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DOSSIER : Industrie de guerre et trafic d’armes à l’heure de la mondialisation

Qui arme qui ?

Mis en ligne le 17 mai 2003 Convergences Monde

Il existe un commerce légal, les commandes des armées impérialistes, largement assurées par les industries nationales. Il existe aussi un trafic mafieux, dont les frontières avec le premier sont plus que poreuses.

Les pays impérialistes premiers marchands d’armes

Le marché de l’armement à l’exportation a porté sur 244 milliards de dollars pour l’année 2002. Les États-Unis se taillent la part du lion avec 101 milliards de dollars de matériel de guerre exporté sur cette période. Les quatre producteurs suivants par ordre d’importance (la Russie, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne), totalisent 96 milliards de dollars. Les 47 milliards de dollars restants sont partagés entre d’autres pays européens, quelques républiques ex-soviétiques, la Chine et Israël.

Les pays marchands d’armes sont donc quasiment tous occidentaux. Il est d’ailleurs à prévoir que la part des pays de l’Est diminue, voire s’effondre, dès lors que les stocks de la guerre froide auront été écoulés. La firme ukrainienne Kalashnikov, mondialement connue, a ainsi les pires difficultés à développer de nouveaux modèles de fusils d’assaut, l’armée nationale n’ayant pas les moyens de lui en commander, et par là même d’en assurer la promotion auprès d’autres. Tout le monde ne peut pas s’offrir une vitrine publicitaire comme la guerre d’Irak…

Importations : entre course aux armements et marché noir

Le palmarès des plus gros importateurs d’armes est plus difficile à dresser. Parmi les vingt premiers importateurs du classement du SIPRI [1], on compte sept pays asiatiques, dont le Japon, quatre pays européens, dont le Royaume-Uni, trois pays du Golfe, et l’Australie. Il peut s’agir de pays rivaux se livrant à une course aux armements, comme le Pakistan et l’Inde, ou Taïwan et la Chine. Aucun de ces vingt premiers importateurs d’armes n’était engagé dans un conflit ouvert en 2002.

Il y a à cela de bonnes raisons : les pays les plus pauvres font la guerre avec des armes vieilles, non seulement de conception, mais aussi bien souvent de fabrication, car souvent achetées d’occasion. Pas de hasard si en matière d’hélicoptères et d’avions de combat les modèles MIG ex-soviétiques ont la faveur des forces armées africaines [2]. En outre, les armes légères sont acquises en priorité, et le matériel lourd au compte-goutte.

Enfin, il existe un important marché noir. L’observatoire « Small Arms Survey » estimait dans son rapport 2002 que le commerce de l’ombre représenterait 10 à 20 % du commerce officiel pour les armes légères.

Comment s’arment les pays pauvres ? Auprès de qui ?

De fait, les pays du Tiers-Monde doivent pour s’équiper passer par des filières plus ou moins mafieuses, avec les risques que cela comporte. L’Ouganda a ainsi acquis une soixantaine de chars ukrainiens T-55 en novembre 1998, payés 750 000 dollars pièce, d’une conception datée de presque cinquante ans. Seuls huit engins étaient en état de marche.

Le marché est toutefois trop important pour que les trusts occidentaux l’abandonnent aux aventuriers trafiquants les stocks de l’ex-Armée Rouge. 70 % de la production d’armes légères de l’an 2000 provenaient des États-Unis et d’Europe.

Entre 1981 et 2002, le nombre d’entreprises intervenant dans la fabrication d’armes légères est passé de 200 à 1000, disséminées dans 98 pays au moins. Paradoxalement, cela ne s’est pas traduit par une perte de terrain des trusts occidentaux ; cela reflèterait plutôt un accroissement du nombre des filiales de ces derniers [3].

