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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 49, janvier-février 2007 > DOSSIER : Gauche, droite, gauche… le piège de l’alternance

DOSSIER : Gauche, droite, gauche… le piège de l’alternance

Rendre la gauche plus de gauche ?

Mis en ligne le 18 janvier 2007 Convergences Politique

La « dynamique unitaire » des collectifs antilibéraux vient d’échouer sur un écueil : la désignation du candidat qui aurait porté leur couleur commune aux présidentielles.

Après les retraits, symétriques, de Mélenchon rallié à Fabius et de la LCR qui a échoué à entraîner ses alliés dans une rupture politique plus nette avec le Parti socialiste, les partenaires-concurrents des collectifs s’étaient pourtant entendus sur ce qu’on aurait pu croire l’essentiel : une charte antilibérale vague et creuse à souhait, un ensemble de « propositions concrètes » pas aussi radicales qu’elles le prétendent, et, surtout, une même démarche à l’égard du PS.

Car le plus frappant dans l’aplomb avec lequel Marie-George Buffet, Yves Salesse, Clémentine Autin, José Bové et autres Patrick Braouezec affirmaient tous, avant leur dispersion récente, « faire du radicalement neuf à gauche », c’est la constance avec laquelle ils ont tous repris la radicalement vieille rengaine du Parti communiste, qui a abusé puis usé ses militants depuis plus de 20 ans : il faut faire gagner la gauche (donc le PS), mais celle-ci doit être plus de gauche, grâce à des rapports de force plus équilibrés qui contraindraient le PS à gauchir sa politique. Problème évidemment : comment rendre le PS plus de gauche ? En sachant qu’on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif.

On connaît la chanson...

Pendant des décennies on a repassé aux militants du PCF, appelés régulièrement à soutenir le PS de leurs votes, le vieux plat du bon Jacques Duclos qui, déjà dans les années 1960, assénait à ses camarades : « les socialistes c’est pas qu’on les aime... C’est pas nos amis, c’est plutôt nos frères ou nos cousins. Et la famille, c’est pas comme les amis, on la choisit pas. » Eh oui, solidarité obligatoire !

Parce qu’il fallait bien que « la gauche gagne », il fallait donc avoir des ministres en 1981.

Quand, après 1984, le PCF n’a plus fait partie des divers gouvernements de Mitterrand, il lui fallait bien mettre quand même de l’eau dans son vin et toujours reconduire les alliances au moins au moment des élections, histoire de garder conseils généraux, municipalités, députés.

Après 1993, les dirigeants du PCF déployèrent des trésors d’ingéniosité pour faire du neuf avec du vieux. Ah, non, le programme commun plus jamais ça ! L’équipe de Robert Hue inventa alors le « PUP », le « Pacte Unitaire pour le Progrès » qui serait un vaste rassemblement de militants et de citoyens du peuple de gauche, un rassemblement par le bas qui impulserait (et contrôlerait !), le rassemblement au sommet des appareils, mis en demeure de rendre des comptes... Un fantôme bien oublié depuis, mais un peu l’ancêtre de nos collectifs d’aujourd’hui !

Puis vint 1997. Robert Hue voulait avoir « un pied dans le gouvernement, un pied dans le mouvement populaire ». C’était le temps où la ministre de l’anti-dopage Buffet refusait de se désolidariser à la télévision de son camarade ministre de l’intérieur Chevènement, qui envoyait les CRS chasser la révolte des chômeurs des Assedic. Le temps où Gayssot jouait à l’homme d’État, privatisait Air-France et dégraissait la SNCF. Le temps où tous ces ministres, contestataires et rebelles dans l’âme mais responsables, demandaient aux gens de donner au Parti communiste plus de moyens de « peser à gauche ».

Aujourd’hui, à l’exception de la majorité de la LCR, les figures des collectifs antilibéraux n’ont pas d’autre perspective à proposer à l’approche des élections présidentielles : rester des satellites du PS, prétendument capables, pourvu que l’électeur les aide à grossir un peu, de tirer un peu hors de son orbite leur planète de référence.

Gauchir le Parti socialiste ?

En lui faisant faire une politique clairement favorable aux travailleurs, et donc... susceptible de le fâcher gravement avec le patronat ? Autant traire un bouc !

