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Tribune de la fraction dans Lutte Ouvrière
Pas de cadeaux… que nous ne décrocherons pas nous-mêmes.
2 janvier 2008
Le père Noël n’a pas été avare pour ses enfants gâtés du patronat. Dès le 19 décembre, Sarkozy confirmait leurs vœux pour l’année à venir : allongement de la durée légale du travail, allongement de la durée de cotisation pour une retraite à taux plein (41 ans en 2012), travail du dimanche, remise en cause du système d’assurance maladie, retour de la TVA dite « sociale », remise en cause du CDI, casse de la fonction publique, démantèlement des conventions collectives en instaurant des accords par entreprises… Les 7, 9 et 10 janvier devraient se finaliser les premiers projets.
La première des réformes prévue est celle du marché de travail qui vise à mettre en place un CDD à durée… indéterminée ! Le Medef, soucieux d’allonger la période d’essai pour les salariés, a parlé d’inventer un « contrat de projet » dont la durée serait limitée… à la réalisation de son objectif ! On prend et on jette. Mais, magie de Noël, le licenciement (sans indemnités) serait désormais appelé « rupture à l’amiable ».
Mais devant le sapin, étaient aussi conviées la CGT, la CFDT, FO, la CFTC, la CFE-CGC. Pour distribuer ses cadeaux, le père Noël a besoin d’être traîné par des rennes. C’est ce que patronat et gouvernement appellent la « modernisation du dialogue social » : l’« alignement » des appareils syndicaux, en échange de quelques avantages en matière de représentativité et de financement. Sarkozy se flatte d’obtenir pour ses réformes ou celles de ses amis patrons l’aval du syndicat majoritaire – souvent la CGT ou la CFDT, d’aller toujours plus loin dans le sens de la transformation des appareils syndicaux en organismes de cogestion des diverses réformes.
Ce qui n’empêchera pas un patron de s’asseoir sur des choix syndicaux ou de leur forcer la main, comme à l’usine de pneus Continental de Sarreguemines tout récemment, où malgré le veto de l’intersyndicale, la direction a obtenu des salariés consultés par référendum le retour aux 40 heures, à force d’un énorme chantage au gel des investissements et des embauches, à la suppression de la prime de groupe et à terme à la fermeture du site. Accord baptisé « donnant-gagnant » que les syndicats ont ensuite signé.
Si le gouvernement et le patronat cherchent l’aval des directions syndicales, c’est qu’ils ont quelques craintes. A juste titre. Sarkozy a affirmé récemment « qu’il faut que les entreprises se soucient des salaires de tous et pas seulement des stocks-options de quelques-uns ». Lui et ses ministres ont gardé en tête la colère qui s’est exprimée dans une série de grèves sur les salaires. Ils ont toujours sur la patate les grèves de novembre qui ont dépassé les consignes syndicales et ont menacé de s’étende à d’autres secteurs. Mais les fédérations cheminotes, comme les fédérations de fonctionnaires ont savamment organisé la dispersion des journées de grève. Savamment ignoré les étudiants qui, de leur côté et à leur façon, ont exprimé l’aspiration à un « tous ensemble » pour faire reculer le gouvernement sur ses projets.
Journées de mobilisations éclatées, sectorielles, refus de faire la jonction entre la réforme des régimes spéciaux et celle des pensions générales, acceptation de négociations séparées à la SNCF, la RATP et GDF, arrêt de la grève sous prétexte de négociations : si le pire scénario pour le gouvernement et le patronat a pu être évité, ils peuvent en remercier les principales organisations syndicales.
Ces leçons de novembre peuvent, si nous le voulons, être le ferment de nos victoires de demain. Dès janvier 2008, à nous tous, dans les entreprises, les quartiers, les syndicats, de préparer la riposte contre les diverses réformes qui s’annoncent, en décortiquant leur contenu, en nous adressant à d’autres pour organiser le futur et nécessaire bras de fer.
Le 24 janvier, la fonction publique est appelée à se mettre en grève, une journée qui peut, parmi d’autres, servir de relais pour préparer des suites, si nous en faisons notre affaire. Douce utopie ? Moins sûrement que de croire au père Noël…
Clara SOLDINI
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