Editos et tribunes
A nous de les faire battre en retraite !
1er février 2010
Lors de son show télévisé sur TF1 la semaine dernière, axé sur le thème « dur, dur, d’être président », Sarkozy a annoncé qu’il se préparait à réformer le système des retraites avant la fin de l’année, précisant que cela « concernera tout le monde ». Autrement dit, personne ne sera épargné par cette nouvelle attaque.
Rien d’étonnant, puisque la tactique du saucisson a bien fonctionné : en 1993, ce sont d’abord les salariés du privé qui ont connu l’allongement de leur durée de cotisations, puis en 2003 ceux du secteur public qui étaient soumis au régime général, et enfin en 2008 les régimes spéciaux, à l’exception des parlementaires !
Aujourd’hui le COR (Conseil d’orientation des retraites) et le gouvernement nous resservent le même argument, prétendument irréfutable : le déficit croissant du régime de retraites serait causé par le vieillissement de la population. Pour eux, l’avantage de cet argument, c’est qu’il est sans fin : il a permis d’abord de passer à 40 annuités de cotisation, mais le passage aux 41 annuités est déjà prévu pour 2012, puis 42 en 2020… L’augmentation de l’espérance de vie est ainsi présentée comme une catastrophe : comment financer les retraites de tous ces seniors, bouches inutiles qui ne travaillent plus, mais ne veulent pas crever ! A ceci près que l’espérance de vie d’un ouvrier ou d’un Henri Proglio ne sont pas les mêmes, et que bien des travailleurs usés par des années d’exploitation décèdent quelques mois ou quelques années seulement après avoir pu prendre leur retraite.
Ce discours est parfaitement cynique et relève de l’intox. Le fond du problème n’a rien à voir avec la démographie, mais avec la politique patronale et gouvernementale. Ce sont le chômage de masse, la précarité et les bas salaires qui pèsent sur les caisses de retraite. Tous les salariés qui sont victimes de plans de licenciement ne pourront plus cotiser tant qu’ils seront chômeurs. Sans parler de tous ceux qui subissent des temps partiels imposés, et donc un chômage partiel échappant aux statistiques.
Le déficit du régime d’assurance vieillesse serait ainsi de 10,7 milliards d’euros en 2010. Mais ce chiffre est à relativiser. Il faut savoir que les crédits d’impôt, réductions ou exonérations diverses ont privé l’Etat de 70 milliards d’euros de recettes en 2009. Parmi ces exonérations, il y a justement les dispenses de cotisations sociales dont bénéficient nombre d’entreprises, qui représentent 25 milliards d’euros par an soustraits directement aux caisses de la Sécurité sociale. De quoi non seulement combler le déficit, mais de rendre le régime des retraites bénéficiaire !
Cette entreprise de bourrage de crâne vise uniquement à nous faire accepter un partage des richesses toujours plus inégalitaire entre actionnaires et salariés. La productivité du travail, donc la création de richesse, ne cessent d’augmenter, et pourraient largement financer nos retraites. Au lieu de cela, on veut nous faire avaler que nous n’aurions le choix qu’entre allongement de la durée de cotisations, leur augmentation, un mode de calcul plus défavorable et abaissement du montant des pensions… ce qui revient au même ! Quant à l’emploi des seniors, c’est une blague, quand on sait qu’actuellement l’âge moyen de cessation d’activité est entre 58 et 59 ans avec une durée de cotisation de 37 ans.
Partout, les travailleurs sont soumis à ce chantage. En Espagne, le gouvernement socialiste de Zapatero vient d’annoncer le passage de l’âge légal de la retraite de 65 à 67 ans ! Martine Aubry a voulu, elle aussi, se positionner en future présidentiable responsable auprès des patrons, en annonçant qu’il fallait aller vers les 61 ou 62 ans… pour ensuite reculer dare-dare par peur de l’impopularité à la veille des régionales, en prétendant n’avoir jamais tenu ces propos, quitte à se voir diagnostiquer la maladie d’Alzheimer !
A gauche, pas de sauveurs suprêmes donc ! Les travailleurs ne peuvent compter que sur leurs forces pour se bagarrer tous ensemble contre les licenciements et pour les retraites, car les deux sont liés. Sans attendre de très hypothétiques initiatives de la part de confédérations syndicales, car il y a urgence !