Le Parti socialiste est un parti de la bourgeoisie qui a fait ses preuves. Il sait se montrer au-dessus de ses propres intérêts électoraux. N’a-t-il pas accepté sciemment, à chaque fois qu’il est arrivé au pouvoir, de prendre le risque de perdre les élections suivantes, en menant une politique contre sa propre base électorale, les classes populaires ? Longtemps, quand le Parti communiste était nettement plus fort que lui mais que la bourgeoisie ne voulait pas en entendre parler, le PS préféra rester dans l’opposition, ou se coaliser avec des partis de droite, plutôt que de s’allier au PCF. Et, quand Mitterrand se décida à constituer une Union de la gauche au début des années 1970, ce fut parce que la bourgeoisie commençait à changer d’avis sur le PCF et, surtout, avec l’objectif avoué de le plumer (objectif réussi...) !

On a certes déjà vu le Parti socialiste se gauchir, au moins dans le discours. Quand il s’agissait de répondre à une pression électorale, ce fut toujours pour trahir ses promesses une fois au pouvoir. Quand il s’agissait de répondre à la pression d’un mouvement social, ce fut toujours pour tenter de le canaliser, de le prendre en main et de l’étouffer.

Pour que se forme une coalition de gauche rééquilibrée, « plus de gauche », où les syndicalistes, les associatifs, les communistes et autres « alternatifs » en tout genre contraindraient enfin le PS à passer compromis avec eux sur le programme et les objectifs, il faudrait d’abord que les premiers aient un autre poids qu’actuellement. Et, de toute façon, il n’y a aucune chance, si elle portait le PS au pouvoir (avec ou sans ses alliés), qu’il ne se conduise alors comme il l’a toujours fait. C’est dire que la prétention de gauchir le PS n’est qu’un prétexte pour l’appareil du PCF, ou maintenant la brochette de politiciens qui se présentent comme la gauche de la gauche, pour tenter de décrocher d’élection en élection des petits postes acquis grâce à l’alliance électorale avec les socialistes.

Alors rien de neuf sous le soleil ?

Et pourtant si, il y a tout de même des choses qui ont changé à la gauche du parti socialiste, parmi les militants qui se considèrent comme la gauche de la gauche (y compris et d’abord, bien sûr, ceux du PCF).

Ces militants (ex ou toujours encartés au PCF par exemple, mais aussi membres de divers syndicats et associations) ont perdu au moins une part de leur ancienne foi (parfois aveugle) en leurs propres organisations. Ils sont certainement moins nombreux aussi, les militants devenus critiques des partis et syndicats ayant trop souvent abandonné en même temps que leur organisation tout activisme. Mais ils y ont tout de même gagné d’être moins jaloux en étant moins fidèles et moins sourcilleux à propos des frontières partisanes. Bon nombre d’entre eux ont aussi pris des habitudes nouvelles, celle de travailler avec toutes sortes d’autres militants, de se coordonner dans des réseaux qui se sont tissés à travers des mouvements comme celui des retraites en 2003. Nombre de villes, petites et moyennes, ont depuis pas mal d’années leur réseau militant, à géométrie variable, selon les luttes ou les problèmes du moment, sur le logement, les sans-papiers, plus rarement sur des suppressions d’emplois.

Les espoirs de certains militants dans les collectifs unitaires anti-libéraux partaient de cette constatation. D’où la mauvaise idée de passer directement de ces réseaux de lutte (intermittents et qui réunissent des gens bien différents, des révolutionnaires à des PS bon teint) à la construction d’une nouvelle force politique. En réalité, ces réseaux militants, pour ceux qui veulent lutter contre le patronat et ses partis politiques et changer la société, sont bien plus précieux que les meccanos politiques électoraux à gauche de la gauche que des réformistes de tout poil proposent. Les révolutionnaires y ont toute leur place, et de vrais possibilités d’influencer, parfois même d’entraîner, sur leur politique, d’autres militants. Pourvu qu’ils ne s’égarent pas à y voir le germe d’un futur parti qui serait plus ou moins radical, anti-libéral, voire anti-capitaliste, et bien d’autres choses encore... mais en tout cas pas franchement révolutionnaire.

Bernard RUDELLI

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