Site Convergences Révolutionnaires,
revue publiée par la fraction de Lutte Ouvrière

Editos et tribunes

L’arme des travailleurs sans papiers, c’est la grève !

23 juin 2008

Un incendie a détruit dimanche le centre de rétention administrative de Vincennes. La tension était montée d’un cran après le décès d’un sans papiers tunisien samedi. 280 sans papiers sont retenus habituellement à Vincennes, dans des conditions inhumaines. Depuis la fin de l’année dernière, les plaintes contre la violence policière se sont multipliées et plusieurs mouvements de protestation et des grèves de la faim ont eu lieu.

Dès son élection, Nicolas Sarkozy a enchaîné les déclarations de guerre contre les sans papiers pour plaire à la fraction la plus réactionnaire de son électorat, celle qu’il a piquée à Le Pen. Sous la direction de Brice Hortefeux, ministre de l’immigration, c’est une véritable chasse aux immigrés qui est lancée, avec l’objectif annoncé le plus médiatiquement possible de 26 000 reconduites à la frontière pour cette année.

Derrière les rodomontades démagogiques de Sarkozy et Hortefeux, cette politique a des conséquences dramatiques. Pour tenir ses chiffres, la police se livre à de véritables rafles dans les quartiers populaires, contrôlant et arrêtant au faciès. On a vu des descentes de polices devant les écoles aux heures de sorties des enfants jusqu’à ce que la mobilisation des parents d’élèves et des enseignants oblige le gouvernement à reculer. On a vu des rafles dans les foyers de travailleurs immigrés ou au domicile de familles.

Des travailleurs comme nous tous

La plupart des sans papiers travaillent, cotisent et paient leurs impôts. Ils sont employés par les plus grandes entreprises de ce pays, directement ou par le jeu de la sous-traitance, dans le nettoyage, le bâtiment, la restauration, le tourisme... Sous la double menace du licenciement et de l’expulsion, ils sont à la merci des patrons. Cela veut dire des salaires en dessous du smic pour des horaires à rallonge, des conditions de travail dangereuses au mépris de toutes les réglementations.

Ne nous y trompons pas. Le harcèlement du gouvernement contre les travailleurs sans papiers fait partie des attaques contre l’ensemble de la classe ouvrière. Plus on fragilise et surexploite une partie d’entre nous, plus s’aggravent la précarité et l’exploitation de l’ensemble.

Depuis deux mois, des travailleurs sans papiers ont choisi l’arme de la grève pour mener la lutte pour leur régularisation. Une première vague de grèves, lancée le 15 avril par des militants de la CGT et l’association Droits devant, a été suivie d’une seconde, le 15 mai 2008. Le mouvement continue de se développer et une troisième vague est à l’ordre du jour. Il y a pour l’instant une quarantaine de sites concernés, essentiellement dans la région parisienne. L’objectif des grévistes est de contraindre leurs patrons à faire pression sur le gouvernement pour obtenir des papiers.

Le courage et la détermination des grévistes

Si certains patrons ne veulent rien entendre, font appel aux vigiles ou à la police, d’autres sont amenés à coopérer, à remplir les dossiers et à les soutenir auprès des préfectures en payant la taxe de régularisation. Le gouvernement, lui, a annoncé qu’il s’en tiendrait au « cas par cas ». Mais les grévistes maintiennent leur pression. Des milliers d’autres sont prêts eux aussi à entrer dans le mouvement et le disent. Les grévistes ont montré leur courage, et il en faut pour se lancer dans ce mouvement, par petits groupes dans des sites dispersés, avec le risque non seulement de perdre son travail mais d’être expulsés de France. Ils ont aussi montré leur capacité à s’organiser et à se coordonner.

La pression décisive sur le gouvernement serait que la lutte des sans-papiers s’étende encore et qu’elle trouve un écho chez le reste des travailleurs. La précarisation générale du travail permet au patronat de se sentir en position de force et de peser sur les salaires. Les sans papiers ne sont pas une catégorie à part, ils sont juste les plus précaires parmi les travailleurs précaires.

Leur victoire serait une victoire pour nous tous. Il appartient donc à tous les travailleurs de montrer leur solidarité active à leurs grèves.