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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 1, janvier-février 1999 > DOSSIER : Loi Aubry, le piège

DOSSIER : Loi Aubry, le piège

Travailler tous, travailler moins !

Mis en ligne le 1er février 1999 Convergences Politique

« Camarade soleil, tu ne trouves pas que c’est un peu con de donner une journée pareille à un patron » ( Prévert)

Significative est l’absence de mobilisations pour l’application « positive » de la loi Aubry d’incitation à la réduction du temps de travail. Pourtant le gouvernement, le Ministère du Travail et les centrales syndicales se démènent pour en convaincre les travailleurs. En pratique, les seules luttes liées à la Loi Aubry sont celles qui s’opposent à la mise en place de la flexibilité et à l’utilisation par les patrons des avantages qu’ils tirent de ce texte.

Est-ce à dire que la revendication traditionnelle du mouvement ouvrier de réduction du temps de travail n’est plus d’actualité ? Cette question est pourtant directement au cœur du rapport de forces entre les classes. Travailler moins pour le même salaire est un moyen très important de réduire la pression de l’exploitation. Autrement dit : « c’est toujours ça que les patrons n’auront pas ».

D’autre part l’emploi est sans doute la préoccupation la mieux partagée dans la classe ouvrière. Elle apparaît évidemment du côté des chômeurs dont les luttes recueillent un écho et une sympathie très larges, des salariés en lutte contre les licenciements et les fermetures d’entreprises. Mais phénomène plus récent, ces derniers mois ce sont les grèves pour refuser la précarité, pour imposer des embauches : SNCF, poste, RATP, transports urbains, etc. Dans ce que les médias appellent les « secteurs protégés », ces travailleurs se mobilisent pour améliorer leurs conditions de travail, mais aussi pour permettre aux chômeurs, aux jeunes de trouver un boulot. Ces luttes ne se produisent pas qu’en France : la grève de UPS aux Etats-Unis de l’an dernier était elle aussi centrée sur ces questions.

C’est toute la société qu’il faut changer

Il y a plusieurs raisons à l’absence de mobilisation pour la réduction du temps de travail. Parmi celles-ci le dévoiement de l’idée même de réduction du temps de travail, notamment par les gouvernements de gauche n’est sans doute pas négligeable. La conscience largement répandue chez les travailleurs que pour arracher une réduction du temps de travail il faudrait une mobilisation interprofessionnelle extrêmement puissante, plus forte même qu’en novembre-décembre 1995 n’incite pas non plus à engager la lutte sur ce terrain dans une entreprise, ni même dans une branche. Et comme du côté des confédérations il n’y a rien à attendre pour l’organisation d’une grève générale...

Mais la raison la plus profonde est sans doute liée à l’absence d’un projet politique exprimant la capacité de la classe ouvrière à apporter ses propres réponses. C’est de la responsabilité des révolutionnaires de défendre des exigences qui soient porteuses d’espoir, de raisons de se battre, qui dessinent une autre société.

Mettre fin au chômage

Pour les défenseurs de l’ordre capitaliste, qu’ils soient de droite ou de gauche, il faut que la main invisible du marché offre plus de travail et ainsi résolve la question . Leur credo c’est : « les profits d’aujourd’hui feront les emplois de demain ». Pourtant les profits augmentent et les emplois diminuent car les évolutions techniques qui permettent de produire plus avec moins de main-d’œuvre ont été utilisées par les patrons à leur profit quasi exclusif. Depuis le début du siècle les luttes ouvrières ont un peu limité cet effet : si on travaillait autant qu’en 1920, il y aurait deux fois plus de chômeurs : la semaine de 40 heures, les congés payés ont réussi à réduire la part des progrès de la société volée par les patrons.

Pour nous la productivité, la modernisation doivent profiter à tous en permettant à tous de travailler moins. Pour éliminer le chômage, la précarité, l’exclusion, pour en finir avec la division qui affaiblit le camp des opprimés, il faut imposer une réduction massive, immédiate du temps de travail, sans perte de salaire, avec embauches correspondantes : pour les 32 heures, les 30 heures avec des chômeurs pour occuper les postes vacants.

Pour abolir définitivement le chômage, en finir avec une situation où ceux qui sont sans emploi galèrent, et ceux qui en ont un sont soumis à un chantage permanent, il faut imposer la revendication de l’échelle mobile des heures de travail. Tant qu’il y a un chômeur, on baisse le temps de travail sous le contrôle des travailleurs qui décident comment on embauche et on travaille.

Bien sûr les patrons ne voudront pas se laisser faire. On sait bien que les patrons cherchent toujours à récupérer ce qu’ils sont obligés parfois de lâcher. Pour eux la gestion de stocks est plus importante que la vie de millions de travailleurs. Pour eux il faut adapter les hommes, le travail des hommes aux besoins des profits.

Mais c’est seulement en imposant les besoins de l’immense majorité de la population, de la classe ouvrière, aux capitalistes, qu’on peut résoudre les problèmes de la société.

Vivre librement

Réduire le temps de travail c’est aussi permettre aux travailleurs de pouvoir disposer de leur temps. Pour les possédants, les travailleurs ne servent qu’à fournir du profit, leurs besoins personnels n’entrant en ligne de compte que pour acheter et être capables de travailler selon les critères fixés par les patrons.

Vivre librement c’est décider de la façon dont on organise sa vie, entre le travail et les loisirs, c’est décider comment on répartit entre les individus, notamment les hommes et les femmes les diverses tâches et responsabilités de la vie en commun, c’est avoir le temps de se préoccuper de l’organisation de la société, de déterminer les choix sociaux les plus adaptés aux besoins effectifs de la majorité de la population.

Nous voulons construire une société égalitaire qui devra remettre en cause le partage traditionnel du travail dans la société, casser le système qui différencie les décideurs qui doivent avoir du temps pour penser et des moyens pour diriger et les exploités et opprimés qui n’ont que leur vie à perdre pour la gagner et aussi briser la répartition sexuée du travail entre les hommes et les femmes, dans laquelle les femmes sont rejetées dans la fonction « domestique » même quand elles travaillent pendant que les hommes assurent la représentation sociale.

Construire une société égalitaire, c’est permettre à chacun et à tous d’avoir les moyens de choix globaux.

Frida FUEGO et Charles PAZ

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