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La grève, l’arme aussi des travailleurs sans papiers

23 novembre 2009

La grève que 5 500 travailleurs sans papiers mènent pour leur régularisation, depuis 6 semaines, n’est pas ignorée de leurs patrons. Dans les cuisines, dans les ateliers, sur les chantiers, autant de travail qui ne se fait pas, de fric qui ne rentre pas, de donneurs d’ordre petits ou grands (dont la Ratp pour son chantier du tramway) qui s’inquiètent car leurs pourvoyeurs de l’intérim entre autres n’assurent plus ! Ces travailleurs étant acculés par leur situation à mettre les bouchées doubles, question charge de travail, les effets de leur grève n’en sont que plus sensibles. Juste retour des choses car il faut bien que le patronat paye !

Ce patronat est le grand bénéficiaire de plus de 20 ans de lois et circulaires anti-immigrés qui n’ont pas limité le nombre de travailleurs étrangers – ce n’était pas le but -, mais ont fabriqué des dizaines voire des centaines de milliers de « sans papiers », proies faciles pour l’exploitation maximum. Une riche palette de statuts existent, entre celui qui a des feuilles de paye et d’impôts, des quittances de loyer et une carte de sécu, et celui ou celle qui n’a rien du tout et travaille totalement « au noir ». Mais le lot commun, c’est la flexibilité maximum aux exigences patronales, dans les secteurs dits « en tension » comme le bâtiment, l’agriculture, le textile, l’hôtellerie et restauration, les services domestiques, la garde d’enfants et de personnes âgées, jusqu’à des conditions de quasi esclavage.

Une seule chose est sûre : papiers ou pas, ils vivent ici, travaillent ici depuis souvent des années, et à ce titre doivent pouvoir rester ici et sortir de l’ombre.

Les patrons sont pitoyables dans leurs postures de victimes. L’un d’entre eux qui participait le 17 novembre à l’émission « C dans l’air » d’Yves Calvi, a répété 10 fois que les patrons n’étaient pas confrontés à des « sans papiers » mais à des « faux papiers » ! Et ensuite, de chercher à faire cracher un chiffre de régularisations possibles à Raymond Chauveau, un des responsables pour la CGT de cette lutte de sans papiers. Pensez-vous, régulariser des dizaines de milliers de travailleurs, voire plus ? A croire que les patrons ne sont pas sûrs qu’ils ne font pas travailler de façon irrégulière des centaines de milliers de personnes ! Et quand les ministres Darcos ou Besson menacent maintenant de fermeture administrative les entreprises qui utilisent des sans papiers, alors ils s’apprêtent à en faire fermer un bon nombre, à commencer par Bouygues, Véolia, Suez… et combien de ces grands restos qu’ils fréquentent ?

La grande première, c’est que les travailleurs sans papiers ont pris le problème à bras le corps, eux-mêmes et par une grève massive et déterminée. A l’initiative de la CGT, accompagnée dans cette deuxième vague de grève par de nombreux autres syndicats et associations, ils exigent une « circulaire », un texte valable pour tous et applicable à tous, un outil contre l’arbitraire des préfectures, qui consigne qu’ils travaillent ici et doivent donc pouvoir vivre ici – eux et leurs familles. Une circulaire qui reste à arracher par la lutte en cours, car le gouvernement n’a pas encore cédé. Et ce n’est qu’une étape pour la régularisation face au patronat et à l’administration.

Pour se donner les meilleures chances de vaincre, la grève des travailleurs sans papiers doit combattre aussi l’isolement – comme tant d’autres. Les grévistes se répandent sur les marchés, à la sortie des métros, dans les quartiers populaires avec tracts et journaux. Ils pourraient s’adresser à d’autres travailleurs – qui eux aussi, et leurs syndicats, pourraient venir à leur rencontre. Car la lutte de la catégorie la plus exploitée de la classe ouvrière pour échapper à cette traque qui la livre au patronat, est aussi une lutte pour l’amélioration des conditions de travail et de salaire. Une lutte pour les tirer vers le haut, au bénéfice de tous les travailleurs.

Il faut tout faire pour que les travailleurs sans papiers gagnent l’épreuve de force qu’ils ont engagée contre le patronat et le gouvernement.

L’ensemble du monde du travail a tout à y gagner.

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