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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 35, septembre-octobre 2004 > DOSSIER : Défendre les services publics ? Pourquoi ? Comment (...)

DOSSIER : Défendre les services publics ? Pourquoi ? Comment ?

Touche pas à ma Poste !

Mis en ligne le 1er octobre 2004 Convergences Entreprises

L’ouverture à la concurrence du secteur postal est en cours. La Poste et France telecom avaient été séparés en 1991. En 2003, les guichets, la distribution, les centres de tri et les colis ont été mis en autonomie relative les uns par rapport aux autres, préparant ainsi une éventuelle privatisation à terme des activités les plus rentables. Les restructurations prévues pour 2009 vont encore plus loin. Jean-Paul Bailly, proche de Jacques Chirac nommé il y a deux ans directeur de La Poste en remerciement d’avoir accompli son rôle de démineur social à la RATP, se fait aider de Christian Kozar, ancien officier de l’armée de terre et de Claude Viet, l’ex-Monsieur Plans sociaux auprès du Premier ministre. Ce trio de choc responsable de l’actuelle restructuration annonce un programme salé.

Disparition de près d’un tiers des bureaux de poste...

Sur les 17 000 bureaux de poste actuellement en service, 6 000 devraient être fermés, en raison d’une activité jugée non rentable. Si Jean-Paul Bailly annonce que 17 000 points de contacts seront maintenus sur le territoire - ce qui reste à voir - il se garde bien de détailler la forme qu’auront ces points de contacts. Une part importante des bureaux situés en zone rurale, mais pas uniquement, va disparaître pour laisser place à la gestion d’une partie de l’activité postale par les mairies, des épiciers ou des buralistes. Certains « points de contact » seront maintenus mais avec deux heures d’ouverture par jour tout au plus. Tant pis pour les ruraux, les Rmistes, les travailleurs les plus modestes qui n’avaient pu ouvrir leur compte qu’à la Poste, l’entreprise se met au goût de ses futurs actionnaires.

... de la moitié des centres de tri...

Il s’agit là de la partie la plus visible de la réforme, mais du côté des centres de tri, la restructuration n’est pas moins drastique. Sous prétexte de modernisation de l’outil de production, parmi les 130 centres actuellement en fonction, plus de la moitié devraient être supprimés pour être remplacés par de grandes plates-formes de tri. Alors qu’un centre déjà bien automatisé comme celui de Nanterre trie 2 millions de plis par jour avec 400 salariés, une plate-forme comme celle de Gonesse devrait permettre de traiter 5 millions de plis avec 600 salariés. Cela signifie un gain de productivité de l’ordre de 40 % qui se fera sur le dos des postiers. Ceux qui se retrouveront dans les nouvelles plates-formes auront une charge de travail accrue.

... et d’un tiers des postes

Les restructurations des centres de tri, comme celles des bureaux vont s’accompagner d’une baisse massive du nombre de salariés. La direction de La Poste compte sur le fait que d’ici 2012, il y aura 120 000 départs en retraite sur les 320 000 actuels salariés. Soit une baisse de plus du tiers des effectifs ! Par ailleurs, depuis quelques années, sur une moyenne annuelle de 10 000 recrutements, moins de 2 000 ont un statut de fonctionnaire. Bailly a d’ailleurs déclaré viser une réduction des coûts de personnel de l’ordre de 20 à 30 %. Enfin, La Poste entend devenir une banque comme les autres. Alors que jusqu’ici elle était un établissement d’épargne et de dépôts, elle aimerait demain pouvoir gérer des opérations de crédits et « diversifier son public », il faut comprendre cesser d’être la banque des pauvres.

Pressions et mise en condition

Ce programme suscite, à juste titre, de nombreux mécontentements. Des maires de petites communes se mobilisent contre les fermetures de bureaux de proximité, les usagers et les postiers quant à eux s’inquiètent des évolutions en cours. Ayant peur de susciter un mécontentement s’exprimant au grand jour, la direction de La Poste prend les devants. Tous ses projets se déclinent les uns après les autres dans le plus grand flou. Quels seront les bureaux supprimés ? Qu’adviendra-t-il des salariés dont le bureau ou le centre de tri aura fermé ? Bien d’autres questions restent sans réponse.

Parallèlement, depuis un an, les directeurs d’établissements mènent la chasse aux syndicalistes les plus combatifs en particulier sur Paris où la fermeture de nombreux centres de tri a déjà eu lieu. Ils prennent des mesures disciplinaires à leur encontre, n’hésitant pas à les sanctionner dans leur notation, interdisant des prises de parole. Tel syndicaliste est licencié pour avoir tutoyé un chef, tel autre exclu un mois pour avoir collé un timbre sur une machine... Les sanctions les plus démesurées sont prises pour des raisons anodines. La direction espère ainsi créer un climat de crainte propice à la mise en œuvre de ses projets. Parallèlement, elle se targue d’avoir modernisé son « management ». A La Poste, créée initialement sur le modèle hiérarchique militaire, il est à présent question de « culture d’entreprise », de « participation des salariés aux décisions ». Concrètement cela se traduit par l’instauration d’un « espace-temps-communication » c’est-à-dire une heure d’information patronale mensuelle. En somme, un peu de paternalisme et encore plus de pression hiérarchique.

Pour l’instant, toutes les pressions se conjuguent : bas salaires (les postiers font partie des catégories de salariés les plus touchés par le surendettement), incertitudes quant aux mutations, réapparition de chronomètres ici et là à la production. Reste que ces projets sont impopulaires, bien au-delà des postiers : toute une fraction de la population est aussi touchée. Souhaitons que les chemins de la solidarité entre postiers et usagers puissent être trouvés et mettent à mal les plans de rentabilisation du secteur postal.

Clara SOLDINI

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