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Edito des bulletins d’entreprise
Mondial de l’austérité : préparons-nous à gagner la finale
14 juin 2010
Samedi, François Fillon a lancé le coup d’envoi du match contre le monde du travail, avec la réforme des retraites et de nouvelles réductions des dépenses publiques.
Le gouvernement annoncera les détails du projet sur les retraites mercredi prochain, mais a laissé déjà transparaître les grandes lignes. Recul de l’âge légal de la retraite à 62 ou 63 ans, et recul à 67 ou 68 ans de l’âge en dessous duquel les retraités qui n’ont pas toutes leurs annuités se voient infligés une décote, qui ampute fortement leurs pensions. Augmentation des cotisations de retraite des fonctionnaires, c’est-à-dire baisse de leurs salaires nets. L’allongement progressif de la durée de cotisation, déjà programmé, par la loi de 2003, pour atteindre 41,5 annuités en 2020, pourrait se poursuivre au-delà. Par contre, il n’est déjà plus question d’une taxation des foyers fiscaux aux revenus supérieurs à 11 000 € par mois. Il y aurait « trop peu d’actifs » pour le nombre de retraités, des « cotisations insuffisantes », nous sifflent aux oreilles les vuvuzelas du gouvernement. Si celui-ci avait la moindre velléité d’y remédier, c’est au chômage qu’il s’attaquerait en interdisant les licenciements et en embauchant dans les services publics. Sans parler de la baisse des salaires qui réduit les cotisations d’autant.
Mais c’est le contraire qu’annonce Fillon avec ses 45 milliards de réduction des dépenses publiques. Il se flatte des coupes sombres déjà réalisées : « Depuis 2007, 100 000 fonctionnaires n’ont pas été remplacés, je ne connais pas beaucoup de pays qui ont réalisé un tel effort ». Il entend les poursuivre et les amplifier. Les mêmes attaques qu’en Grèce, au Portugal, en Espagne, et maintenant en Allemagne. Un vrai mondial de l’austérité !
Pour « réduire le déficit public » ? La bonne blague ! Combien de milliards ont été versés il y a un an aux banquiers, les mêmes qui spéculent aujourd’hui sur les dettes publiques, et aux grands groupes du CAC 40, ceux qui s’apprêtent à distribuer 35,5 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires et en prévoient 9 à 12 % de plus pour l’an prochain.
Face à cette déclaration de guerre du gouvernement et du patronat, on ne peut pas dire que, dans notre camp, ceux qui devraient jouer le rôle d’entraîneurs, les dirigeants syndicaux, soient à la hauteur. A commencer par François Chérèque, de la CFDT, qui, tout en promettant d’être ferme sur l’âge de départ à 60 ans (il ne pouvait pas faire moins face à ses militants), donne son feu vert à l’allongement de la durée de cotisation. Sous prétexte de sauvegarder l’unité syndicale, Bernard Thibault, de la CGT, se garde bien de se montrer plus combatif. Et tous les dirigeants syndicaux de déplorer surtout le manque de « dialogue » du gouvernement. Comme si les reculs sociaux étaient à négocier !
Les syndicats appellent tout de même ensemble à une nouvelle journée d’action le 24 juin. Mais sans en préciser réellement les objectifs, ni envisager la suite qu’il faudra lui donner. Or se contenter de parler des 60 ans, sans s’attaquer à l’allongement de la durée des cotisations, sans revendiquer d’en revenir aux 37,5 annuités, aujourd’hui que les jeunes mettent des années à trouver un emploi stable, que les vieux sont souvent licenciés avant l’âge de la retraite, c’est accepter des retraites amputées.
Détacher ce problème de celui des licenciements et des salaires, c’est ne pas s’attaquer aux causes, et à ceux qui creusent les caisses.
A un récent sondage BVA sur le mode d’action le plus efficace contre le projet gouvernemental, 67 % des sondés ont répondu « la grève générale ». Ils ont raison. Ce sera le seul moyen de faire plier patronat et gouvernement sur les retraites, les licenciements, les salaires, sur les suppressions d’emplois dans les services publics et leur dégradation.
Les manifestations du 27 mai ont été un succès. La nouvelle journée d’action et les manifestations prévues le 24 juin doivent être encore plus largement suivies pour montrer notre détermination à ne pas laisser passer ces nouvelles attaques. Mais il ne faudra pas en rester là.
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