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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 41, septembre-octobre 2005 > DOSSIER : L’impérialisme français en crise ?

DOSSIER : L’impérialisme français en crise ?

Vers un impérialisme européen ?

Mis en ligne le 20 septembre 2005 Convergences Monde

L’impérialisme français pourrait-il se fondre à terme dans un super État européen, susceptible de faire contrepoids à l’hégémonie américaine actuelle ? Les gouvernements français peuvent-ils renoncer peu à peu à leur souveraineté et à une politique (et des moyens) autonomes afin que les grands trusts français, les banques, les grands détenteurs de capitaux puissent s’appuyer sur un État européen, plus à même de défendre finalement les intérêts d’une bourgeoisie européenne ?

Remarquons, au passage, que ce soi-disant contrepoids aux États-Unis, loin de promouvoir un monde plus juste et plus pacifique, aurait forcément pour fonction de défendre les intérêts des grandes entreprises européennes qui pillent tout autant la planète, et on voit mal en quoi cela pourrait profiter aux populations de cette planète, bien au contraire ! Après tout les populations africaines sont bien placées pour savoir à quel point les rivalités entre la France et les États-Unis pour contrôler les richesses et les marchés du continent ont engendré coups d’État, massacres et dictatures (et même un génocide, au Rwanda).

Réticences

Mais pour l’instant, on ne voit pas nos bourgeois européens et leurs politiciens prendre le chemin d’un État européen ! C’est qu’au-delà de la nécessité commune de mettre des moyens politiques en commun face au reste du monde, ils ont beaucoup d’intérêts contradictoires. C’est de toute façon l’interpénétration (de marchandises, de capitaux, d’investissements...) de toutes les économies des pays riches qui n’a cessé de se développer depuis quelques décennies. Cette interpénétration est sans doute plus développée à l’échelle européenne, mais pas au point (ou pas encore) pour qu’on puisse affirmer qu’une sorte de « bourgeoisie européenne » est à coup sûr en voie de formation.

De l’autre côté on voit mal aussi un certain nombre de groupes français renoncer à leur État national, cette béquille toujours indispensable pour les subventionner, leur garantir des commandes, ou défendre leurs contrats ou leurs chasses gardées à l’étranger.

Et pourtant...

Peut-on affirmer pour autant qu’il n’y aura pas d’État européen, sous le capitalisme ?

Ce qui est sûr en tout cas c’est que l’obstacle à une unification plus profonde de l’Europe bourgeoise, ce n’est certainement pas les préjugés des peuples, ou même leur attachement à leur « identité ». Même l’épisode du récent référendum en France l’a montré. Pour arracher un vote non à la constitution européenne il a fallu qu’une partie des prétendus politiciens pro-européens eux-mêmes joignent leurs voix à celle des réactionnaires nationalistes et contribuent à réchauffer les préjugés franchouillards.

Les États qui existent aujourd’hui en Europe sont l’héritage de siècles d’histoire et leurs traits, à commencer par leurs frontières, datent de bien avant l’avènement de la bourgeoisie au pouvoir. Or c’est justement, parfois, autour du cadre donné par un État, tout droit sorti du féodalisme, ou né d’un quelconque épisode diplomatique ou militaire (comme au XIXe siècle les unifications allemande et italienne, ou la création assez artificielle de la Belgique en 1830 !), qu’une bourgeoisie nationale s’est cristallisée et a formé des intérêts politiques plus ou moins communs. L’histoire ne nous apprend pas que les États tels qu’ils existent aujourd’hui sont tout simplement sortis de bourgeoisies nationales « unifiées » et « homo¬gè¬nes » au préalable ! Les États qui se sont mis au service des bourgeoisies nationales ont été aussi des cadres qui ont donné forme à ces bourgeoisies.

Pourquoi devrait-on exclure alors, dans des circonstances nouvelles dont l’histoire a parfois le secret, l’émergence un jour d’un État européen, qui ne serait pas simplement le produit de l’homogénéisation préalable des intérêts d’une bourgeoisie européenne, mais qui serait un moule dans laquelle celle-ci pourrait se fondre ? Après tout, ne serait-ce que la constitution d’une monnaie commune comme l’euro, avec toutes les limites évoquées, peut contribuer à cristalliser des intérêts capitalistes « européens », en cas de « guerre monétaire » par exemple...

Mais pas pour demain

Aujourd’hui, cependant, la construction d’un véritable État européen semble plutôt reportée à la Saint-glinglin ! Les chefs d’État européens, qui lors du dernier sommet de juin se sont empaillés autour de leurs contributions financières respectives, Chirac et Blair s’envoyant à la figure le « rabais britannique » et le gouffre de la PAC, sont d’accord sur une chose : le budget propre de l’UE doit continuer de tourner autour de 1 % du PIB européen, chiffre en fait assez dérisoire ! On est loin du budget d’un embryon de futur État (les vrais États européens pour leur part dépensent de 40 à 50 % de leur PIB national).

Mais si pour l’instant l’Europe capitaliste en reste là, c’est peut-être pour une raison toute simple : les bourgeoisies européennes n’ont pas actuellement besoin de plus. Ne serait-ce que parce que les États-Unis les dominent sans les empêcher de prospérer.

L’Europe reste donc un manteau de circonstance que l’impérialisme français peut utiliser pour s’élargir les épaules.

B. R.

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