Par exemple, la firme anglo-allemande Heckler & Koch a passé des accords de production sous licence dans près de 35 pays. Elle peut ainsi vendre ses armes à un pays sous embargo, via un pays tiers qui ne l’a pas ratifié. C’est ainsi que la firme turque MKEK fabrique la mitraillette MP5 de Heckler & Koch. Elle a pu en fournir la police indonésienne en juillet 1998, puis en septembre 1999, au plus fort des massacres au Timor-Oriental [4].

La plupart des trusts, sinon tous, procèdent ainsi, afin de maintenir une façade respectable, leurs États respectifs fermant les yeux.

Mathieu PARANT


Petit glossaire de la mort

Pour s’y retrouver...

  • Sont dites « légères » grosso modo toutes les armes qu’un soldat peut porter seul. Cela va de l’arme blanche à la mitrailleuse lourde - comptée comme arme légère malgré son nom - et au mortier.
  • La catégorie des armes lourdes regroupe les autres : tanks, hélicoptères, avions, navires de guerre, canons, etc.
  • Sont dites « non-conventionnelles » les armes bactériologiques, c’est-à-dire propageant des épidémies, les armes chimiques, c’est-à-dire les gaz de combat, et les armes nucléaires. À noter la mise au point par les Etats-Unis, avec force publicité, d’ une « mini-bombe nucléaire » qui pourrait servir, par exemple, pour détruire un bunker trop résistant, tout en limitant les retombées radio-actives.
  • Sont dites « conventionnelles » toutes les autres armes, y compris les mines anti-personnel, les bombes à fragmentation, celles qui libèrent chacune des milliers de lames de rasoir en explosant ou encore le napalm. On appréciera le distinguo.

Les bonnes affaires avec l’Angola

Dans son édition du 23 avril dernier, Le Monde relatait comment les ventes d’armes à l’Angola avaient engraissé toute une série de trafiquants européens et de dirigeants angolais, grâce aux bons soins de politiciens français.

En 1993, le gouvernement angolais est menacé de renversement par la guerilla de l’Unita. Son président, Edouardo Dos Santos, fait appel à un ancien dirigeant du PS qu’il connaît bien, Jean-Bernard Curial. Il lui faut des armes. Le gouvernement Balladur étant plutôt favorable aux rebelles, Curial se tourne vers Pierre Falcone et Arkadi Gaydamak. Deux trafiquants auprès desquels il est introduit par… Jean-Christophe Mitterrand.

En 1994, l’Angola signe un accord portant sur l’achat de 463 millions de dollars de matériel de guerre. Curial se voit pour sa part confier un contrat de fourniture d’aide humanitaire, via le STIRED, une centrale d’achat spécialisée, dont il est alors administrateur. Mais il vend aussi à cette occasion des rations de combat, des uniformes et des hôpitaux militaires.

En 1995, des fonctionnaires angolais commencent à se plaindre de la qualité défectueuse du matériel livré et de son prix surévalué. Mis en examen le 27 mars dernier, Curial a dit estimer à 300 millions de dollars, sur les 463 du contrat, les bénéfices que Falcone et Gaydamak ont réalisés.

L’escroquerie ne pouvait fonctionner qu’avec la complicité de dirigeants angolais au plus haut niveau. Curial lui-même a touché 3,6 millions de dollars de commission, dont une partie a été reversée à des militaires ou des conseillers du président Dos Santos. En contre-partie de ces rétro-commissions, ceux-ci appuyaient les propositions des trafiquants.

M.P.


[1Stockholm International Peace Research Institute - Institut international de recherches sur la paix de Stockholm.

[22 Trafics d’armes vers l’Afrique, Georges Berghezan (dir.) - GRIP (Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la sécurité), novembre 2002.

[3Les chiffres du paragraphe sont tirés de l’article de Steve Wright « Ce trafic « légal » des armes légères », Le Monde Diplomatique, janvier 2001, pp. 12-13.

[4« Licensed to kill », documentaire de Channel Four, 9 décembre 1999. Cité par Steve Wright, article cité.

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