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Les Israéliens pour la paix : nouvelle mobilisation et nouveaux pièges

18 mai 2004

C’est aux cris de « sortir maintenant de la bande de Gaza » et sous les banderoles de « la paix maintenant » que plus de cent mille manifestants ont défilé samedi dernier à Tel Aviv. Ce rassemblement constitue un succès important pour la gauche israélienne. Ce renouveau de la mobilisation pour la paix, étouffée depuis la défaite de la gauche avec la chute de Barak, a pour cause directe la politique de la droite israélienne, cramponnée au maintien et au développement des colonies israéliennes en territoire palestinien, politique qui entraîne fatalement une exacerbation des tensions et une recrudescence du terrorisme palestinien.
Une très grande partie de la population israélienne avaient suivi la droite quand celle-ci promettait une politique du gros bâton – voire du gros canon – qui selon ses prétentions, devait en finir avec le terrorisme, alors que les accords de paix n’avaient pas empêché le développement de l’Intifada des Palestiniens. Mais la réalité est tout autre que ce que promettait Sharon : le terrorisme se porte mieux que jamais. Les terroristes les plus radicaux, les islamistes du Hamas, n’ont jamais eu autant de poids dans la population palestinienne. Les actions violentes de Sharon, assassinats « ciblés », bombardements, occupations militaires de quartiers, actions de « représailles » comme les destructions de maisons, en plus de centaines de morts civils palestiniens, n’ont fait que produire des centaines de nouveaux kamikazes et alimenté un soutien populaire aux terroristes. Si cette politique a désespéré et isolé les Palestiniens qui souhaitaient une paix avec les Israéliens, elle a exaspéré la haine de ceux qui voulaient en découdre avec Israël. La politique de Sharon, la terreur d’Etat au nom de l’éradication du terrorisme, est une bénédiction pour les terroristes d’extrême-droite islamistes.

Sharon mène une politique radicale d’apartheid qui isole les Palestiniens derrière un mur séparant les deux communautés, mur censé protéger les Israéliens du terrorisme. Mais ce mur a également comme effet de couper des villages palestiniens de leurs terres agricoles et points d’eau, de les couper des villes palestiniennes et des points de vente et d’approvisionnement en marchandises. Le projet de Sharon aurait comme résultat de faire de Gaza une bande de terre, certes indépendante, mais misérable, sans ouverture vers l’extérieur, sans possibilité de travail en Israël, pouvant difficilement, voire pas du tout communiquer avec le reste des territoires palestiniens de Cisjordanie. Donc un « bantoustan » ou un ghetto, voué à la haine contre les Israéliens et livré aux terroristes du Hamas.
Paradoxalement, c’est la droite israélienne, en particulier le Likoud parti de Sharon, qui a refusé le plan d’évacuation proposé par le premier ministre, parce que Sharon proposait d’évacuer les colonies du territoire de Gaza. Et, second paradoxe, si le Likoud et la droite, liées aux colons et sous la pression de l’extrême droite, ont repoussé le projet de séparation de Sharon, c’est la gauche parlementaire qui l’a soutenu !
Bien sûr, la population israélienne qui, selon les sondages, approuverait massivement le plan Sharon, y voit un moyen d’en finir avec la guerre civile permanente et avec le terrorisme et le contre-terrorisme. Elle préfère sacrifier quelques colonies que sacrifier ses enfants dans cette guerre. Elle souhaite une séparation car elle n’espère plus qu’un règlement ramène des relations normales entre les deux communautés.
Rappelons que si l’Intifada s’est déclenchée sous un gouvernement de gauche, celui de Barak, c’est parce que les accords signés par celui-ci et l’autorité palestinienne de Yasser Arafat, lésaient gravement la population palestinienne. La gauche, durant toute l’histoire de l’Etat d’Israël, a donné des gouvernements qui n’étaient pas moins agressifs vis-à-vis des Palestiniens que celui de Sharon. Et, à chaque fois que les Sharon ont mené des politiques d’agression contre les Palestiniens, comme lors de la guerre du Liban, la gauche a su détourner le mouvement populaire et l’entraîner dans un piège au nom de la paix.

Si les Israéliens souhaitent vraiment la paix avec les Palestiniens, la gauche poursuit de tous autres calculs en soutenant le plan Sharon. Elle vise bien sûr à revenir en grâce auprès de la population après les cuisantes défaites politiques de Barak et ses successeurs. La gauche se garde bien de dire qu’il n’y aura aucune paix tant que les intérêts et les droits des Palestiniens seront lésés. Elle ne veut surtout pas que la population israélienne comprenne que cette situation sert les intérêts de la bourgeoisie, tant israélienne qu’impérialiste. Que la gauche soutienne le plan Sharon, l’assassin des camps du Liban Sabra et Chatila, qu’elle soutienne cet emmurement des Palestiniens, est bien significatif des nouveaux pièges dans lesquels celle-ci souhaite enfermer un renouveau du mouvement pour la paix.
Oui, le peuple israélien a tout intérêt à se battre pour une paix avec le peuple palestinien. Mais pour qu’il y ait un espoir réel de la réaliser, il doit combattre tous les représentants politiques de la bourgeoisie israélienne, la gauche comme la droite. Car l’une comme l’autre ne visent qu’à faire des Israéliens des boucliers humains pour des intérêts économiques et politiques dans la région qui ne sont pas les leurs.

Robert PARIS

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