Site Convergences Révolutionnaires,
revue publiée par la fraction de Lutte Ouvrière

Editos et tribunes

Oser élire un Noir… Mais surtout, oser voir rouge !

10 novembre 2008

L’élection de Barack Obama à la présidence a été perçue comme historique un peu partout dans le monde, à commencer bien sûr aux Etats-Unis. La ségrégation raciale avec ses lieux publics ou places dans les bus réservés aux Blancs, un droit de vote dont 95 % des Noirs étaient exclus, n’a cessé juridiquement qu’il y a une quarantaine d’années. Sans parler auparavant de l’esclavage, puis des lynchages et crimes du Ku-Klux-Klan et autres réactionnaires racistes. Il a fallu la lutte de générations pour y mettre un terme légal, ce qui ne veut pas dire que les Noirs américains ne soient pas encore les premières victimes du chômage et de la misère, avec les Hispaniques. Mais les dirigeants de l’impérialisme américain regardent moins la couleur de la peau pour confier des postes. En témoignent Colin Powell qui dirigeait l’armée sous le premier mandat de George Bush, ou Condoleezza Rice qui a dirigé la diplomatie ces dernières années.

La campagne et l’élection de Barack Obama ont suscité enthousiasme et espoir dans les milieux populaires, après 8 années d’un règne Bush marqué par l’enlisement dans la guerre en Irak et par la crise économique qui se solde déjà par des millions de victimes des crédits hypothécaires « subprimes » dont les maisons sont saisies ou menacées de l’être, et des millions de victimes programmées de licenciements et fermetures d’entreprise.

Mais le programme de Barack Obama ? Un programme de changement ? Il n’est pas pour l’abolition de la peine de mort. Il a pris position pour un retrait des troupes américaines d’Irak... mais gradué et pour permettre d’intensifier la guerre en Afghanistan. Il vient d’appuyer le plan Paulson de 700 milliards de dollars pour sauver des banques aux frais des contribuables. Et surtout, les formules évoquées face à la crise économique lors de sa première conférence de presse, d’ « aide à l’emploi » ou d’ « aide à l’épargne » , sont celles derrière lesquelles tous les gouvernements du monde voilent - à peine - leur renfort aux patrons et aux banques. Pour aider l’emploi dans l’automobile, Obama promet 25 milliards de prêts à taux réduits aux trusts pour se restructurer. Premier destinataire : General Motors qui va continuer à licencier, alors que le chômage officiel a augmenté de plus de 50 % ces 18 derniers mois aux Etats-Unis. Pour protéger « l’épargne », Obama va continuer à déployer le parapluie qui protège les banques. Il va renvoyer l’ascenseur à l’institution financière Goldman Sachs, une des premières du pays, qui lui a apporté 653 000 dollars pour sa campagne. Mais les millions de travailleurs en situation des plus précaires parce qu’ils ont perdu, ou risquent de perdre leur emploi, leur retraite et leur logement ? Il est seulement question de promettre, par petites touches, une couverture médicale minimum aux quelque 45 millions qui n’en ont pas.

Avant de passer le test des urnes, et pour arracher la candidature démocrate, Barack Obama a dû convaincre la grande bourgeoisie américaine. Le gratin de Wall Street a versé plus de la moitié des 639 millions de dollars collectés pour sa campagne, sous la direction de l’héritière des hôtels Hyatt. Elle est membre de l’équipe des 17 conseillers économiques constituée ce week-end, aux côtés d’un représentant de la banque JP Morgan Chase, des PDG de Google et Xerox, et de l’homme le plus riche du monde Waren Buffett. Ce beau monde souriait à la conférence de presse tandis qu’Obama exposait sa future politique économique.

Pour ce qui est des millions de travailleurs américains, comme pour nous ici, il faudra nous organiser et nous battre pour ne pas payer cette crise qui s’annonce grave. On nous parle beaucoup aujourd’hui de « New Deal » et de politique dite « sociale » menée des deux côtés de l’Atlantique dans les années qui ont suivi le krach de 1929. Mais quelques reculs patronaux ne sont intervenus que suite à de grandes grèves qui ont donné une sainte trouille aux possédants et aux gouvernants Roosevelt ou Blum. Les travailleurs s’en sont remis alors à des directions syndicales puissantes mais que les Etats ont choisi d’amadouer. Et faute d’avoir osé pousser le bouchon et s’emparer eux-mêmes des leviers de commande, ont payé tout le prix de la crise ensuite par la seconde guerre mondiale. Une leçon à méditer.