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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 86, mars-avril 2013 > DOSSIER : Guerre au Mali

DOSSIER : Guerre au Mali

Un moindre mal ?

Mis en ligne le 18 mars 2013 Convergences Monde

C’est la guerre au Mali. Tout baigne, si l’on en croit le gouvernement de Hollande, si ce n’est ces quatre morts dans les rangs des 4 000 soldats de l’armée française. Les morts dans l’armée tchadienne ? Les morts dans l’armée malienne ? Combien ? Et, du côté des civils, dans le nord du Mali comme dans le sud ? Combien de victimes de bombardements ou de règlements de compte, combien de déplacés et de réfugiés ? Quelles conditions générales de vie au Mali, pour les plus pauvres, y compris dans le sud ? Là-dessus, le gouvernement français « ne souhaite pas communiquer » comme on dit aujourd’hui ! Les médias ont été invités à consacrer leurs reportages aux djihadistes coupeurs de main ou violeurs de femmes qui sévissaient dans le nord, avant que l’armée française ne vienne en libérer les populations, ou plutôt faire en sorte que lesdits djihadistes ne soient plus visibles en ville ou se retranchent dans les rocailles du désert. Car le but affiché de la France, c’est la lutte contre le terrorisme islamiste. Elle marquerait des points ! Pas de chance que des terroristes arrêtés dans les montagnes du Mali soient des… Français !

Certes cette intervention militaire française a été ressentie comme un soulagement pour des Maliens de milieu populaire, dont des travailleurs immigrés ici, qui craignaient pour le sort de leurs femmes et enfants là-bas. Un « moindre mal » en quelque sorte. Raisonnement avancé aussi, avec cette fois des arguments crasses, par la gauche, voire gauche de la gauche petite-bourgeoise française, qui des Verts au Parti communiste en passant par Mélenchon moins tonitruant que de coutume, soutient cette intervention militaire à visées pourtant impérialistes. Vues la défaillance de ce pauvre Mali (mais pourquoi et à qui la faute ?), il fallait bien une main à poigne ! Et certains d’évoquer la Seconde Guerre Mondiale qui aurait vu l’armée américaine délivrer la pauvre Europe de Hitler – démocratie contre fascisme.

Le sujet n’est pas celui d’aujourd’hui… encore que c’est toujours la prétendue alternative entre la peste ou le choléra. Mieux vaut la guerre que les islamistes. Mieux vaut la baisse de salaire que le chômage. Toujours le « choix » entre deux maux pour les travailleurs et les plus pauvres, tandis que les riches et les puissants préservent la santé de leurs capitaux et profits !

Aujourd’hui c’est pourtant bel et bien la peste de l’offensive économique et militaire des puissances impérialistes contre les peuples, de l’Irak à l’Afghanistan en passant par le cœur des métropoles impérialistes elles-mêmes où les classes populaires sont pressurées, qui transmet tous les choléras – car il n’est pas qu’islamiste. Le danger fasciste à l’européenne plane toujours. Car c’est d’abord la misère que ce système d’exploitation engendre et approfondit avec la crise mondiale qui en est le terreau. D’où ce mensonge de prétendre batailler contre une mauvaise herbe que le système lui-même rend vivace. Combien de vocations de jeunes terroristes un tel conflit peut-il faire naître ? Et pourquoi ces dirigeants français qui parlent de bonheur des peuples n’ont-ils jamais imaginé mobiliser ce qu’ils alignent aujourd’hui de soldats, matériel militaire et fric, à améliorer le sort des populations africaines – ce qui ne serait que juste retour des spoliations coloniales et de l’exploitation impérialiste qui perdure ?

Il n’y a pas d’issue pour les travailleurs et les peuples que de s’organiser eux-mêmes pour en finir avec un système d’exploitation inique et meurtrier, pas de solution que de s’en prendre eux-mêmes aux racines du problème. Pas de sauveur suprême, ni Dieu ni César… disent les paroles toujours actuelles de l’Internationale. Ceux qui dénoncent aujourd’hui les visées impérialistes de cette guerre et ses incontrôlables dégâts à venir sont peu nombreux. Ils se recrutent dans les rangs de l’extrême gauche et de courants qui dénoncent les méfaits de la Françafrique. Mais ce ne serait pas la première fois qu’une guerre fraîche et joyeuse tourne à la prise de conscience voire à la révolte, pour la circonstance parmi des travailleurs et jeunes de France et du Mali.

9 mars 2013

Michelle VERDIER

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Numéro 86, mars-avril 2013