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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 112, mars-avril 2017 > Présidentielle 2017 : Philippe Poutou, candidat ouvrier

Présidentielle 2017 : Philippe Poutou, candidat ouvrier

Ni libre-échangistes, ni protectionnistes : Internationalistes !

Mis en ligne le 5 avril 2017 Convergences Politique

Le protectionnisme a le vent en poupe ces temps-ci : après le Brexit anglais et l’élection de Trump aux États-Unis qui dit vouloir remettre en cause les accords de libre-échange, le sujet s’invite dans la campagne présidentielle française. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen défendent leur version d’un protectionnisme, « solidaire » pour l’un, « intelligent » pour l’autre, mais, au final, taillé pour défendre les capitalistes français de la méchante mondialisation. Fillon et Macron se disent pour le libre-échange mais avec des bémols, et Hamon reste au milieu du gué.

En fait tous ces « gros candidats » critiquent, en s’adaptant aux préjugés de leur clientèle électorale, la concurrence, qui serait déloyale, exercée, à l’intérieur de l’Europe ou ailleurs, par les pays où les patrons peuvent exploiter une main-d’œuvre moins coûteuse et polluer l’environnement avec moins de soucis qu’en France.

Rapatrier la production dans son pays : un argument à double tranchant !

On ne les entend pas protester en revanche quand les patrons étrangers... délocalisent pour venir en France exploiter une main-d’œuvre bien formée et flexible. Au contraire, on leur déroule le tapis rouge à coups de subventions pour qu’ils puissent profiter de ‘nos’ infrastructure publiques, financées par ‘nos’ impôts. D’ailleurs, les partisans d’un protectionnisme, même ciblé, font mine de ne pas se rendre compte que les autres pays (le reste de l’UE, la Chine, les États-Unis par exemple) peuvent riposter de la même manière en rapatriant chez eux les usines de leurs groupes nationaux implantées hors de leur territoire national ou en dressant à leur tour des barrières douanières. Le site de la revue patronale Challenge indiquait, en mars 2016 : «  « Les entreprises étrangères irriguent vraiment le tissu économique français », a insisté Muriel Pénicaud [1]. Au total, elles emploient 12 % des effectifs salariés dans l’Hexagone et contribuent à hauteur de 19 % au chiffre d’affaires de l’économie française. » Et, quand on passe à l’industrie, c’est un salarié sur deux qui, en France, travaille dans une entreprise ‘étrangère’ !

Pendant que les uns expliquent qu’il faut se soumettre à la concurrence internationale, et s’aligner par le bas vers les pays plus pauvres « pour être compétitifs », les autres préconisent de relever les barrières douanières, pour que l’exploitation des travailleurs reste « made in France ». Dans un cas comme dans l’autre, il ne s’agit pour le patronat, français comme étranger, que de choisir comment il compte exploiter les travailleurs ici ou là-bas.

Derrière le protectionnisme : guerre commerciale, nationalisme et xénophobie...

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le développement des échanges internationaux plus ou moins libres a été le credo sur lequel se sont construites les relations internationales. Il faut dire que le promoteur de cette ‘mondialisation’, les États-Unis, ont été largement gagnants. La seule fois où ils ont eu le sentiment d’y perdre, au début des années 1970, les mesures de rétorsion qu’ils ont prises (dévaluation dite « compétitive » du dollar), ont été suivies peu après par la première récession depuis la fin de la guerre... Depuis, le capitalisme a renoué avec les crises périodiques qui le caractérisent.

Personne ne peut dire aujourd’hui si les accents patriotiques, protectionnistes et xénophobes de Trump outre-Atlantique ne sont que discours démagogiques ou bien s’ils traduisent réellement un choix de la part de fractions significatives de la bourgeoisie américaine, qui remettrait ainsi en cause le cadre actuel des échanges internationaux. L’avenir le dira quand on connaîtra les mesures effectives qui seront prises par l’administration américaine. Pour l’instant, ce qu’on voit plutôt, c’est la fronde de pans entiers de l’appareil d’État qui ont mis en échec les mesures les plus xénophobes de Trump. Mais cela peut ne pas durer.

En attendant, les grandes entreprises représentent toujours l’essentiel du commerce international ; aucun marché « national » ne peut leur suffire. Les françaises comme les autres. Un repli sur les frontières nationales engendrerait une intensification de la guerre commerciale.

C’est d’ailleurs la situation qu’a connue l’Europe, puis le monde entier, dans les années 1930 et la guerre commerciale a débouché sur une guerre tout court.

Nous n’en sommes certes pas là mais le temps des affrontements n’est jamais bien loin quand les politiciens se mettent à promouvoir un nationalisme aux accents toujours guerriers...

La meilleure exportation : celle des luttes !

Car, au bout du compte, l’argument du protectionnisme est, pour les politiciens, avant tout l’occasion d’instiller le poison du nationalisme et de la xénophobie. C’est évidemment vrai de Le Pen, qui ne cesse de prôner « la préférence nationale » pour légaliser la discrimination envers les étrangers, mais c’est même vrai de Mélenchon quand il s’en prend au travailleur détaché polonais ou roumain qui selon lui, « vole son pain aux travailleurs qui se trouvent sur place ». Ces gens-là préfèrent s’en prendre aux travailleurs des autres pays plutôt qu’à leur patron ou à leur gouvernement qui organise le dumping social.

Au contraire, nous refusons la mise en concurrence des travailleurs entre eux. C’est en construisant la solidarité par-delà les frontières que nous mettrons en échec les capitalistes. Nous ne pleurons pas Renault qui va produire en Roumanie ou en Turquie des voitures revendues en France : nous nous réjouissons au contraire quand les ouvriers de Dacia en Roumanie, ou ceux de Bursa en Turquie mènent des grèves pour des hausses de salaires. La mondialisation a créé des liens multiples entre les travailleurs de tous les pays et leur a donné un ennemi commun. Pendant que nous nous battions en France contre la loi Travail, les travailleurs belges et italiens en faisaient autant contre leur loi Travail à eux, hélas sans que nos luttes soient coordonnées !

Même si le « néo-libéralisme » est la doctrine actuelle de la classe capitaliste, le repli sur des frontières est une fausse protection. Un internationalisme, construit dans la lutte de classe, voilà la réponse à opposer à l’offensive capitaliste.

Nous retrouverons le chemin de la victoire quand nous réussirons dans l’import-export de nos luttes aussi facilement que les capitalistes exportent leurs capitaux !

Marianne SYZKO


[1À tout hasard, Muriel Pénicaud est une des ‘grandes’ businesswomen françaises, depuis 2015 directrice générale de Business France, agence nationale au service de l’internationalisation de l’économie française.

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