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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 6, novembre-décembre 1999

Tracer la voie d’une mobilisation contre le patronat et le gouvernement

Mis en ligne le 1er décembre 1999 Convergences Politique

Mois après mois, le gouvernement Jospin montre son application à construire une politique correspondant aux objectifs essentiels du patronat. Loin de remettre en cause le pouvoir exclusif que ce dernier détient dans la société, la gauche accompagne les impératifs de baisse des coûts et de flexibilité du travail. La loi Aubry comme la continuation du plan Juppé dans la santé, la perspective de « l’épargne salariale » comme le développement de la précarité sont les pièces d’une même politique. Le Parti socialiste prétend jouer un rôle social en mettant en avant une petite baisse du chômage, où ce résultat n’est obtenu qu’en développant les contrats précaires.

Depuis cet été, face aux attaques du patronat et du gouvernement, se succèdent des luttes partielles, isolées : contre des fermetures d’hôpitaux dans beaucoup de localités, contre des accords scélérats résultant de la loi Aubry.

Soi-disant détenteur du pouvoir politique, Jospin, face aux suppressions d’emplois chez Michelin avoue que son pouvoir s’arrête là où commence celui des patrons, maîtres de l’emploi et des licenciements.

Mais sur tout cela, les directions syndicales ont fermement décidé de mettre l’éteignoir. Depuis septembre aucune confédération n’a proposé de mobilisation contre les attaques subies, pouvant faire le lien entre des ripostes éclatées. Comme si, finalement les syndicats ouvriers ne trouvaient rien à redire à la politique de Jospin et qu’ils le considéraient comme un rempart contre les appétits du MEDEF. Et ce n’est pas la petite journée d’action du 4 octobre qui aura sorti la CGT de sa léthargie : juste de quoi montrer qu’elle « faisait quelque chose » à la veille de la discussion de la deuxième loi Aubry. Car un grand nombre de syndiqués et de salariés ont déjà goûté aux mauvais coups de la première et redoutaient à juste titre la seconde. Mais un mois après, qui se souvient de cette journée et de ses maigres cortèges, rassemblant le plus souvent des délégués en l’absence de mot d’ordre de grève ?

L’initiative du PCF

Le PCF, quant à lui, a su saisir l’occasion pour proposer une initiative politique.

La direction du PCF est dans une situation difficile. Allié du PS dans un gouvernement qui porte ses coups contre les salariés, réduit électoralement, et apparaissant sur certains points moins critique que les Verts, le PCF mécontente profondément ses propres militants et sympathisants. La triste perspective des élections municipales de 2001, où il n’a d’autres choix que des listes d’union avec le PS, limite encore plus ses marges de manœuvre.

Poussé par une réelle pression de ses propres rangs, sentant le besoin de prendre une initiative pour desserrer un peu l’étau, Robert Hue a proposé la manifestation du 16 octobre.

La contradiction pour lui était évidente dès le départ : il savait évidemment qu’il lui faudrait voter la loi Aubry et qu’il ne pourrait pas s’opposer à la loi de financement de la Sécurité sociale. Et finalement le but du 16 octobre n’était pas pour lui d’en faire le point de départ d’une mobilisation sociale et politique, même contre le seul patronat, mais de mettre un peu d’onguent contestataire sur un parti écorché vif par une telle soumission à la social-démocratie, en donnant l’occasion à ses militants de manifester leur rancœur et leurs exigences, en montrant qu’il n’était pas pieds et poings liés au PS, qu’il pouvait encore descendre dans la rue tout en votant avec les autres partis soutenant le gouvernement à l’Assemblée. Il était évident que le PCF n’avait pas l’intention de mettre en route une mobilisation sociale, mais de faire une démonstration politique.

La réponse de l’extrême-gauche

En fait, la manifestation du 16 a été la première occasion pour l’extrême gauche de vraiment faire parler d’elle depuis les élections européennes.

LO et la LCR n’ont évidemment pas les forces d’organiser elles-mêmes une manifestation nationale contre le chômage qui ait quelque crédibilité. Par contre elles avaient celles de prolonger l’action politique menée au printemps dernier par une campagne qui reprenne les axes du plan d’urgence, notamment l’exigence de l’interdiction des licenciements, ou encore le refus de la loi Aubry. Cette campagne, qui aurait pu se traduire par des meetings communs dans les principales villes, des rencontres de militants prêts à reprendre ces revendications, aurait montré largement que l’extrême gauche avait une autre politique à proposer aux travailleurs que celle menée par la gauche gouvernementale et des objectifs concrets de mobilisation à proposer à l’ensemble du mouvement ouvrier. Ceci n’ayant pas eu lieu, la première initiative politique de l’extrême gauche n’a pas été de son fait, mais une réponse à l’initiative du PCF.

