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Numéro 62, mars-avril 2009

 

Le papillon NPA est sorti de la chrysalide LCR !

Mis en ligne le 7 mars 2009

Le week-end des 6, 7 et 8 février, au terme de 18 mois de gestation, le NPA ou Nouveau parti anticapitaliste est né. Il compte 467 comités, regroupant un peu plus de 9 000 adhérents, dont 68 % ont participé aux assemblées locales de préparation du congrès. Il est présent dans tous les départements. Il regroupe 35 % de femmes, une large majorité de salariés (davantage du public que du privé), des jeunes. Son congrès a rassemblé plus de 600 délégués qui ont discuté et adopté des « principes fondateurs », des textes d’orientation, des statuts et un nom, et ont élu une direction, le Conseil politique national ou CPN.

Du parti d’anticapitalistes « et » de révolutionnaires…

Ce congrès a apporté davantage de confirmations que de surprises. Le NPA se profile, à ses débuts, tels que ses initiateurs de la direction majoritaire de l’ex-LCR (qui s’est dissoute pour la circonstance), l’ont voulu. C’est un « rassemblement des forces anticapitalistes et révolutionnaires » , formulation réutilisée par Pierre-François Grond, un des dirigeants de l’ex-LCR/NPA, dans le dernier Rouge . Et le « et » indique que la différence est bien faite entre « révolutionnaire » et « anticapitaliste ». À juste titre. Car si bien des anticapitalistes sont révolutionnaires, d’autres ne le sont pas.

Le NPA regroupe donc des révolutionnaires et des adhérents ou militants qui ne se disent pas ainsi parce qu’ils ne sont pas convaincus que la «  transformation révolutionnaire de la société  » affirmée dans les principes fondateurs implique de briser l’appareil d’État de la bourgeoisie − armée, police, justice, institutions prétendument démocratiques − et son remplacement par des organes de pouvoir direct des travailleurs mobilisés. C’est un parti hybride regroupant des courants de deux natures politiques différentes, d’accord sur le but final mais pas, pour le moment, sur l’itinéraire pour y parvenir. Un peu à la manière des partis sociaux-démocrates de la fin du dix-neuvième siècle, mariant révolutionnaires et réformistes qui ne partageaient que l’objectif du socialisme. On sait que la différence, à l’épreuve de l’histoire, loin de se résoudre, s’est transformée en opposition irréductible.

Le symbole de cette double nature est le nom adopté par le parti. Lors d’un premier tour, c’est de seulement 6 voix que le « Nouveau parti anticapitaliste » (219 voix) a devancé le « Parti anticapitaliste révolutionnaire » (213 voix). Un deuxième tour a fait adopter NPA, avec 54 % des suffrages.

Pour les camarades de la LCR qui ont présidé au processus, il s’est agi d’emblée de gommer des angles et d’édulcorer les délimitations politiques, comme si le halo était la condition du caractère « large » et « rassembleur » du nouveau parti. L’intention est certes discutable mais louable, celle d’intégrer des jeunes et nouveaux en politique. Mais le résultat ne risque-t-il pas de simplement remettre en avant le vieux projet d’en finir avec la tradition communiste révolutionnaire qu’une partie de la LCR caressait depuis longtemps (une campagne en faveur de Pierre Juquin en 1988 avait déjà pour objectif de favoriser un regroupement anticapitaliste large… et vague !) ? [1]. D’où l’insistance à faire adopter par le congrès, après un vote serré, l’adhésion au « socialisme du xxie siècle » (un sous-titre des principes fondateurs), plutôt qu’au « socialisme » tout court. Un des dirigeants de la LCR, Fred Borras, s’en explique dans Rouge de la façon suivante : « Il s’agissait moins de la volonté de saluer le processus en Bolivie que de marquer la nécessité de se tourner vers l’avenir en revendiquant le meilleur de la tradition du passé, de celles et ceux qui ont affronté les systèmes depuis deux siècles » . Le « meilleur » du passé reste vague, surtout quand on entend remiser le trotskysme, réduit un peu vite à une « opposition au stalinisme » qui ne serait plus d’aucune validité aujourd’hui ; la référence à la Bolivie est malheureusement plus précise, à un régime plus qu’ambivalent, celui de Morales, en butte certes aux oligarques réactionnaires mais qui sait aussi faire tirer sur des grévistes tandis qu’il fait ami-ami avec Sarkozy et Bolloré.

… au parti anticapitaliste révolutionnaire ?

Nous [2] continuons de penser qu’un affichage clairement et fièrement révolutionnaire, dans une période qui s’ouvre de crise du capitalisme, de tensions sociales exacerbées et de nécessité pour les exploités et opprimés d’adopter des perspectives et des moyens de lutte radicaux, auraient tout aussi bien attiré des jeunes révoltés et avides de trouver un programme cohérent. Le risque étant tout au plus d’éloigner du nouveau parti quelques personnalités hostiles aux traditions révolutionnaires et communistes du mouvement ouvrier, et encore ?

