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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 44, mars-avril 2006 > DOSSIER : L’immigration, cible des démagogues

DOSSIER : L’immigration, cible des démagogues

Sans-papiers : la lutte ne faiblit pas

Mis en ligne le 11 mars 2006 Convergences Politique

Les attaques redoublées contre les immigrants dits « illégaux » ne sont pas restées sans réaction : des mobilisations ont eu lieu et une fraction militante s’est regroupée autour de leurs luttes.

On se souvient, en 1996, du mouvement des sans-papiers, des travailleurs et des femmes, immigrés africains, qui se sont organisés à partir de leurs foyers avec l’occupation du gymnase Japy puis de l’église Saint-Bernard. En plein mois d’août, une large majorité de la population française a été choquée par l’intervention violente des CRS aux ordres de Pasqua. De là est né un large mouvement de soutien. Les « Saint-Bernard » étaient les premiers à oser descendre dans la rue en clamant «  On ne se cache plus ; on est sans-papiers, mais on n’a rien à se reprocher ». Leur lutte a initié un mouvement qui continue jusqu’aujourd’hui.

Des collectifs se sont constitués sur des objectifs précis comme la défense des enfants sans-papiers scolarisés, ou encore la lutte contre les centres de rétention ou contre les « reconduites à la frontière ». D’autres mobilisations sont liées à un événement local comme la menace d’expulsion des 1 000 squatters d’un immeuble du Crous de Cachan en région parisienne.

Des actions locales ont eu un retentissement national et même international comme celles contre la fermeture du centre de réfugiés de Sangatte en septembre 2002, une manifestation à Calais ayant encore eu lieu le 5 novembre 2005.

Aussi un combat discret et multiforme

La lutte des sans-papiers n’a pas toujours un caractère de mobilisation collective et publique. Elle est en fait permanente et individuelle. Chaque sans-papiers doit non seulement trouver du travail mais obtenir d’être payé par son patron, ce qui n’est pas une sinécure. Il doit se battre pour obtenir le droit à des soins et à des médicaments, ce qui n’est pas évident. Il doit lutter pour trouver la confiance, le soutien des habitants et d’autres immigrés, ne serait-ce que pour se loger, éventuellement pour s’inscrire à des études et, finalement, pour tenter d’obtenir des papiers. C’est une lutte de tous les instants.

Dans le domaine juridique, la mobilisation d’associations, comme le Gisti, ou d’avocats est précieuse. L’aide de personnes qui apportent leur témoignage pour certifier l’hébergement, l’intégration, les risques encourus dans le pays d’origine, etc., est également nécessaire. Avec des soutiens, le sans-papiers, même arrêté, même déjà incarcéré dans un centre de rétention, peut réussir à se faire relâcher par la justice.

Les associations ou les personnes défendant les sans-papiers sont désormais en butte aux attaques du gouvernement, qui a inventé le délit de solidarité. Elles se retrouvent parfois accusées d’activité de passeur de main d’œuvre, de trafic de documents ou d’hébergement illégaux. Des passagers d’avions ayant refusé d’embarquer parce que la compagnie d’aviation transportait des sans-papiers expulsés ont parfois été traduits devant les tribunaux.

Les enfants pas épargnés

La lutte récente des enseignants, des parents d’élèves, des lycéens et des associations pour défendre les jeunes sans-papiers scolarisés a également suscité une certaine mobilisation et recueilli un écho important dans les médias. Le RESF, Réseau éducation sans frontières, a mené de multiples actions, parfois avec succès, pour protéger ces élèves de l’expulsion. RESF écrit ainsi : «  À la rentrée 2005 - Guy Effeye, lycéen d’Épinay à qui l’action de ses enseignants et de ses copains ont épargné l’expulsion et la prison, famille Mekhelleche, parents algériens que les autorités prétendaient reconduire en abandonnant leurs enfants de 4 et 7 ans en France, Rachel et Jonathan Makombo, 15 et 14 ans, en fugue puis cachés par des enseignants pendant trois mois pour bloquer l’expulsion de leur mère vers le Congo, pour ne citer qu’eux - ont amené le ministre de l’Intérieur à prendre une circulaire le 31 octobre 2005 par laquelle il suspend l’éloignement des élèves et de leurs familles jusqu’à la fin juin 2006. »

Le 1er février 2006, RESF appelait à une journée de mobilisation avec manifestations devant les préfectures contre de nouvelles menaces d’expulsions. RESF affirmait ainsi : «  Cette circulaire n’est pas toujours appliquée : plus d’une cinquantaine de parents d’enfants scolarisés et quelques jeunes scolarisés ont été placés en rétention, dans l’attente de leur expulsion, malgré les promesses ministérielles. La plupart a été libérée grâce à la mobilisation des écoles et des associations, mais cinq d’entre eux ont été effectivement expulsés. » Ce jour-là il y eut quelques centaines de manifestants. L’action a pris son élan dans toute la France mais elle doit continuer car des centaines de jeunes scolarisés sont encore menacés.

Robert PARIS

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