L’extrême-gauche devait répondre présent. Mais parce qu’il s’agissait moins d’une mobilisation sociale que d’un rassemblement large de militants et de sympathisants, l’essentiel, outre le succès numérique de la manifestation devenait son objectif politique.

De ce point de vue, le texte d’appel était particulièrement creux. Non seulement il se gardait bien de mettre en cause le gouvernement dans sa politique de l’emploi, mais il ne fixait aucune revendication claire sur le refus de la loi Aubry, ni l’interdiction des licenciements. Même si cela n’avait que peu de conséquence, il n’était vraiment pas utile que LO et la LCR y apportent leur caution en y apposant leurs signatures. D’autant plus que l’intérêt du PCF est aussi de montrer non seulement qu’il est le porte-parole du « mouvement populaire », mais aussi que l’extrême-gauche ne propose pas réellement d’alternative à sa politique.

Le rôle de l’extrême gauche le 16 octobre était de saisir l’occasion de s’adresser aux militants et sympathisants du PC, et plus largement à tous les travailleurs qui pourraient, aujourd’hui ou demain, se joindre à une mobilisation large contre les coups du patronat et du gouvernement, pour proposer ses propres réponses politiques, une autre orientation que celle du PCF.

Il ne suffit pas que le PCF appelle à manifester pour que cela déclenche un climat de confiance et de mobilisation. Surtout lorsque celui-ci ne donne en fait aucun but concret à la mobilisation.

Il fallait donc qu’il y ait le 16 octobre une manifestation, mais deux politiques, et que cela apparaisse haut et fort.

Le nombre de militants et sympathisants rassemblés autour de l’extrême gauche, et notamment de LO, prouvait son existence politique et militante au-delà des simples résultats électoraux. La présence d’une banderole commune pour exiger l’interdiction des licenciements traçait l’axe d’une autre politique. Mais, finalement, la LCR et LO apparaissaient plus dans cette manifestation chacune pour son propre compte et pour affirmer sa capacité de mobilisation que pour avancer ensemble les éléments d’une autre politique.

Il ne sert à rien de dire que ce jour-là un front unique a été réalisé car il n’y avait pas d’exigence commune portée à la fois par le PCF et l’extrême gauche. Il ne sert à rien non plus de féliciter le PCF pour ses capacités de mobilisation car c’est lui faire largement cadeau de sa manœuvre politique de manifester le 16 octobre pour voter le 19 la loi Aubry.

Et après le 16 octobre ?

Le 16 octobre a montré que, même à une petite échelle, il existe en France un potentiel militant, prêt à se mobiliser pour les intérêts des travailleurs, et en particulier contre les licenciements et la précarité. Et au-delà des manifestants, bien des travailleurs sont révoltés par la dégradation de leurs conditions de vie. Mais ceux-là se sentent désarmés du fait de la participation pleine et entière de leurs organisations à cette politique gouvernementale. Les syndicats signent massivement des accords sur les 35 heures et les partis de la gauche votent la deuxième loi Aubry.

Nous pouvons prendre appui sur les nouvelles propositions d’initiatives faites par le PCF autour du 11 décembre, en nous disant prêts à agir ensemble autour d’exigences concrètes : contre les lois Aubry et pour l’interdiction des licenciements, contre la prolongation du plan Juppé.

Nous devons proposer partout à tous les militants ou travailleurs combatifs qui le souhaitent de se rencontrer, pour envisager ensemble ce que pourraient être les axes de la mobilisation générale qui apparaît indispensable aujourd’hui, proposer autre chose que de vagues promenades « pour l’emploi » un jour, suivie le surlendemain par le vote de lois anti-ouvrières.

Si le PCF refuse de mettre en avant des exigences concrètes, qui soit un réel point d’appui pour les luttes éclatées qui se mènent face aux 35h ou aux suppressions d’emplois, cela ne nous coupera pas pour autant des militants du PCF, mais fera ressortir la duplicité de dirigeants qui ne sont prêts à manifester que si cela n’a aucune conséquence sur la politique du gouvernement.

Dans tous les cas, il est de la responsabilité des révolutionnaires, de LO et de la LCR, de faire entendre plus fort leurs propres exigences, de mettre directement en cause la politique d’un gouvernement qui de la loi Aubry aux fonds de pension met en œuvre consciemment les exigences patronales.

Le 6 novembre 1999

Laurent CARASSO

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