En tout cas, ne pas indiquer clairement que la question du pouvoir se posera immanquablement dans les luttes à venir, puisque que pour gagner elles devront converger, devenir grève générale, avec des tâches et moyens de pouvoir que devront se donner les travailleurs pour contrôler la gestion capitaliste et lui substituer la leur, n’est pas une excellente façon de préparer l’avenir, ce qu’est pourtant le rôle du programme d’un parti. C’est ce brouillard qui a conduit les camarades de la Fraction qui étaient délégués à ce congrès à s’abstenir sur les « principes fondateurs ». Et les a conduits aussi à proposer, en matière d’orientation politique, d’insister sur l’impérieuse nécessité pour le nouveau parti de travailler à la convergence des luttes et de consacrer des efforts volontaristes d’implantation dans la classe ouvrière, en premier lieu dans les entreprises, pour trouver et armer la génération militante qui devra affronter le patronat, mais affronter aussi, immanquablement, les représentants de directions syndicales domestiquées par la bourgeoisie.

Notre amendement a trouvé l’assentiment de 136 délégués (sur 600 et quelques). Notre ajout n’aurait pourtant pas été superflu, pour preuve la façon dont Myriam Martin, dans Rouge, présente la « Résolution politique générale » adoptée par 76 % des votants, sous le titre « En campagnes » , au pluriel. Mais un petit parti comme le NPA ne devrait-il pas, plutôt que chercher à collectionner les campagnes, et donc éparpiller ses forces (campagnes qui du coup ne seront pas visibles ou n’existeront que pour le communiqué), les concentrer au contraire sur la préparation de l’explosion populaire qui nous attend, à un moment ou à un autre ? Les Antilles nous alertent. C’est à cette révolte contre « la vie chère », pour une augmentation de salaires de 200 ou 300 euros par mois, contre les conditions devenues insupportables de l’exploitation salariée et son cortège de chômage et misère, que nous devons nous préparer.

Oui, le parti « pour gagner » qu’Olivier Besancenot a proposé au congrès imposerait cette priorité. Mais en fait, nous restons confiants : par delà les textes du congrès, c’est le développement de la lutte de classe qui l’imposera à tous les anticapitalistes conséquents, c’est-à-dire révolutionnaires, dans le NPA comme en-dehors.

Michelle VERDIER


Et la Fraction l’Étincelle de Lutte ouvrière ?

Aucune porte n’a donc été fermée par le congrès où quelques délégués appartenant à la Fraction avaient, en toute connaissance de cette appartenance, été élus par leur comité. Mais des questions cruciales ont été éludées. Elles ne seront probablement tranchées que dans les luttes sans évidemment que nous puissions aujourd’hui prédire à coup sûr dans quel sens, favorable ou non aux intérêts des travailleurs. C’est pourtant pour nous une raison de continuer de participer au processus de constitution du nouveau parti, processus dans lequel ce congrès n’est qu’une étape. Si le NPA peut être une possibilité de rassembler et organiser des travailleurs, de constituer un parti lutte de classe qui défende d’une manière intransigeante les seuls intérêts des exploités et des opprimés, les communistes révolutionnaires doivent, pensons-nous, aider à sa réalisation.

Rappelons que, depuis un an, nous avons participé au « processus ». Nous comptons donc bien continuer à le faire, à la condition de pouvoir conserver, le temps d’expériences et vérifications nécessaires, nos structures ainsi que nos moyens d’expression et d’interventions publics. C’était le sens d’un amendement que nous avons soumis au vote et qui a été repoussé mais qui, malgré l’opposition clairement affichée par la direction de la LCR, a recueilli 97 voix (406 contre et 71 abstentions).

Le congrès nous a implicitement (ne serait-ce qu’en accordant à la Fraction des places d’observateurs à la direction du nouveau parti) laissé la liberté de poursuivre notre action dans la voie empruntée jusque-là. Nous comptons effectivement poursuivre et intensifier nos efforts, tout particulièrement pour enrichir le NPA de comités organisés sur la base d’une ou plusieurs entreprises, voire aider les comités organisés sur une base géographique à développer une activité spécifique en direction de la classe ouvrière. Cela nous semble indispensable pour aider à l’émergence de militantes et militants du mouvement ouvrier, dont l’intervention peut être décisive dans un avenir proche et pousser le NPA lui-même dans l’orientation lutte de classe et révolutionnaire. En souhaitant que ce puisse être en collaboration avec et aux côtés d’autres partis, Lutte ouvrière, POI, groupes anarchistes ou libertaires…

Ce faisant, nous avons le sentiment de nous tourner vers le « communisme révolutionnaire du xxie siècle », qui ne saurait être que léniniste et trotskyste ! Même si nous restons conscients que c’est l’explosion des luttes ouvrières qui seule pourra faire ressurgir et conclure les débats non définitivement tranchés…

M.V.


[1] Dans un ouvrage récemment paru, « L’incroyable histoire du Nouveau parti anticapitaliste » (Demopolis) François Coustal, membre de la direction de l’ex-LCR, précise que « Non seulement, la campagne électorale [des municipales de 2008] a été l’occasion de diffuser à grande échelle des propositions anticapitalistes enracinées dans le concret, mais elle a aussi permis, parfois, de renouer avec la mouvance « antilibérale » (…) Ainsi, dans quarante villes importantes, des accords unitaires avec les collectifs antilibéraux ont vu le jour et donné de bons résultats. Mais, dans de nombreuses autres agglomérations, les antilibéraux se sont insérés, dès le premier tour, dans des listes dominées par le PS » (page 59).

[2] Notre courant politique, Fraction l’Étincelle de Lutte ouvrière, a largement exposé son point de vue dans des numéros antérieurs de Convergences Révolutionnaires, tout particulièrement dans le précédent, le numéro 61, contenant un dossier : « Congrès de fondation du NPA : Parti révolutionnaire ou parti de la gauche de la gauche ? »

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