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Edito des bulletins d’entreprise


 

Préparer la nécessaire contre-offensive !

16 mars 2009

L’annonce est tombée la semaine dernière : le fabricant de pneus Continental fermera d’ici mars 2010 son usine de Clairoix, dans l’Oise, avec 1 120 licenciements à la clé, sans compter les répercussions dans la sous-traitance. En 2007 pourtant, après avoir annoncé le doublement des dividendes versés aux actionnaires (et leur quintuplement sur dix ans), la direction avait réussi à imposer une remise en cause des 35 heures, accompagnée de primes révisées à la baisse entraînant une diminution des salaires. La contrepartie devait être le maintien du site jusqu’en 2012, un engagement que la direction nie aujourd’hui avoir pris. Voilà pour ce que valent les promesses…

Tout à sa démagogie sur la “moralisation” du capitalisme, Sarkozy avait de son côté fait mine d’évoquer, après la mobilisation du 29 janvier dernier, l’idée d’une répartition des bénéfices en trois tiers : un pour les salariés, un pour les actionnaires, un pour l’investissement. La présidente du Medef s’était empressée de le remettre à sa place en rappelant qu’en vertu de leur droit de propriété, seuls les actionnaires ont le pouvoir d’en décider. C’est ce même droit de quelques actionnaires qui permet à Continental, dont la division pneus est bénéficiaire pour 2008, de laisser des centaines de salariés sur le carreau, ou à Total d’en faire autant tout en annonçant un profit historique de 14 milliards d’euros. Quelques membres du gouvernement peuvent bien, pour le communiqué, se dire « choqués » voire « scandalisés » par la brutalité des annonces (plus que par les annonces elles-mêmes), cela n’y change rien : même si Continental devait finalement payer un peu plus que prévu pour fermer une usine, rien aujourd’hui, et en tout cas pas l’État, ne lui interdit de le faire !

Patronat et gouvernement aimeraient nous convaincre que, face à la crise, nous sommes tous embarqués sur une même galère. Mais leurs actes suffisent à le démentir. Car l’économie capitaliste est un système où une minorité de possédants a le droit de priver les travailleurs d’emplois et de revenus pour préserver voire accroître ses dividendes ; un système où, à la faveur de la crise, les grands groupes se restructurent sur le dos des salariés pour chercher à mettre la main sur leurs concurrents et leurs parts de marchés. Cela avec l’aide d’États qui taillent dans les budgets publics de santé, d’enseignement, de recherche, pour mieux distribuer des milliards en cadeaux à quelques banques et groupes industriels.

Pour 2009, le gouvernement annonce la couleur : la France devrait connaître sa pire récession depuis la guerre. Et au rythme de janvier, le nombre de chômeurs augmente de 3 000 par jour. Face à l’urgence sociale, il nous appartient de préparer une réponse à la hauteur. Empêcher véritablement la bourgeoisie de faire payer la crise aux travailleurs, et derrière à toute la société en dévastant socialement des régions entières, supposera de s’attaquer à son sacro-saint droit de propriété. Il est plus que jamais nécessaire de faire converger et d’étendre dès maintenant les luttes déjà existantes contre les licenciements et pour le maintien du niveau de vie par l’augmentation des salaires. C’est possible si, comme nous le montrent les récents exemples de la Guadeloupe et de la Martinique, la mobilisation se construit et s’organise à la base, sous le contrôle effectif des travailleurs et de la population.

Face à un grand patronat qui se croit tout permis, la classe ouvrière doit s’organiser pour être cette force irrésistible qui bouleverse leur jeu de massacre. Et même si ce n’est pas l’objectif des directions syndicales qui y ont appelé, le succès de la journée nationale d’action du 19 mars peut y contribuer, par des grèves plus nombreuses et des manifestations plus massives que le 29 janvier. Il pourrait même contraindre les confédérations à ne pas attendre cette fois-ci deux mois pour y donner une suite.

Et sachons que c’est de nous que dépend la mobilisation générale qui fera reculer patronat et gouvernement : la grève tous ensemble pour l’interdiction des licenciements, l’embauche massive dans les services publics, 300 € d’augmentation pour tous, le contrôle des travailleurs sur les comptes des entreprises et les milliards de subventions déboursées par l’Etat.

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Numéro 69, mai-juin 2009
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