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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 67, janvier-février 2010

Saint-Étienne : Grève victorieuse des ouvriers de ZF Mécacentre

Mis en ligne le 16 février 2010 Convergences Entreprises

Comme dans bien des endroits en France, la région stéphanoise vit, depuis le début de la crise, au rythme des annonces de plans sociaux ou de fermetures d’usines (Mavilor dans la vallée du Gier, fermeture du site en 2010, 373 emplois ; Siemens à Saint-Chamond, fermeture du site, 274 emplois ; Ackers à Fraisse, fermeture du site, 120 salariés ; Sullair à Montbrison, 112 licenciements ; Béru à Chazellez-sur-Lyon, 53 licenciements). Entre le 1er janvier et le 30 novembre 2009, le département de la Loire a subi 2 811 licenciements économiques.

Une hausse en un an de 98,5 %, alors que pendant la même période, dans l’ensemble de la région Rhône-Alpes, la progression des licenciements économiques était de 57,3 %. La concentration ouvrière aidant, les effets de ces attaques patronales sont particulièrement dévastateurs et ont des répercussions dans tout le département de la Loire.

55 suppressions de postes annoncées

Mais quelques réactions ont animé l’actualité sociale récente. Après le mouvement chez Ackers (du groupe métallurgique suédois) à Fraisse, près de Saint-Étienne, où les 117 ouvriers ont retenu des dirigeants de l’usine pendant 36 heures et obtenu une prime de départ d’au moins 28 000 euros, ce sont ceux du sous-traitant automobile ZF Mécacentre qui ont fait grève du 19 au 24 janvier. Cette usine, située dans la zone industrielle de la Chauvetière à Saint-Étienne, spécialisée dans la frappe à froid, produit des pièces de sécurité (rotules et croisillons de direction) pour les grands constructeurs allemands (BMW et Mercedes en particulier). C’est depuis le 10 décembre que les ouvriers étaient sous la menace d’un plan de « sauvegarde de l’emploi » comportant 55 suppressions de postes, sur 270 salariés sur le site, près de 20 %.

La grève commence

Lors de la deuxième annonce du plan par le patron, en comité d’entreprise extraordinaire le 18 janvier, les ouvriers ont décidé de se mettre en grève pour le lendemain, avec pour revendications : le retrait pur et simple du plan, le paiement des jours de grève et la démission de la direction. Une présence sur le piquet de grève a été assurée toute la semaine, dans une chaude ambiance (bien aidée par le chapiteau installé à l’entrée de l’usine, où chacun pouvait se servir un café et discuter), malgré la fraîcheur du climat.

Au-delà, les ouvriers de ZF Mécacentre ont eu la préoccupation de faire connaître leur mouvement à un large public. Ce week-end là, plusieurs diffusions de tracts ont eu lieu dans des endroits très divers : les travailleurs se sont fait entendre au Zénith de Saint-Étienne où Lara Fabian donnait un concert, sur un péage d’autoroute, ou au stade Geoffroy-Guichard. Sur un des trois tracts diffusés ce soir-là, on pouvait lire : « L’heure n’est plus à la division, chacun dans son coin. Il ne s’agit plus de se défendre boîte par boîte. Il s’agit de se défendre tous ensemble. Nous proposons de créer un comité de résistance ouvrière dont le but sera de rassembler tous les salariés en lutte contre le patronat, contre les licenciements. »

La combativité des ouvriers est allée en augmentant au cours de la semaine (jamais moins de 90 % de grévistes). Ils ont même été largement rejoints par le personnel administratif et par quelques agents de maîtrise sur le piquet de grève. C’est ainsi qu’au bout d’une semaine de grève, le lundi 25 janvier, dans la cour de l’usine, comme depuis le début du conflit, ça discutait : de la situation de la boite, beaucoup, de la nécessaire riposte d’ensemble des travailleurs, un peu. Des grévistes montèrent un deuxième chapiteau. Trois mannequins… étaient pendus sur les mâts de l’usine. Sur le parking, à la place réservée au directeur de ZF, une croix de cercueil était plantée.

Le patron cede et annule le PSE

Après une nouvelle réunion avec les délégués syndicaux, le patron a cédé sur les deux principales revendications : le retrait du plan et le paiement de l’intégralité des jours de grève. La détermination des grévistes et leur remarquable organisation (dans un comité d’organisation de la grève, élu le 21 janvier) a eu raison pour le moment des projets patronaux. Sur le piquet, la joie se mêlait à un peu de surprise d’avoir gagné si rapidement…

Reste cet éphémère comité de résistance ouvrière, qui, s’il n’a pas eu le temps de réellement se mettre en place du fait de la brièveté du conflit des travailleurs de ZF, garde toute sa pertinence. Car, à l’échelle de la Loire sûrement, et encore plus à l’échelle du pays, c’est de la coordination de ces luttes victorieuses ou pas, puis d’une riposte d’ensemble, dont le monde du travail a besoin pour empêcher au patronat de profiter de cette crise.

Le 26 janvier 2010

Philippe CAVEGLIA

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Numéro 67, janvier-février 2010