Site Convergences Révolutionnaires,
revue publiée par la fraction de Lutte Ouvrière

Editos et tribunes

Travailler plus pour gagner moins ? Et quoi encore !

9 juin 2008

Le gouvernement veut réformer le temps de travail. L’objectif, c’est bien la flexibilité sans limites. Il est question de multiplier les accords d’entreprise qui pourraient redéfinir le temps de travail, à commencer par les conditions des heures supplémentaires. Le nombre d’heures autorisées pourrait varier ainsi que leur majoration. Un projet envoyé aux syndicats revient sur un plancher à 10 %. Travailler plus pour gagner moins ! Le délai de prévenance pourrait être raccourci par les mêmes accords et le système des forfaits, réservé aux cadres, étendu à d’autres salariés.

La négociation entreprise par entreprise des durées du travail sur tous ces aspects signifierait la disparition de fait de la durée légale du travail. Patrick Devedjian, de l’UMP, s’en félicitait ainsi : « Si vous n’avez plus que des dérogations, la règle générale ne s’applique plus » . Les patrons pourraient se permettre toutes sortes de chantages pour obtenir des syndicats des signatures d’accords préjudiciables aux travailleurs.

L’attaque est donc de taille. Elle s’ajoute à l’allongement annoncé du temps de cotisation pour la retraite, de 40 à 41 ans. Elle vient dans une situation où malgré les proclamations du gouvernement, le chômage et la précarité touchent toute la classe ouvrière. Dans une situation où le baril de pétrole franchit sans cesse de nouveaux records, où les hausses de prix touchent toute la population, où les salaires et le niveau de vie se dégradent rapidement.

Face à ces attaques, ni la gauche ni les organisations syndicales ne sont d’aucun secours pour les travailleurs.

La gauche ? Elle vient tout juste de s’unir... pas contre mais derrière Sarkozy. Pour une place dans l’avion pour le Liban, PC, PS, ont découvert l’union sacrée. Sarkozy peut se féliciter d’avoir embarqué François Hollande, Marie-George Buffet, Bayrou et les représentants de son gouvernement ! Tous ensemble… ouais !

Les confédérations syndicales ? Certes, la CGT et la CFDT appellent à une journée d’action le 17 Juin au sujet des réformes des retraites et du temps de travail. C’était bien la moindre des choses.

Mais c’est avec une certaine suffisance que le gouvernement peut prétendre s’appuyer sur un accord signé en avril par ces syndicats avec les organisations patronales sur la « démocratie sociale » . Celui-ci prévoyait en effet explicitement que des accords pourraient être conclus sous certaines conditions au sujet du temps de travail au niveau des entreprises. Les dirigeants de la CFDT et la CGT l’avaient signé sous prétexte de plus de « démocratie sociale » (en fait, d’un changement des règles concernant la représentativité syndicale ayant des implications sur le financement des syndicats par le gouvernement). Certes Thibault et Chérèque affirment aujourd’hui que le gouvernement va bien au-delà du texte signé et s’offusquent de ne pas avoir été écoutés.

Mais comment signer un texte qui n’apporte rien aux travailleurs d’un côté, et combattre vraiment les attaques gouvernementales de l’autre ?

En ne se positionnant pas clairement et fermement contre le gouvernement et ses mesures, les confédérations syndicales n’ont pas armé les salariés pour riposter à ses mauvais coups. En se contentant de programmer des journées d’action dispersées et divisées, sans poser la perspective d’un mouvement d’ensemble, elles refusent par avance de se donner les moyens de préparer une riposte à la hauteur.

Ce qu’impose la situation, c’est une véritable contre-offensive du monde du travail. Un mouvement au moins aussi déterminé que celui dont font preuve les marins-pêcheurs, les agriculteurs et les routiers face à la hausse du prix du carburant, mais qui soit la lutte de toute la classe ouvrière, pour faire reculer le patronat et le gouvernement à son service.

Faute d’un tel mouvement, le gouvernement pourrait ne faire de concessions qu’aux seuls marins-pêcheurs, agriculteurs, routiers s’ils montrent plus de résolution… et d’en faire payer le prix aux travailleurs salariés en les rançonnant toujours davantage.

Oui, il temps de nous faire vraiment entendre. En dépit de ces organisations qui prétendent nous représenter mais ne cherchent qu’à traiter avec nos ennemis au mépris de nos intérêts, par-dessus nos têtes.