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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 52, juillet-août 2007 > Sarkozy pour cinq ans ? Des fausses résistances… à la vraie riposte

Sarkozy pour cinq ans ? Des fausses résistances… à la vraie riposte

Sarkozy pour cinq ans ? Des fausses résistances… à la vraie riposte

Mis en ligne le 29 juin 2007 Convergences Politique

À moins d’un bouleversement politique ou d’une crise sociale, à ne pas exclure évidemment, nous en avons donc pour cinq ans d’un Sarkozy à la présidence et d’une majorité de droite à l’assemblée. Cette majorité est moins forte que prévue. Cela ne peut être une consolation que pour une opposition qui n’a guère l’intention de s’opposer autrement qu’en paroles.

Tous les pouvoirs sont donc allés à la droite et, nous disait-on, pas n’importe quelle droite ! Une droite musclée, agressive, réactionnaire, qui s’apprête à s’attaquer comme jamais aux travailleurs, aux chômeurs, à la jeunesse, aux immigrés, bref à tout le monde… sauf aux riches.

Voilà qui donnait, on le comprend, froid dans le dos à beaucoup ! Et puis voilà que ce même Sarkozy et cette même droite, installés au pouvoir, font patte de velours, s’affirment partisans de la modération et du dialogue ! Difficile de nier que le nouveau président a pris tout le monde, y compris parfois ses amis politiques, à contre-pied. Faut-il donc passer du « tout sauf Sarkozy » à une sorte d’attente neutre, sinon complice, comme l’ont fait, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, confédérations syndicales et dirigeants de la gauche ?

La rupture à droite

Certes un des volets de la campagne électorale de Sarkozy a exalté les valeurs traditionnelles de la droite réactionnaire, voire de l’extrême droite. Cela corroborait l’image cultivée soigneusement pendant ses années à la tête du ministère de l’Intérieur : l’homme qui voulait en finir avec l’insécurité, parlait de nettoyer la « racaille » des quartiers au « kärcher », présentait les travailleurs immigrés comme responsables du chômage, réaffirmait la fierté de l’identité nationale et entendait faire comprendre à la Turquie (donc, suivez mon regard, aux musulmans) qu’elle n’avait rien à faire dans l’Europe. Il lui fallait cela pour ramasser les voix recueillies par Le Pen dans les élections précédentes. Ce qui lui a réussi d’ailleurs.

C’était évidemment l’aspect que la gauche a voulu retenir et sur lequel elle s’est appesantie. C’était, il est vrai, le plus spectaculaire et le plus choquant. Mais aussi, cela permettait à cette gauche de masquer qu’elle n’avait rien à opposer aux autres volets du programme de Sarkozy, voire qu’elle avait… les mêmes.

Car l’essentiel du projet de Sarkozy est ailleurs : la série des mesures – des « réformes » dit-il – qu’il entend faire passer. Elles vont dans toutes les directions mais elles visent toutes, en dernière analyse, un seul but : accroître les profits du capital, « la compétitivité » comme disent les patrons, tout en faisant payer par tous les biais les travailleurs. Ces mesures, il faut le reconnaître, il ne les a pas cachées. Il les a même déclinées par le menu. Cela lui permet d’affirmer maintenant qu’il fait ce qu’il a dit.

Alors, la rupture ? Peut-être, dans le style. Mais pour le reste Sarkozy n’est rien de plus que le digne héritier de tous les hommes politiques de droite comme de gauche qui se sont succédé au gouvernement depuis 30 ans, au cours desquels s’est développée une offensive toujours plus violente contre les travailleurs.

L’ouverture à gauche

Son style ? Ses styles plutôt : tantôt chef des flics, tantôt amoureux du dialogue, tantôt ami des richissimes, tantôt de « ceux qui se lèvent tôt »… Tout dépend de l’interlocuteur, du moment et surtout du but immédiat.

Et le style adopté depuis son élection ne fait que correspondre à une stratégie d’ouverture nécessaire pour tenter de couvrir ou faire accepter les coups qui se préparent à long, moyen ou même court terme : rassurant, modéré, à l’écoute. Il n’en fallait pas moins (mais pas plus, non plus…) pour faire accepter à la gauche et surtout aux centrales syndicales, si ce n’est une alliance du moins une complicité en vue d’une honnête collaboration « dans l’intérêt de la France » (c’est-à-dire des patrons).

Le 17 juin, dans son intervention télévisée, François Fillon pouvait mettre en valeur « le choix clair et cohérent » des électeurs tout en affirmant : « le succès des uns ne fait pas la défaite des autres (…) avec nos différences nous devons travailler ensemble (…) la majorité respectera l’opposition à qui elle proposera de renforcer ses droits ». Quelques minutes plus tôt la prétendue « opposition » avait déjà répondu présente à l’appel par la voix de François Hollande : « la France marchera sur ses deux jambes ». C’est avec l’accord du PS que la bourgeoisie pourra donc piétiner les travailleurs des deux pieds.

