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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 10, juillet-août 2000 > DOSSIER : L’immigration, un problème ?

DOSSIER : L’immigration, un problème ?

Une seule solution : l’égalité des droits !

Mis en ligne le 1er août 2000 Convergences Politique

Les idées inspiratrices de la Déclaration des droits de l’Homme se basent sur « les droits de l’homme (…) de tout temps et dans tous les pays ». Elles insistent sur le fait qu’« il ne s’agit pas de faire une déclaration des droits seulement pour la France mais pour l’homme en général ». Pourtant il n’est pas toujours bon d’être étranger dans cette « douce France ».

L’universalité prétendue a été rompue dès que « l’étranger » a commencé à avoir un statut à part par rapport aux « nationaux de souche ». Cette différenciation a déterminé et dicté par la suite les inégalités d’accès aux droits les plus fondamentaux, tels l’emploi, la santé, le logement, la justice, l’école.

D’abord la liberté de circuler

L’exemple des droits civiques, notamment du droit de vote aux élections « politiques », est éloquent. Non seulement, les immigrés n’ont pas les mêmes droits que les Français, mais ils sont de surcroît hiérarchisés entre eux. Les bons sont ceux originaires de l’Union européenne, qui dès 2001 pourront voter aux élections municipales et européennes. Les mauvais, ce sont les autres, ceux qui subissent les politiques des gouvernements, qui payent des impôts, des cotisations sociales, qui produisent et consomment sur le territoire, mais qui ne peuvent s’exprimer lors des élections car ils n’ont le droit ni de vote, ni d’éligibilité.

L’inégalité la plus criante, et la plus banalisée dans les discours officiels, est l’interdiction d’établissement des individus là où ils veulent. Pourtant, la liberté de circulation et d’installation est un droit inaliénable des êtres humains. Or, tout type « d’incursion » sur le territoire français est réglementé : pour chaque cas de figure, un titre de séjour spécifique est donné. Il existe ainsi différentes catégories : la carte de résident, la carte de séjour temporaire avec la motion « visiteur », « étudiant », « salarié », « scientifique » et la carte « retraité ». L’immigré, qu’il soit réfugié politique ou économique, est couramment suspecté et constamment contrôlé, et risque l’expulsion. Ceux qui ne correspondent aux critères d’obtention tombent dans l’illégalité et deviennent de cette façon des êtres sans aucun droit.

L’égalité des droits commence par la liberté de circuler et de s’installer dans n’importe quel coin du globe. La seule solution, c’est de lutter contre l’Europe forteresse qui impose la fermeture des frontières, mesure dissuasive et discriminatoire qui nie l’oppression des pays dominés par ceux qui les ont colonisés. Rien ne justifie aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation, que tout circule librement, sauf les êtres humains !

Egalité affichée, inégalités de fait !

On objecte souvent à ce principe d’égalité, la notion d’intégration. Il faudrait être « intégré » pour bénéficier des mêmes droits, ou mieux, il suffirait de devenir français, en demandant d’être naturalisé. Il n’est pas rare d’entendre ces discours dans la bouche de ceux qui réclament la fermeté dans le contrôle de l’immigration, voire tiennent des propos racistes. L’immigré « intégrable » serait portugais ou italien catholique (du moins maintenant car il y a quelques décennies ceux-là mêmes étaient jugés indésirables), pour les opposer à l’Africain musulman.

Mais à droite, comme à gauche, le discours officiel sur le « modèle républicain d’intégration à la française » cache, sous le prétexte de cette exigence d’assimilation aux normes culturelles dominantes, le refus de l’égalité. Car l’égalité des droits n’est pas équivalente à l’assimilation. Elle est basée sur le respect de la différence, pas sur la volonté d’imposer un prétendu modèle social et culturel français.

Pourquoi la femme immigrée d’une famille polygame ne pourrait-elle être « intégrable »... et surtout encore moins régularisable ? Qui ne voit que c’est un prétexte ? En effet qu’elles soient femme de polygame, femme séparée, femme divorcée, femme répudiée ou femme célibataire, toutes ont des difficultés pour être régularisées. Et c’est de plus une hypocrisie. Car il ne s’agit en aucun cas de favoriser l’émancipation des femmes, qui rejetées dans la clandestinité, sont encore plus dépendantes de leur mari.

Défendre l’égalité des droits comporte une dimension non seulement universaliste mais aussi évolutive. Car c’est en améliorant les conditions de vie et les droits de l’ensemble des travailleurs, quelque soient leurs origines, que l’on unifiera les intérêts de tous et toutes.

Aujourd’hui, revendiquer les mêmes droits pour tous et toutes n’est pas une question anodine. C’est s’opposer à une logique répandue dans le monde entier de division des individus selon leurs origines. Les étrangers font les frais d’un système qui engendre des inégalités sociales, ils sont les boucs émissaires désignés comme responsables des maux dont souffre la société. Par là, pour le patronat, ils représentent une aubaine en terme d’économies en coût du travail, ils sont corvéables à merci et leurs salaires plus bas que ceux des nationaux. La politique patronale permet d’appliquer auprès des immigrés les mesures les plus précaires qui sont ensuite étendues à l’ensemble des salariés, et elle favorise les divisions entre Français et immigrés. Défendre l’égalité des droits, c’est donc lutter contre cette division, c’est affirmer que les intérêts des immigrés et des Français sont communs.

Julia BRAZ et Sandra ILIA

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