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Edito des bulletins d’entreprise


 

Ah, ça ira !

5 juillet 2010

Exit Alain Joyandet et Christian Blanc ! Sur ordre de Sarkozy, ils ont démissionné du gouvernement. Pourtant, les dépenses certes immodérées de ces deux secrétaires d’Etat – le premier amateur de vol en jet privé en Martinique à 116 000 euros, le second accro au cigare pour 12 000 euros, aux frais du budget – sont loin d’atteindre le montant au coeur du scandale qui touche leur désormais ex-collègue Éric Woerth. Là, 30 millions d’euros sont en jeu. Soit la somme remboursée par les impôts à Liliane Bettencourt, classée selon les années au second ou au premier rang des fortunes françaises.

Tandis qu’Éric Woerth, alors ministre du budget, avait pour tâche de faire rentrer l’impôt, sa femme Florence, payée par Bettencourt, cherchait toutes les combines afin que sa patronne y échappe. Pour le moins un sérieux « conflit d’intérêt », selon les mots pudiques de la ministre de l’économie Christine Lagarde ! Mais qui ne tombe pas sous le coup de la loi pour autant. Grand ami de Chirac, le milliardaire François Pinault ne payait-il pas ainsi au début des années 2000, zéro centime d’impôt ? Il utilisait toutes sortes de niches fiscales comme « l’aide à la création artistique ». C’est précisément tout l’intérêt pour les grands bourgeois d’entretenir des relations avec des hommes et des femmes politiques, lesquels restent fondamentalement leurs laquais.

Une longue tradition

On sait depuis que Woerth a encaissé dans la même période des chèques de Liliane Bettencourt en soutien à l’UMP dont il était trésorier, et à un club de députés de droite censés doper les idées de leur parti et sa propre carrière personnelle. L’héritière de L’Oréal ne fait que reprendre le flambeau d’une tradition familiale. Ses aïeuls finançaient dans les années trente bien des politiciens, et même une organisation secrète fascisante : la Cagoule. Celle-ci exécuta des militants ouvriers italiens réfugiés en France et, suite à la trouille que la grève générale de Juin 36 avait inspiré aux grandes fortunes, entraîna plusieurs milliers d’officiers français dans un projet de putsch militaire.

Petits services entre amis

Enfin, Eric Woerth a mis au frigo pendant un an et demi le courrier d’un juge de Nanterre exposant les soupçons de fraude fiscale pesant sur Liliane Bettencourt. Celle-ci a omis de déclarer quelques comptes suisses ainsi qu’une île aux Seychelles ! La lettre du juge aurait dû déclencher aussitôt un contrôle fiscal. Ce dernier l’a d’ailleurs révélée à la presse en partie parce que lui-même est connu, notamment grâce au Canard Enchaîné, pour classer les dossiers gênants de la Sarkozie.

Comme un besoin de révolution !

Ces scandales ne sont pour autant pas réservés au petit monde des courtisans et proches de l’actuel président de la République. La crise les rend juste plus insupportables, car ils mouillent précisément ceux qui veulent nous la faire payer. Entretemps, Woerth est devenu ministre du travail et grand manitou de l’attaque en cours contre les retraites. Et c’est surtout cette réforme scélérate que Sarkozy veut préserver en maintenant Woerth à son poste, alors même qu’une partie de la droite le sacrifierait bien. Quant au PS, s’il dénonce le scandale – c’est bien le minimum –, il se garde bien de remettre réellement en question la “réforme” des retraites, lui qui dit accepter l’idée de l’allongement de la durée des cotisations. Du reste, les scandales de la Miterrandie d’avant-hier valent bien ceux de la Chiraquie d’hier ou de la Sarkozye d’aujourd’hui.

D’autres politiciens peuvent bien promettre de laver plus blanc demain, d’introduire de l’éthique. En réalité, l’appareil gouvernemental et étatique, par mille liens de connivences et d’échanges de petits et grands service, est à la solde de la grande bourgeoisie. Qui plus est – et c’est le vrai scandale – tout cela le plus souvent en toute légalité, tant la loi est faite pour la même clique de privilégiés. Aujourd’hui, comme en 1789, c’est devenu intolérable car cela apparaît au grand jour. Aujourd’hui comme il y a un peu plus de deux cents ans, cela devrait logiquement aboutir à la révolution.

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Convergences Révolutionnaires
Numéro 69, mai-juin 2009
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