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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 79, janvier-février 2012

Remue-ménage dans les centres d’ingénierie Renault

Mis en ligne le 22 janvier 2012 Convergences Entreprises

« Le père Noël est en avance cette année », c’est ce que certains salariés peu attentifs de Renault-Lardy se disent le 28 novembre 2011 au matin. Mais le cortège de pères Noël qui se baladent alors dans ce centre d’ingénierie de 2 000 salariés (Renault et sous-traitants), leur hotte pleine de confettis et de paille pour chevaux, ne font pourtant pas partie d’une énième opération de communication de la direction. Les salariés TFN-Atalian, société en charge du nettoyage, sont en grève depuis trois semaines.

La semaine précédente, leur direction, restée sourde depuis le début du conflit, est passée à la provocation en faisant entrer (avec l’accord de Renault), des salariés d’autres sites pour faire le travail à leur place. Ils veulent du travail ? Ils vont en avoir ! Ce lundi 28 novembre, les grévistes se prennent en main et ripostent avec humour en offrant une nouvelle décoration aux bâtiments du site. Réunis à plusieurs pendant le week-end pour préparer les festivités, les pères Noël avaient mis dans leurs hottes des confettis, des autocollants syndicaux et des bombes de neige artificielle pour faire connaître leurs revendications.

Mai 2011 : les pompiers, agents de sécurité et hôtesse d’accueil entrent en action

Mais revenons quelques mois en arrière. En mai 2011, les pompiers, agents de sécurité et hôtesses d’accueil du site (SAMSIC) s’étaient mis en grève deux heures afin de s’adresser aux autres salariés pour contester la menace de licenciement de leur responsable et pour protester contre leurs conditions de travail et les pressions subies de la part de Renault. Ils n’avaient obtenu aucune avancée et, au bout de deux heures, avaient repris le travail.

Octobre 2011, les salariés du nettoyage en grève à Rueil

En octobre 2011, c’est à Rueil, sur le site Renault jumeau de Lardy, que les salariés du nettoyage (ISOR) se mettaient en grève et obtenaient l’application effective du protocole d’accord datant d’un conflit précédent. En une semaine de lutte, les 100 euros de prime qu’ils avaient gagnés dans le protocole étaient récupérés et les jours de grève étaient payés…

Novembre 2011, c’est au tour des salariés de la société de nettoyage TFN

Ces conflits ont donné des idées aux salariés de TFN. Ils se sont réunis et ont décidé de porter trois revendications principales : augmentation de 2 euros de l’heure (leur salaire étant de 9,22 euros de l’heure), embauche de salariés et passage à temps complet pour les personnes le désirant, fin du travail le samedi.

Une semaine plus tard, 90 % des salariés TFN se mettaient en grève. La semaine suivante, ils étaient rejoints par le personnel SAMSIC (pompiers, sécurité et accueil) réclamant également des augmentations de salaires. Le risque d’extension n’a pas échappé à la direction Renault, les coups de téléphone fusant et la direction de SAMSIC accordait une prime de 50 euros brut par mois à ses salariés, qui reprenaient le travail au bout de trois jours. Les salariés TFN se trouvant seuls en grève, le patron de TFN décidait de jouer le pourrissement, revenant sur les maigres promesses qu’il avait faites jusque-là et rompait les négociations. Le conflit sembla s’enliser après trois semaines sans avancées...

Solidarité active : les chefs briseurs de grève battent en retraite !

Mais l’opération « Père Noël » a changé bien des choses : dans l’après-midi qui suivit, la direction accepta les négociations sur le terrain des grévistes. La solidarité des salariés Renault a joué aussi en leur faveur. Depuis le début du conflit, pas moins de 5 000 euros ont été récoltés en soutien à la grève sur les sites de Lardy et Rueil (à Lardy c’est même un record battu en termes de soutien financier !). Et, trois jours après le passage des pères Noël, cette solidarité a pris un caractère actif puisque les salariés Renault étaient appelés à débrayer en soutien aux TFN. Pour tenter de reprendre la main, la direction de Renault (le véritable décideur dans ces histoires de sous-traitance) joua de nouveau du téléphone en demandant à TFN de faire nettoyer le site dans les plus brefs délais. Le mercredi 30 novembre au soir, un « commando » d’une vingtaine de chefs TFN d’autres sites entrait dans le centre pour faire le nettoyage. Mais, repérés dès leur arrivée, ils furent obligés de battre en retraite sur l’intervention des grévistes. Une dizaine d’entre eux, malgré l’heure tardive, rappliquait avec quelques délégués et empêchait les briseurs de grève de mener à bien leur opération. Le lendemain, le débrayage de solidarité regroupa 130 Renault et prestataires. Lors de ce débrayage, pour la première fois un salarié de la TFN prit la parole au nom de ses camarades.

La lutte pour les salaires à l’ordre du jour

Devant la détermination des grévistes à ne pas en rester là et le risque d’extension du mouvement, les directions Renault et TFN ne pouvaient que changer de méthode. Dès le lendemain du débrayage, les négociations débouchaient sur les premières propositions concrètes. Les grévistes ont finalement obtenu une prime d’environ 50 euros net par mois et une légère augmentation de leur salaire horaire, la fin du travail le samedi et le paiement de huit jours de grève sous forme d’une prime de remise en état du site.

Que restera-t-il de ce conflit ? Des gains, insuffisants mais réels, mais surtout la fierté de s’être battus quatre semaines durant, avec une dernière semaine intense et décisive où les grévistes ont su faire basculer le rapport de force en leur faveur. Cette série de grèves, comme la grève des personnels de sécurité des aéroports, montre que les luttes sur les salaires sont à l’ordre du jour. Si cela concerne jusqu’à maintenant les plus bas salaires, les motifs de mécontentement ne manquent pas pour les salariés Renault. Augmentations proches de zéro depuis la crise, record de ventes pour 2011, les négociations annuelles de février 2012 devraient être l’occasion d’une véritable mobilisation. Mais, cette fois-ci, c’est tous ensemble, Renault et sous-traitants, qu’il faudrait s’y mettre.

15 janvier 2012

Bill DOUGLAS

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