Avec cela on peut se demander si l’effort pour attirer dans le gouvernement des personnalités politiques jugées plus ou moins populaires à gauche était même bien nécessaire. D’autant que pour servir de caution les transfuges ne se valent pas tous, Claude Allègre pas Bernard Kouchner, et Jean-Marie Bockel pas Fadela Amara. Sans doute juge-t-on du côté de l’Élysée ou Matignon que plusieurs précautions valent mieux qu’une.

En fait l’important de cette politique d’ouverture était surtout de faire participer les syndicats à la discussion, donc à la préparation de mesures qui finalement ne pourront que se retourner contre la classe ouvrière. Opération réussie là aussi puisque tous les syndicats ont répondu illico à l’invitation de Sarkozy. Chérèque pour la CFDT s’est dit d’accord sur l’essentiel : « il faut qu’on privilégie le dialogue, l’écoute, qu’il y ait le moins de grèves possibles ». Thibault de la CGT s’est félicité de la « volonté d’écoute » et de « l’assurance reçue qu’il n’y aurait pas de mesures unilatérales de prises ».

Ils préparent leurs mauvais coups…

Après cela on va pouvoir passer aux choses sérieuses. Car le gouvernement n’a pas l’intention de chômer dans les mois à venir. En témoignent toutes les mesures ouvertement mises en chantier : nouvelles franchises sur les consultations, les médicaments, les examens biologiques et l’hospitalisation ; « bouclier fiscal » qui passera de 60 à 50 % ; service minimum à la SNCF et dans les transports ; régimes spéciaux de retraites remis en question. En attendant sans doute de ressortir de derrière les fagots la désormais fameuse « TVA sociale » car il faudra bien compenser d’une manière ou d’une autre les trous faits dans le budget par les dégrèvements d’impôts aux riches et les subventions au patronat

Entre temps les exonérations de charges sur les heures supplémentaires permettront au patronat d’économiser 5 milliards d’euros, ce qui lui permettra d’exploiter à un moindre coût, sans augmenter les salaires horaires et surtout sans embaucher.

Du côté du ministère de l’Immigration on a déjà annoncé l’objectif de 25 000 expulsions de sans papiers pour 2007, soit près de 100 par jour. C’était l’objectif affiché de Sarkozy quand il n’était encore que ministre de l’Intérieur du gouvernement Villepin.

Pour l’Éducation nationale, Sarkozy fait des risettes aux directions syndicales avec le retrait du projet de Robien… pour mieux faire passer encore cette année la suppression de 5 000 postes d’enseignants et d’assistants d’éducation.

Enfin, dans les universités, la promesse de ne pas augmenter, sur l’heure, les frais d’inscription (déjà inabordables pour une partie des étudiants) permettra d’approfondir les réformes en cours depuis 2003 : financement des enseignements par des patrons privés qui auront dès lors un droit de regard sur leur contenu, financement public au contraire de plus en plus maigre pour les filières dites « non rentables ».

…Préparons la riposte !

Voilà la politique grâce à laquelle le grand patronat, et une bonne partie du moins grand, espèrent pouvoir s’empiffrer.

Alors, si les attaques se préparent contre tous les secteurs, publics comme privés, c’est dans tous les secteurs que la riposte doit s’organiser. Partout il sera nécessaire de regrouper ceux qui ne veulent pas se laisser faire, ceux qui à la SNCF veulent défendre leurs retraites et leur droit de grève, ceux qui de la Poste à l’automobile en ont assez des suppressions d’emploi, des surcharges de travail et des bas salaires, ceux qui dans les universités veulent un enseignement qui ne soit pas subordonné aux profits du patronat. Partout il est nécessaire que les militants syndicaux et politiques et tous les travailleurs combatifs, dans chaque secteur mais aussi d’un secteur à un autre, tissent aujourd’hui des liens pour agir demain en commun.

Le gouvernement veut faire passer pendant l’été le gros de ses mesures ? C’est ce que le gouvernement Villepin avait fait pour le CNE, avec l’aval de tous les syndicats. Quelques mois plus tard il remballait le CPE après deux mois de grève dans les universités. Cette lutte n’avait pas entraîné les salariés mais avait gagné leur sympathie. La grève des ouvriers de PSA-Aulnay ce printemps n’avait pas entraîné les autres ouvriers de l’automobile, mais attira leur attention. Voilà ce que Sarkozy et les classes possédantes qu’il représente craignent plus que tout : la réaction d’un secteur qui susciterait celle des autres. Éviter le mouvement d’ensemble qui seul sera capable de leur faire ravaler leur arrogance et leur cynisme, voilà ce contre quoi ils ont fondé toute leur stratégie : nous savons donc sur quoi fonder la nôtre.

23 juin 2007

Léo BASERLI

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