déferlante des licenciements et des suppressions de postes, bien fous les travailleurs qui croiraient pouvoir se protéger derrière ce « bouclier » de carton-pâte. Les responsables de la gauche, comme ceux de la droite, sont des professionnels de cette cogestion capitaliste qui, en pleine crise, protège les plus riches tout en assassinant les plus pauvres. Protégeons-nous de nos faux amis, même quand ils ont la larme à l’œil. Nos ennemis, à nous de nous en charger. Nous-mêmes. Avec nos propres armes, offensives, les vraies, celles de la lutte de classe. Celles qui permettent l’unité du monde du travail dans la rue comme dans la grève.
Pour en revenir à l’épisode des régionales, une minorité parmi les électeurs et électrices qui se sont déplacés, a tenu, à juste titre, à exprimer cette volonté combative : les quelque 3,4 ou 4,5 % de voix, selon les décomptes, qui se sont portées sur les listes d’extrême gauche, celles du Nouveau parti anticapitaliste et de Lutte Ouvrière. Sur ce terrain électoral, où se jouent les seules ambitions des petits caciques du système, c’est une faible minorité, certes. Mais une minorité qui ne l’est plus du tout, et qui compte pour beaucoup dans les luttes en cours. Une minorité qui pourrait bien rassembler derrière elle, dans une future lutte d’ensemble, la majorité des travailleurs, justement !
Car l’actualité est loin de se résumer au jeu électoral. Les luttes contre les licenciements, les suppressions de postes et pour les salaires se sont multipliées un peu partout… dans les régions. Même les experts du Medef s’en inquiètent ! Il y a la colère des camarades de chez Total et d’ailleurs. Mais la seule semaine dernière, on a vu aussi la colère du personnel des hôpitaux, l’exaspération du personnel des crèches municipales contre la surcharge de travail et le manque d’effectifs et, pour les mêmes raisons, celle des profs. En particulier les profs de la région parisienne mais aussi de Marseille qui ont entamé ces « grèves marchantes », dont les équipes vont d’un établissement à l’autre pour étendre le mouvement. Ces grèves « marchantes » qui pourraient bien faire école chez les salariés engagés aujourd’hui dans des conflits localisés, dans le secteur public comme dans le privé, pour faire délibérément tache d’huile. Qui ont d’ailleurs montré leur efficacité à la seule échelle des 6000 travailleurs sans-papiers en grève depuis 5 mois pour leur régularisation.
Car c’est bien cela qui est à l’ordre du jour : pour le coup, un authentique rassemblement des forces vives de la classe ouvrière pour la convergence des luttes, vers la grève générale qui, mieux qu’un bouclier, permettrait d’inverser les règles du jeu social. Un objectif que bien des salariés en lutte auront d’ailleurs l’occasion d’exprimer par leurs banderoles et leurs slogans, non pas dimanche prochain lors du jeu de dupes du deuxième tour des régionales, mais deux jours plus tard, le 23 mars, à l’occasion des manifestations de la journée de grève contre les licenciements, la réforme des retraites et pour les salaires.