Editos et tribunes
Réchauffement climatique : quel show !
7 décembre 2009
Historique ! Fondamental ! C’est l’avenir de la planète qui se joue ! Les superlatifs ne manquent pas pour vanter la grande messe œcuménique à laquelle nous allons avoir droit pendant deux semaines aux informations télé, en direct de Copenhague. 192 Etats représentés, Barack Obama en guest star, près de 15 000 diplomates, politiques et lobbyistes sont censés s’entendre pour lutter conte la pollution et limiter le réchauffement climatique.
Le problème est bien réel. Mais on a déjà eu, entre les mêmes grands de ce monde, le « sommet de la terre » à Rio en 1992, puis le « protocole » de Kyoto en 1997, sans que rien ne change. Depuis Rio les émissions mondiales de CO2 ont augmenté de 30 %, et depuis 2000 elles augmenteraient plus rapidement que jamais, de 3,4 % par an. On a peine à croire que le nouveau raout, à Copenhague, avec ses vagues promesses pour… 2050, va faire mieux. D’autant que ceux qui y pérorent, experts, ministres et chefs d’Etat, sont les représentant des principaux pollueurs, les trusts qui dominent la production agricole et industrielle de la planète.
Aujourd’hui la protection du climat est un incontournable de l’agenda des hommes politiques, chacun devant afficher qu’il s’en préoccupe. Mais ils préfèrent nous faire la morale sur le tri individuel des déchets et les économies d’eau en se brossant les dents, ou nous reprocher d’aller travailler en voiture, avec une taxe carbone en guise de punition. Or ce sont avant tout les grandes industries, en particulier celles des pays riches, qui sont les principales responsables de la pollution. À titre d’exemple, en France, les déchets produits par les ménages représentent 4 % des déchets hexagonaux, les 96 % restants viennent de l’industrie et l’agriculture (les paysans étant soumis aux dictats des fabricants de pesticides et des firmes de l’agro-alimentaire). Tout comme la plus grande partie des émissions de CO2 vient des grands industriels.
Ce sont eux qui, n’obéissant qu’à la loi du profit, polluent la planète sur la terre comme aux cieux. À l’instar de Métaleurop dans le Pas-de-Calais, disparu en laissant 800 salariés sur le carreau et un sous-sol gorgé de métaux lourds. A l’instar de cette catastrophe de Bhopal, en Inde, dont on commémore en ce moment même le 25ème anniversaire : début décembre 1984, l’explosion d’une usine américaine de pesticide avait fait plus de 15 000 morts et libéré un nuage de 40 tonnes de gaz toxiques. Aujourd’hui encore plus de 100 000 personnes continuent de souffrir de troubles respiratoires, cancers ou malformations alors que le trust chimique responsable, Union Carbide, s’est dégagé de toute responsabilité après avoir versé une compensation dérisoire de 310 millions d’euros (300 € par victime en moyenne) aux autorités indiennes.
Ces grands trusts, il n’est jamais question de leur faire payer la note. Au contraire, l’écologie est devenu pour eux un marché. Ils ont même réussi à faire du droit à polluer un marché, avec sa bourse où s’échangent et se vendent des autorisations d’émissions de CO2 que leur accordent gratuitement les Etats.
Le cynisme de l’Union Carbide en Inde est aussi celui des représentants des grandes puissances qui n’ont l’intention de proposer à Copenhague que des aumônes, mais expliquent qu’il va falloir faire casquer l’Inde, la Chine ou le Brésil. Grande pollueuse la Chine ? Peut-être, mais 5 à 6 fois moins que les USA ou l’Europe en regard de sa population. Et c’est surtout parce qu’elle est devenue l’usine du monde, où toutes les grandes entreprises capitalistes peuvent venir exploiter la main d’œuvre dans les pires conditions. Sans parler des méfaits de la monoculture en Afrique, de la déforestation au Brésil par la surexploitation des trusts de l’agriculture.
Ceux qui polluent la planète sont les mêmes qui ruinent nos vies en licenciant les travailleurs par milliers. Pour en finir avec eux, c’est d’un véritable réchauffement du climat social dont nous avons besoin. A l’échelle planétaire.